L'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt n'est pas sorti de prison, lundi 26 mars. Patrice de Maistre avait demandé sa remise en liberté au président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux. Mais ce dernier a décidé de renvoyer l'affaire devant une chambre collégiale, selon l'avocat de l'ex-homme de confiance de l'héritière de L'Oréal. Une nouvelle audience doit avoir lieu jeudi.

Patrice de Maistre a été placé en détention provisoire dans la soirée de jeudi par le juge des libertés et de la détention à la demande des juges d'instruction en charge de l'affaire Bettencourt, et du parquet. Déjà mis en examen pour abus de faiblesse depuis le 15 décembre dans cette affaire, il a été de nouveau mis en examen, notamment pour abus de biens sociaux. 

Parmi les faits qui lui sont imputables, "d'une part, la perception par M. de Maistre d'une somme de 2 956 757,29 euros, en exécution d'une convention entre la société Eugenia, dont il était le gérant, et Liliane Bettencourt, alors en situation de vulnérabilité, soulignait vendredi le parquet de Bordeaux. Ils visent, d'autre part, la perception indue de factures émises par la société Eugenia à l'égard de la société Clymène, dont il était dirigeant, pour un bénéfice de 2,4 millions d'euros."

Deux versements en 2007

Mais l'enquête s'intéresse également au versement, à deux reprises, de 400 000 euros en liquide, en pleine campagne électorale de 2007, rapporte, lundi, Sud-Ouest. Le premier aurait eu lieu le 5 février. C'est à cette date qu'Eric Woerth, alors trésorier de l'UMP, et Patrice de Maistre se sont rencontrés. Le second versement remonterait au 26 avril, en plein entre-deux-tours de la présidentielle, explique le quotidien. Et les enquêteurs seraient tombés sur une phrase prononcée par Liliane Bettencourt et retranscrite par le photographe François-Marie Banier, le protégé aujourd'hui déchu de l'héritière de L'Oréal, sur son journal de bord datant de ce 26 avril : "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent, j'ai dit oui."

La procédure du juge d'instruction Gentil, en charge de l'affaire, fait aussi état d'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et André Bettencourt, le mari de Liliane décédé en octobre 2007, au domicile de ce dernier, le 31 mars 2007. L'entretien n'aurait pas duré plus d'un quart d'heure. Le candidat ne serait pas venu chercher l'argent, précise Sud-Ouest.  

Des comptes bancaires suisses

Un système de transfert de fonds via la Suisse entre 2007 et 2009 aurait donc fonctionné, et sept remises d'espèces au total auraient été faites à Patrice de Maistre. Cela va dans le sens des déclarations de Claire Thibout, ancienne comptable de Liliane Bettencourt. Et Patrice de Maistre aurait confirmé "à demi-mots" l'utilisation de cette méthode dite de compensation par les Bettencourt, selon le quotidien. En clair, puiser dans leurs comptes suisses afin de faire revenir les espèces à Paris par une sorte de "compensation bancaire" équivalant à un système de passeurs, résume de son côté le JDD.fr

Les enquêteurs ont remonté cette piste grâce au retour d’une commission rogatoire internationale de Suisse. L’analyse des mouvements en espèces de la famille Bettencourt ont brutalement changé la donne, a rapporté Le Journal du Dimanche le 25 mars. Et l'hebdomadaire écrit : "Noir sur blanc, dans son ordonnance demandant l’incarcération de Patrice de Maistre, le magistrat bordelais soupçonne qu’une partie des fonds en espèces récupérés par les Bettencourt a servi au financement de la campagne de 2007."