Le tweet de Valérie Trierweiler est-il vraiment dangereux pour l'Elysée ? En affichant publiquement son soutien à l'adversaire de Ségolène Royal aux législatives, mardi 12 juin, la compagne de François Hollande a déclenché la première grosse polémique du quinquennat. Du pain béni pour l'UMP qui ironise. Gêné, le PS appelle la première dame à plus de retenue, le tout en pleine campagne pour le second tour des législatives... Cette affaire du tweet de la première dame aura-t-elle un impact ? 

• OUI. Une perche inespérée tendue à l'opposition

Largement dominée par la gauche au premier tour des élections législatives, la droite se délecte du tweet de Valérie Trierweiler et reprend des couleurs en plein entre-deux tours, évoquant un "vaudeville"  ou un "Dallas à l'Elysée". Invité du journal de 20 heures de France 2 mardi soir, Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, dénonce une "affaire d'une incroyable légèreté" et pointe le décalage entre la médiatisation de cette affaire et la crise européenne qui s'accentue. "Vous vous rendez compte que [pendant] cette élection majeure qu'est l'élection législative dans un climat de crise, avec l'Italie quasiment au dépôt de bilan, l'Espagne qui a un renflouement de 100 milliards d'euros pour ses banques... une crise dont François Hollande ne parle pas, on nous demande de faire des commentaires sur quelque chose qui, excusez-moi, n'est pas du niveau."

L'affaire du tweet de Valérie Trierweiler détourne également les regards d'un des enjeux de la campagne du second tour des législatives : la stratégie de l'UMP face au Front national. Les responsables socialistes se sont tous rejoints pour déplorer que le tweet ait occulté ce que Claude Bartolone, député PS, qualifie d'"attouchements" entre UMP et FN. 

• OUI. L'embarras à gauche est palpable 

Et les socialistes sont gênés aux entournures quand il s'agit de commenter la polémique. "Ah ça, pour être dans la merde, on est dans la merde", confiait mardi un parlementaire PS à Libération (article payant). La ministre Marisol Touraine a plaidé mercredi pour la défense de Valérie Trierweiler : "Cette affaire prend des proportions que je trouve un peu déplacées, c'est un positionnement privé." Mais de nombreux responsables socialistes n'ont pu que déplorer la "bombe" lâchée par la compagne du chef de l'Etat. "Un tweet ça va, deux tweets bonjour les dégâts", a déclaré Claude Bartolone au sujet de ce qu'il qualifie de "faute""De quoi se mêle-t-elle ? Ce n'est pas elle que nous avons élue", écrit sèchement sur son blog l'ancien ministre Jean-Louis Bianco, par ailleurs proche de Ségolène Royal.

Intime de François Hollande, François Rebsamen a lui jugé que sa compagne était sortie de son rôle : "Il faut qu'elle apprenne la réserve qui doit être la sienne." En espérant clore la polémique, Jean-Marc Ayrault a rappelé à l'ordre la première dame : "Je veux bien comprendre que les débuts sont toujours un peu compliqués mais chacun doit être à sa place." 

• OUI. L'autorité de François Hollande attaquée

Autre angle d'attaque pour l'UMP : François Hollande et sa stature de chef d'Etat "normal", construite en opposition à Nicolas Sarkozy. "La présidence 'normale' est définitivement morte", aux yeux de l'UMP Geoffroy Didier. Pour Paul Quinio, journaliste à Libération, le tweet de soutien à l'opposant de Ségolène Royal a "ceci de déprimant qu’il nous ramène à certains errements du sarkozysme". Pour lui, "le mélange des genres entre vie privée et vie publique revient par la fenêtre". La promesse de François Hollande d'une présidence sobre, sans éclats, sans mélange des genres en prend un coup. "C'est un signe de plus que ce pouvoir s'est bâti sur une supercherie de communication, cette idée de normalité, qui a du mal à tenir plus de quatre semaines" et "était destinée à tromper les Français", selon l'UMP Eric Ciotti.

"Cette affaire ridiculise notre pays, ridiculise le chef de l'Etat", ajoute l'élu de la Droite populaire, mercredi sur France Inter, demandant que François Hollande "clarifie les choses" et dise "clairement qui dirige l'Elysée, si c'est Mme Trierweiler ou lui". Et le député enfonce le clou, estimant que la fonction présidentielle est atteinte : "Ce n'est pas rassurant pour sa capacité à diriger notre pays, en tout cas." 

• OUI. 137 caractères pour un tourbillon médiatique international

La prise de parole de Valérie Trierweiler, à rebours de François Hollande et en faveur de celui qui s'oppose à l'ex-compagne du président fait les choux gras des médias français et internationaux. L'"affaire" est le premier sujet développé par les journaux de 20 heures mardi, les Guignols de Canal+ s'en donnent à cœur joie et on trouve sur le web plus de 1 000 articles francophones sur le sujet.

Pour le Telegraph, l'affaire a déjà un nom : la "guerre des roses". "Cela ressemble à une scène de Molière ou de Macbeth", s'étonne le New York Times. Le Daily Beast y voit plutôt un épisode de "Desperate Housewives". Et El País souligne que cette "guerre ouverte entre les deux femmes (...) devient le principal problème du président de la République alors que les élections législatives s'annonçaient paisibles", comme le rapporte Arrêt sur images. Pour sa part, The Independant estime que le "message de Valérie Trierweiler constitue la première gaffe de ce premier mois au pouvoir de Hollande, jusque-là impeccable".

• NON. Le geste personnel d'une femme libre

Comment Valérie Trierweiler justifie-t-elle son tweet ? "Elle trouve injuste le déferlement contre Olivier Falorni qui, dit-elle, est l'un des plus anciens et fidèles soutiens de François Hollande. Elle estime que le traiter de Besson, du nom d'Eric Besson qui aurait été qualifié de traître par le PS, est inadmissible. Pour elle, il n'est pas moins socialiste qu'un autre", rapporte mercredi la journaliste de RTL Alba Ventura, qui a recueilli, hors-micro, la confession de la première dame. En clair, Valérie Trierweiler a voulu réhabiliter un soutien de François Hollande de la première heure. 

Pour Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Versailles-Saint-Quentin, qui a notamment travaillé sur la peopolisation des politiques, le tweet de Valérie Trierweiler montre qu'elle est "soucieuse de son indépendance"

"Dans son tweet, elle ne donne pas un soutien au candidat dissident de La Rochelle, explique Christian Delporte à FTVi. Elle lui fait part de son amitié. Elle salue quelqu'un qui n'a pas démérité. Ce qui se traduit dans les médias par un soutien politique car c'est la première dame de France, mais c'est beaucoup plus nuancé que ça. Son tweet est plus un témoignage de sympathie." Et l'historien conclut : "A l'échelle de la politique nationale, c'est rien du tout." Une ligne également défendue par Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement. "La réalité, c'est que Mme Trierweiler est une femme libre et moderne qui s'exprime librement", dit-elle mercredi.

• NON. Une première dame indépendante, pas une première 

Patrice Biancone, le chef de cabinet de Valérie Trierweiler, assure à Libération que le tweet "n'a rien d'exeptionnel". "Ce n'est pas la première fois qu'une première dame a des positions différentes de celle de son mari. C'est arrivé avec Danielle Mitterrand, mais aussi Cécilia Sarkoy. Valérie Trierweiler a toujours dit qu'elle revendiquait une liberté de parole", explique son directeur de cabinet. De fait, Valérie Trierweiler n'est pas la première à s'affranchir d'un protocole mal défini. Danielle Mitterrand s'était notamment fait remarquer en taclant sans détour les ministres de la première cohabitation ou en manquant de provoquer des crises diplomatiques. Autre exemple : Cécilia Sarkozy, qui ne restera que six mois à l'Elysée. Le temps d'infliger plusieurs vilains revers à son époux de l'époque, comme le note FTVi.

En se démarquant de leurs présidents de maris, ces premières dames n'enfreignent  aucune règle car aucun statut ne définit le rôle de la compagne du chef d'Etat. D'ailleurs, l'UMP Patrick Ollier a suggéré de tirer une "leçon de cette faute" : qu'une loi organique crée un statut pour la conjointe du président de la République.