Affaire Copé : ce que l'on sait des factures payées par l'UMP à Bygmalion

Le quotidien "Libération" dit avoir accédé à des factures d'Event & Cie, filiale de Bygmalion, qui s'élèvent à près de 20 millions d'euros.

Le président de l'UMP Jean-François Copé et Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet, le 27 novembre 2012  à Paris.
Le président de l'UMP Jean-François Copé et Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet, le 27 novembre 2012  à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Mis à jour le , publié le

"Ce sont des francs CFA ?", réagit un ancien ministre UMP, contacté par Libération. Selon le quotidien, jeudi 15 mai, le parti a réglé près de 20 millions d'euros à une filiale de Bygmalion, une agence de communication dirigée par des proches de Jean-François Copé, pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Une note salée, d'autant que certains événements facturés semblent fictifs, toujours selon Libération. Après les révélations du Point, Francetv info revient sur ces nouveaux éléments de l'affaire Copé.

Quelles sont les révélations de "Libération" ? 

Le quotidien dit avoir accédé aux factures de la filiale Event & Cie sur la période de janvier à juin 2012, qui s'élèvent à environ 19 millions d'euros. L'UMP a notamment versé 12,7 millions pour au moins 55 "conventions thématiques". Des réunions qui n'ont pas laissé de souvenirs impérissables. Sur internet, Libération a retrouvé difficilement la trace de six d'entre ellesProblème de taille, plusieurs élus UMP interrogés par le quotidien ont des trous de mémoire concernant ces événements.

Par exemple, le journal cite notamment une "conférence sur l'accès au crédit" le 30 mai 2012, trois semaines après la défaite de Nicolas Sarkozy, facturée 299 000 euros. Or le député UMP Pierre Lellouche, supposé en être le principal intervenant, ne s'y est pas rendu selon ses agendas et ses souvenirs. Il "conteste formellement" auprès de l'AFP avoir été associé à cette conférence et à cette facture, et saisit son avocat pour "défendre son nom".

Autre exemple : une facture de 299 000 euros elle aussi pour une convention à propos de la "réforme des retraites et sauvegarde du régime par participation". Etonnamment, le secrétaire national en charge des retraites à l'UMP, Arnaud Robinet, ne semble pas avoir été convié à cette réunion. Il affirme même qu'il n'y a pas eu de convention sur cette thématique pendant la campagne.

Quelles nouveautés par rapport aux infos du "Point" ?

Les révélations de Libération viennent compléter les informations du Point, publiées en février. L'hebdomadaire affirmait alors que l'argent de l'UMP avait servi pendant la campagne de 2012 à sponsoriser la société Bygmalion à travers des surfacturations. Jean-François Copé était dans le viseur du Point, puisque Bygmalion est une PME fondée par deux proches du président de l'UMP, Bastien Millot et Guy Alvès. D'ailleurs pour tenter de clore l'affaire, le maire de Meaux avait contre-attaqué en annonçant une grande opération de transparence

Le Point évoquait déjà la filiale Events & Cie de Bygmalion et sa "croissance fulgurante" pendant la campagne présidentielle de 2012. La boîte gère alors l'organisation des universités d'été, des journées parlementaires, des conseils nationaux puis bonus en or, les meetings de Nicolas Sarkozy. L'hebdomadaire avait alors évoqué une somme de 8 millions d'euros empochée par la société en "chargeant la mule sur certaines prestations facturées à l'UMP". Jean-François Copé avait dénoncé un "coup monté" et "un tissu de mensonges" au mois de mars, et porté plainte contre Le Point.

Comment expliquer ces factures ?

Des conventions fictives ? La mémoire défaillante des élus UMP interrogés peut laisser croire que certains événements n'ont pas eu lieu. Mais Bygmalion se défend : "Tout ce qui a été facturé a été organisé." Même son de cloche à l'UMP, où Jérôme Lavrilleux confirme l'existence de ces "80 événements" en 2012 et le chiffre global de 19 millions d'euros versés par l'UMP à Bygmalion. Le directeur de cabinet de Jean-François Copé affirme avoir les preuves de la tenue de ces réunions mais ne veut pas les fournir au quotidien, qui émet donc des doutes sur leur existence.

Une surfacturation ? Les chiffres exorbitants pour l'organisation de ces conventions invitent à s'interroger sur d'éventuelles surfacturations. Mais l'avocat de Bygmalion, Patrick Maisonneuve, conteste dans Libération "toute accusation de surfacturation" et "toute rétrocommission", se réfugiant derrière la marge, entre 25 et 28%, réalisée par Bygmalion. Une marge qui n'est pas excessive dans le secteur de l'événementiel. Le quotidien a montré les factures à des spécialistes du PS, qui confirment que la surfacturation n'est pas évidente.

Des frais de campagne déguisés ? Le plafond autorisé pour les frais d'une campagne présidentielle s'élève à 22,5 millions d'euros. D'ailleurs, en juillet 2013, le Conseil constitutionnel a rejeté les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Les nombreuses factures payées à Bygmalion "peuvent masquer des dépenses électorales", estime un spécialiste interrogé par Libération. Mais pour l'UMP, ces dépenses n'avaient pas à être intégrées dans les comptes de campagne, puisque les conventions s'adressaient à un public déjà conquis et non à de potentiels électeurs.