Ils ne s'avèrent pas toujours fiables, mais une chose est certaine : ils coûtent chers. Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, l'Elysée a commandé pour 9,4 millions d'euros de sondages et d'études. L'information a été dévoilée jeudi 24 mai par un militant qui en a obtenu les factures, après un recours en justice. Parmi les questions qui intéressaient le président d'alors : "Diriez-vous que l’existence de l’euro permet de limiter les effets de la crise ?""Que pensez-vous de son mariage possible avec Carla Bruni ?", ou encore DSK "a-t-il été convaincant" sur TF1 ?

• Comment les factures ont été obtenues ?

Raymond Avrillier, militant écologiste grenoblois, a saisi en 2009 en tant que simple citoyen le tribunal administratif de Paris pour obtenir la liste des sondages commandés par la présidence de la République. Sa demande s'appuyait sur la loi du 17 juillet 1978, qui favorise l'accès aux documents administratifs.

Le 17 février dernier, le tribunal a donc enjoint l'Elysée de communiquer à Raymond Avrillier les conventions d'études et les factures des sondages qu'il a fait réaliser entre 2007 et 2009. L'ancien élu écologiste, connu pour avoir provoqué la chute de l'ancien maire de Grenoble Alain Carignon (UMP), a alors reçu quatre cartons de documents en avril. Avant de formuler une nouvelle demande à la Commission d'accès aux documents administratifs, pour obtenir les fichiers des années 2010, 2011 et 2012, dont il a révélé le contenu jeudi.

• Qu'apprend-on dans les nouveaux documents ?

Les 66 sondages réalisés entre 2010 et 2012 ont été facturés 3,04 millions d'euros à l'Elysée, et viennent s'ajouter aux 264 sondages commandés entre 2007 et 2009 pour un montant de 6,35 millions d'euros.

Certains d'entre eux auraient davantage servi au candidat Sarkozy qu'au président, selon Raymond Avrillier. Il cite notamment un sondage de février 2011 interrogeant les Français sur l'intervention au journal télévisé de France 2 de Dominique Strauss-Kahn, alors probable candidat à l'élection présidentielle. D'autres sondages commandés par l'Elysée portent sur une intervention télévisée de Marine Le Pen, sur l'électorat écologiste ou sur "les sympathisants socialistes et la question de l'islam".

• Quelles suites pour cette affaire ?

Raymond Avrillier a indiqué avoir saisi la Commission nationale des comptes de campagne pour qu'elle intègre une partie des sondages commandés par l'Elysée dans les comptes de campagne du candidat Sarkozy. Ils relèvent "pour partie du financement par une personne morale [l'Elysée] de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy", ce qui représente un délit puni par le code électoral, selon le militant grenoblois.

"Je ne remets pas en cause le fait que l'Elysée commande des sondages, mais c'est leur démesure et la thématique des sondages réalisés qui pose problème", affirme-t-il.