Coût du travail plus élevé en France, fiscalité allemande moins lourde pour les ménages... L'obsession du "modèle allemand" s'accompagne de quelques affirmations justes, et de beaucoup d'approximations. A l'occasion du conseil des ministres franco-allemand et de l'entretien télévisé Sarkozy-Merkel, lundi 6 février, FTVi passe au crible les neuf idées que l'exécutif français véhicule le plus souvent sur le "modèle allemand". 

1. Le coût du travail est plus élevé en France qu'en Allemagne

VRAI selon la Cour des comptes, FAUX selon l'OCDE. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en mars 2011 (consulter le PDF), le coût du travail est effectivement plus élevé en France qu'en Allemagne. Par exemple, pour un salaire annuel brut de 20 000 euros, le coût pour une entreprise allemande est de 23 945 euros, contre 26 434 euros pour une entreprise française.

Problème : selon l'OCDE (consulter le PDF)le coût du travail annuel moyen en France s'établit à 47 100 euros par salarié en 2009, contre 48 900 euros en Allemagne. Mais d'après l'institut Eurostat cité par l'Insee (consulter le PDF), le coût horaire d'un salarié allemand (29,34 euros/heure) est un peu moins élevé que le salarié français (31,97 euros/heure).

En fait, "tout dépend si l'on prend en compte les coûts de recrutement, les frais de cantine, les entreprises de moins de dix salariés, etc.", souligne Challenges.fr, ajoutant que, selon les sources européennes ou américaines, "un salarié allemand peut être de 12 % moins cher à 15 % plus cher qu'un salarié français" ! Difficile donc, dans ces conditions et avec ces chiffres contradictoires, d'affirmer que le coût du travail est plus élevé en France qu'en Allemagne.


2. Les salariés allemands travaillent plus que les salariés français

VRAI selon Coe-Rexecode, FAUX selon l'OCDE. Selon l'institut Coe-Rexecode, réputé proche du Medef, un salarié français à temps plein a travaillé en moyenne 1679 heures en 2010, soit 225 de moins qu'un salarié allemand. En intégrant les temps partiel (beaucoup plus nombreux en Allemagne qu'en France), l'écart n'est plus que de 87 heures. 

Des données contredites par l'OCDE, qui affirme que le temps de travail effectif moyen d'un salarié français est de 1554 heures par an, contre 1390 heures pour un salarié allemand. Difficile donc, là encore, d'assurer que les Allemands travaillent plus que les Français.


3. Ces dernières années, les salaires ont nettement plus augmenté en France qu'en Allemagne

FAUX. D'après les chiffres de l'Insee et de son équivalent allemand Destatis (consulter le PDF), les salaires de base ont progressé à peu près au même rythme dans les deux pays : + 13,1 % en France sur la période 2006-2010, + 11,9 % en Allemagne. Le qualificatif de "nettement" paraît donc exagéré.

Une précision : comme le soulignait une étude rapportée par Le Figaro au cours de l'été 2010, l'Allemagne compte de plus en plus de travailleurs pauvres, 20 % des salariés touchant moins de 10 euros par heure. 


4. La TVA sociale n'a pas fait augmenter les prix en Allemagne

FAUX. Le relèvement du taux de TVA en France de 19,6% à 21,2% le 1er octobre prochain n'aura pas d'effet sur les prix : c'est ce que promet Nicolas Sarkozy, en brandissant l'exemple de l'Allemagne, où les prix n'ont, selon lui, pas augmenté lorsqu'en 2007, la TVA est passée de 16% à 19%.

"Tel n'est pas exactement l'avis de la Cour des comptes (française)", note le blogueur Sylvain Gouz sur Rue89, qui s'appuie sur un rapport publié en mars 2011 (consulter le PDF) : "Selon une étude de la Bundesbank, une grande partie de cette augmentation de la TVA a été répercutée dans les prix : selon la banque centrale allemande, qui fonde son analyse sur un panier de 40 biens, l'augmentation de 3 points de la TVA aurait contribué pour 2,6 points à la hausse des prix en 2007".


5. La fiscalité française est plus lourde que la fiscalité allemande

VRAI. Avec 41,6% du PIB en 2009, la France a des recettes fiscales légèrement plus importantes que l'Allemagne (39,7 % du PIB), selon les chiffres de la commission européenne. Le travail et le capital sont plus taxés en France, mais la consommation l'est davantage en Allemagne.


6. Les dépenses publiques françaises sont plus importantes que les dépenses publiques allemandes

VRAI. Toujours selon les chiffres de la commission européenne, la France se classe parmi les trois pays de l'Union européenne ayant les dépenses publiques les plus importantes. Avec 56,6% du PIB en 2010 (contre 51,7% en 2000), les dépenses françaises sont nettement plus élevées que les dépenses allemandes (47,9% du PIB en 2010 contre 48,2 % en 2000). 


7. Durant la crise, l'Allemagne a mieux résisté au chômage que la France

VRAI. Il suffit de comparer les courbes du taux de chômage pour constater que l'Allemagne a nettement mieux résisté que la France dans le domaine de l'emploi.

En dehors d'une brève période (octobre 2008-juin 2009), le taux de chômage allemand ne cesse de décroître depuis le printemps 2005. En sept ans, il est passé de 11,5% à 5,5%.

A l'inverse, en France, alors que le chômage était sur une tendance décroissante depuis avril 2006, il est reparti à la hausse à partir de février 2008, pour se stabiliser aux alentours de 10% depuis l'automne 2009.


8. Les socialistes allemands ont adopté la "règle d'or"

NI VRAI, NI FAUX. La Constitution allemande prévoit depuis 1949 une règle prévoyant la limitation de l'endettement. Une règle que le Parlement a renforcé en 2009 par une autre loi, que le SPD (équivalent du PS outre-Rhin) a effectivement votée avec la CDU (équivalent de l'UMP). 

Mais cette loi ne correspond pas vraiment à la règle d'or que Nicolas Sarkozy aimerait voir adoptée en France, comme le soulignait Le Monde.fr début décembre. Elle ne doit par exemple s'appliquer qu'à partir de 2016, et laisse la possibilité à l'Allemagne de recourir à l'endettement en cas d'urgence. 


9. La politique familiale française est plus efficace que la politique familiale allemande

VRAI. L'un des axes du gouvernement français serait de proposer à l'Allemagne de s'inspirer de la politique familiale française, qui lui permettrait de relancer la natalité. 

L'Allemagne n'a pas de quotient familial, mais pratique un abattement fiscal en fonction du nombre d'enfants à charge. "Cet abattement forfaitaire est néanmoins jugé injuste, puisqu’il avantage les familles à hauts revenus", observe Le Parisien. Quant à l'allocation familiale, elle est la même pour chaque enfant, quels que soient les revenus. Et pour l'instant, les dépenses massives d'Angela Merkel (à hauteur de 15 milliards d'euros) pour tenter de relancer la natalité allemande n'ont pas franchement connu de succès, comme le souligne Libération : "Malgré les mesures lancées, l’Allemagne vieillit inexorablement".