"Le 21 octobre 1999, j'étais avec ma mère au marché. Il n'y avait que des femmes, des enfants et des vieillards. La bombe a déchiqueté tout le monde autour de nous. J'ai eu 16 éclats d'obus dans la jambe, et on ne m'a soignée que quatre mois plus tard." Polina est une petite vendeuse de 14 ans sur le marché de Grozny quand la Russie écrase la Tchétchénie et ses vélléités d'indépendance sous les bombes. Un cauchemar qui commence en 1994, quand les chars russes entraient dans la capitale de cette petite République du Caucase...

Les exilées de l'enfer tchétchène se retrouvent en Europe. Elles ont vécu les mêmes peurs, les mêmes privations : "On n'avait plus d'eau, on faisait fondre de la neige (...) sale et noire. On [y] mélangeait un peu de farine, c'est tout ce qu'on avait pour manger." Le journal de Polina Jerebtsova, "Une adolescence tchétchène" - qui sort en France aux éd. Books - lui a valu des menaces de mort à Moscou : on l'accusait de nuire à l'image de l'armée russe. Zalina Chergizova, dont le mari est en prison en Sibérie, dénonce "une guerre qui continue de manière souterraine" et un président-tyran.

Un président et un gouvernement contre lequel Polina veut porter plainte devant la Cour européenne des Droits de l'homme. Au nom des siens.