Venezuela : élections constituantes sous haute tension dans un pays plus divisé que jamais

Le Venezuela organise dimanche l'élection d'une Assemblée constituante voulue par le président Nicolas Maduro et violemment rejetée par l'opposition. Franceinfo a rencontré une pro Maduro et un opposant au gouvernement à quelques heures de ce vote décisif.

Les Vénézuéliens sont appelés à voter dimanche pour l\'élection d\'une Assemblée constituante qui devrait octroyer des pouvoirs élargis à l\'impopulaire président Nicolas Maduro. L\'opposition, qui multiplie les manifestations ces derniers mois, appelle à boycotter ce scrutin. Photo prise dans les rues de Caracas le 29 juillet.
Les Vénézuéliens sont appelés à voter dimanche pour l'élection d'une Assemblée constituante qui devrait octroyer des pouvoirs élargis à l'impopulaire président Nicolas Maduro. L'opposition, qui multiplie les manifestations ces derniers mois, appelle à boycotter ce scrutin. Photo prise dans les rues de Caracas le 29 juillet. (MIGUEL GUTIERREZ / EFE)
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Edité par Cécile MimautSandrine Etoa-AndeguefranceinfoRadio France

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Le Venezuela organise dimanche 30 juillet l'élection d'une Assemblée constituante voulue par le président Nicolas Maduro et violemment rejetée par l'opposition. Dans ce climat de grande tension, les anti Maduro boycottent le scrutin et appellent le peuple à descendre dans les rues et notamment à occuper l'autoroute à Caracas. Franceinfo a rencontré une pro Maduro et un opposant au gouvernement à quelques heures de ce vote crucial.

>> L'article à lire pour comprendre la crise qui déchire le Venezuela

Melissa est une orpheline d’Hugo Chavez. Elle a acheté tous les livres qui parlent du comandante que, dit-elle, elle a eu la chance de rencontrer. Ce jour-là, elle lui a demandé un appartement qu’elle a fini par obtenir quelques mois plus tard dans un logement social, situé dans les montagnes, à l’extérieur de Caracas. Elle nous montre avec fierté son tee-shirt avec un message en faveur de la constituante.

Melissa, travailleuse sociale et militante socialiste. Elle défend l\'héritage d\'Hugo Chavez.
Melissa, travailleuse sociale et militante socialiste. Elle défend l'héritage d'Hugo Chavez. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Melissa a la dent très dure envers l’opposition qui manifeste depuis début avril : "Je porte ce tee-shirt avec fierté. C’est parti pour la Constituante. Tous les révolutionnaires sont pour cette Assemblée et même ceux qui ne la soutiennent pas forcément.

Les opposants fascistes ont détruit tout l’héritage du commandant Chavez. Ils ont détruit les routes, ils cassent nos industries, et ils brûlent même des gens parce qu’ils sont des révolutionnaires.

Melissa, pro Maduro

à franceinfo

Cette mère de trois enfants est fière de l’héritage d’Hugo Chavez, fière, dit-elle, de son successeur Nicolas Maduro, pourtant contesté depuis son arrivée au pouvoir en 2013. Le chavisme, dit-elle, c’est la fin des inégalités, la redistribution des richesses. Melissa ne paie quasiment rien pour l’eau, le gaz, l’électricité ou encore pour le loyer de son appartement. La Constituante va permettre de renforcer tous les programmes sociaux du gouvernement, explique-t-elle. "Elle va bien-sûr changer des choses, permettre de renforcer tous les programmes sociaux du gouvernement, pour l’éducation, pour la santé, pour le logement social. Je pense vraiment que l’Assemblés constituante va permettre de mettre fin à la crise."

Depuis que l’opposition a la majorité au Parlement, les choses ont empiré. Les pénuries de nourriture, c’est à cause d’elle

Melissa

à franceinfo

Melissa espère une participation importante à l’élection de l’Assemblée constituante. Dès qu’elle le peut, elle rappelle aux gens de son immeuble qu’il est important d’aller voter. Elle nous montre une liste de 10 personnes qu’aujourd’hui elle va particulièrement surveiller : "On va rappeler aux gens l’heure d’ouverture des bureaux de vote. Ils doivent s’y rendre. Et une fois qu’ils ont terminé de voter, nous en informer. Si on voit qu’il manque quelqu’un, on l’appelle ou alors on passe le chercher".

Le gouvernement "nous persécute" 

Aucune chance de croiser Ronald Castellanos dans un bureau de vote aujourd’hui. Il sera dans la rue au côté d’opposants à Nicolas Maduro. Il nous donne rendez-vous à l’hôpital universitaire de Caracas. Il faut être très discret, les journalistes étrangers ne sont pas les bienvenus. Il nous emmène dans son service, nous montre les placards vides, les lits de fortune. La plupart des toilettes de cet étage ne fonctionnement pas. "On manque de tout", nous explique-t-il : pas de gants, pas de médicaments, parfois les patients utilisent plusieurs fois la même seringue.

Ronald, interne à l\'hôpital universitaire de Caracas. L\'opposant ira encore manifester dimanche contre l\'Assemblée constituante.
Ronald, interne à l'hôpital universitaire de Caracas. L'opposant ira encore manifester dimanche contre l'Assemblée constituante. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

"Comment peut-on travailler dans ces conditions ? Avec les fournitures que les familles des patients achètent et veulent bien nous apporter. Parfois, on reçoit un peu de matériel. En fait, plusieurs fois par mois, quand il y a une élection, on reçoit du matériel. C’est le cas pour cette nouvelle Constituante. Ils nous ont envoyé quelques antibiotiques, des seringues, de l’alcool… Un cache-misère", selon lui. Pour Ronald, il n’y a qu’un seul coupable, le gouvernement actuel.

Ce gouvernement veut s’accrocher au pouvoir pour continuer à piller les ressources de ce pays. Avec le précédent gouvernement, ce pays était différent.

Ronald, opposant

à franceinfo

Ronald dénonce les pressions exercées sur lui et ses collègues par la direction de l’hôpital. "La majorité du personnel est contre ce gouvernement et il le sait, affirme-t-il. C’est pour ça qu’il nous persécute à l’intérieur de l’hôpital. Il surveille surtout que les journalistes étrangers n’y rentrent pas parce qu’il ne veut pas que la vérité se sache."

On exerce des pressions sur les gens pour qu’ils aillent voter à l’intérieur de l’hôpital

Ronald

à franceinfo

Ronald va continuer à manifester "malgré la garde nationale qui nous tire dessus, malgré la répression", dit-il.

A Caracas, le reportage de Sandrine Etoa.
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