Recul de l'espérance de vie aux Etats-Unis : "l'obésité a des conséquences néfastes sur la mortalité"

En 2015, l'espérance de vie a reculé aux États-Unis par rapport à 2014. Michel Guillot, professeur à l'université de Pennsylvanie et démographe, était jeudi l'invité de franceinfo pour analyser cette tendance. 

Michelle Obama, la femme de Barack Obama, président des États-Unis, lors d\'un sommet sur la santé à Washington, le 20 mai 2016.
Michelle Obama, la femme de Barack Obama, président des États-Unis, lors d'un sommet sur la santé à Washington, le 20 mai 2016. (JIM LO SCALZO / EPA )
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Pour la première fois depuis 1993, l’espérance de vie a reculé aux Etats-Unis en 2015, de 0,1 an par rapport à 2014. Un enfant né en 2015 pourra vivre jusqu'à 78,8 ans en moyenne. "L'obésité a fortement augmenté ces dernières années et on sait que l'obésité a des conséquences néfastes sur la mortalité", a analysé le démographe Michel Guillot, professeur à l’université de Pennsylvanie et chercheur associé à l’INED (Institut national d'études démographiques), invité de franceinfo, le jeudi 8 décembre.

franceinfo : Est-ce que ce recul de l'espérance de vie aux Etats-Unis en 2015 peut devenir une tendance durable ?

Michel Guillot : Pour mettre les choses en perspective, une baisse de 0,1 an, ça peut sembler peu et pas forcément inhabituel. Par exemple, en France, l'espérance de vie a baissé de 0,3 ans entre 2014 et 2015. Mais ce qui est inquiétant ici c'est qu'on a affaire, aux Etats-Unis, à une stagnation qui dure depuis environ 4 ans. Et surtout cette baisse ne semble pas être due, comme en France, à un épisode grippal ou à une canicule. Ça peut devenir une tendance durable, cette stagnation de quatre ans est assez inhabituelle. La dernière stagnation de l'espérance de vie aux Etats-Unis, c'était dans les années 1960-1970 à cause du tabagisme. Donc là on pense au nouveau problème par rapport au comportement de santé : l'obésité. C'est trop tôt pour le dire, il faudrait voir les données plus détaillées, mais il est vrai que l'obésité a fortement augmenté ces dernières années et on sait qu'elle a des conséquences néfastes sur la mortalité.

Selon le rapport des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), cette baisse est due à la forte augmentation de la mortalité de la maladie d'Alzheimer (+ 15, 7 %) ?

Cela me paraît étonnant. Ce n'est pas dû au vieillissement de la population parce que ces données le prennent en compte. Donc il faudrait voir s'il y a une augmentation du nombre de diagnostic. Mais bon, ce sont des causes quand même plus basses par rapport aux premières causes : les maladies cardio-vasculaires, les accidents ont augmenté. Ce sont des causes qui ont des poids plus importants de manière générale à ce stade dans l'espérance de vie.

Peut-on comprendre ce recul comme un signe que l'espérance de vie humaine a atteint ses limites ?

Les chercheurs débattent beaucoup de cette question, de savoir si l'espérance de vie peut continuer d'augmenter indéfiniment ou si elle va finir par se stabiliser. Là, quand même, il faut se rendre compte qu'aux Etats-Unis, l'espérance de vie est beaucoup plus basse. Elle est classée 40ème au niveau international. Je pense qu'il y a vraiment énormément de progrès à faire. Bien sûr on pense au système de santé : malgré l'Obamacare, l'accès aux soins reste très difficile, notamment pour les populations défavorisées et rurales, celles chez qui il y a une augmentation de la mortalité.

"Ca peut devenir une tendance durable", Michel Guillot, professeur à l'université de Pennsylvanie.

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