Primaires américaines : qui est John Kasich, le candidat républicain qui veut "contester" l'investiture de Donald Trump ?

Avec l'abandon de Marco Rubio et sa victoire dans son fief de l'Ohio, le gouverneur rêve du scénario d'une "convention contestée". Il pourrait alors espérer le soutien des cadres de son parti face à l'excentrique milliardaire.

Le gouverneur John Kasich, candidat aux primaires républicaines, célèbre sa victoire dans l'Ohio à Berea (Etats-Unis), le 15 mars 2016.
Le gouverneur John Kasich, candidat aux primaires républicaines, célèbre sa victoire dans l'Ohio à Berea (Etats-Unis), le 15 mars 2016. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)
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Face aux "princes des ténèbres" des primaires, il se voit comme le "prince de la lumière", "le prince de l'espoir". Rien que ça. Fort de sa victoire dans son fief de l'Ohio, mardi 15 mars, John Kasich s'érige désormais comme l'un des derniers remparts contre Donald Trump. Le seul, avec le sénateur Ted Cruz, à pouvoir encore lui barrer la route de l'investiture républicaine.

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Depuis son entrée en campagne, en juillet 2015, John Kasich cultive l'image d'un homme expérimenté, élu à la chambre des représentants de 1983 à 2001 et deux fois gouverneur de l'Ohio, poste qu'il occupe depuis plus de cinq ans. L'image d'un républicain modéré, aussi. Un "centriste" même, à en croire le New York Times (en anglais), capable de se présenter comme "un Américain du Midwest plein de bon sens", prêt à "réparer" les erreurs de Washington.

Un modéré... en apparence seulement ?

Certaines de ses positions détonnent en effet avec les saillies outrancières de Donald Trump ou les idéaux ultraconservateurs de Ted Cruz. Pas question pour lui, par exemple, de prôner l'expulsion de tous les sans-papiers. Pas question non plus de s'entêter dans l'opposition au mariage pour tous, légalisé par la Cour suprême : "Il est temps d'aller de l'avant", explique-t-il. Il a lui-même assisté aux noces d'un couple homosexuel.

Ce n'est pas non plus un farouche opposant de l'Etat fédéral, note le magazine progressiste Mother Jones (en anglais), qui cite son soutien à des standards éducatifs nationaux. Au Congrès, où il a siégé pendant 18 ans et où il a présidé la commission du Budget, il a été remarqué pour sa capacité à travailler au-delà des traditionnelles lignes partisanes, raconte le Guardian (en anglais).

Un farouche opposant à l'avortement

"Je devrais participer à la primaire démocrate", a même plaisanté John Kasich durant sa campagne. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le gouverneur est bien un conservateur. "Les habitants de l'Ohio qui le connaissent sont ébahis de voir qu'il parvient à se présenter comme un modéré, explique Sandy Theis, directrice exécutive d'un think tank libéral, Progress Ohio, au Guardian. Peut-être que le centre a tellement bougé vers la droite qu'il n'y a plus d'authentique modéré en course chez les républicains."

Le quotidien britannique en veut pour preuve son bilan en matière de lutte contre l'avortement. "C'est l'un des gouverneurs anti-avortement les plus extrêmes", assure une responsable du Planning familial à Politico (en anglais). "John Kasich n'est pas un modéré, il a fait de la vie des femmes de l'Ohio un enfer", proclame même un communiqué de l'organisation, qui rappelle qu'il a coupé les financements des organisations pratiquant l'avortement et qu'il entend également s'attaquer aux programmes contre la mortalité infantile, les violences domestiques et le VIH.

Arrogant ou gentil ?

Surtout, John Kasich n'est pas forcément le gentil candidat qu'il laisse paraître. Ou alors il a beaucoup changé. Par le passé, le gouverneur a été qualifié de "monsieur je-sais-tout", d'"abruti", d'homme "désagréable" ou "grincheux", liste Politico. En 1991, en bon fan de rock, il aurait même tenté de s'inviter sur la scène en plein concert de The Grateful Dead. Le passage lui ayant été refusé, il aurait alors menacé le groupe de représailles et clamé qu'il pouvait l'empêcher de se produire à nouveau dans la capitale, raconte le Washington Post (en anglais)

Certes, "John Kasich peut être grossier – et parfois même carrément méchant", mais il peut aussi "spontanément montrer de l'empathie" pour les plus défavorisés, décrit une journaliste de The Atlantic (en anglais). Suffisant pour faire de lui "le seul choix envisageable pour les républicains fatigués de l'extrêmisme et de l'inexpérience" démontrée par les leaders républicains durant ces primaires, écrit le New York Times (en anglais), qui lui a apporté son soutien.

Il est désormais l'outsider de ces primaires, après le retrait de Marco Rubio, l'un des espoirs déçus de l'establishment républicain pour contrer Donald Trump. Difficile de présager de son avenir. John Kasich et ses équipes semblent désormais tout miser sur la perspective d'une "convention contestée", qui serait probablement désastreuse pour le milliardaire new-yorkais. Dans ce scénario, aucun des trois candidats en lice n'obtiendrait la majorité des délégués nécessaires pour obtenir l'investiture à la convention de juillet. Les cartes seraient alors totalement redistribuées.