Présidentielle américaine : comment les républicains se résignent petit à petit à soutenir Donald Trump

De nombreux analystes prédisaient l'effondrement du milliardaire dans les sondages. Mais maintenant qu'il domine les primaires, les cadres du parti républicain se préparent jour après jour à l'hypothèse d'une victoire de Donald Trump.

Donald Trump à Las Vegas (Etats-Unis), lors du caucus républicain du Nevada, le 23 février 2016.
Donald Trump à Las Vegas (Etats-Unis), lors du caucus républicain du Nevada, le 23 février 2016. (ETHAN MILLER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
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Au début, personne n'y croyait, ou presque. Et pourtant, Donald Trump enchaîne désormais les victoires. Dans le New Hampshire, le 9 février. En Caroline du Sud, le 20. Et dans le Nevada, le 23. Le milliardaire domine le début des primaires républicaines, prélude de la course à la Maison Blanche, sans être réellement inquiété par ses adversaires.

Encore inenvisageable il y a quelques mois, sa victoire est désormais un scénario crédible, à moins d'un retournement de situation dans les urnes. Même l'establishment républicain, pas franchement acquis à la cause du businessman, commence à faire le deuil de ses favoris et à se préparer à l'hypothèse de l'investiture de Donald Trump. Comment s'est-il fait une raison ? Retour sur ce long processus en cinq étapes.

1Le déni

Soyons honnêtes : quand Donald Trump annonce sa candidature, le 16 juin 2015, peu de gens prennent le milliardaire au sérieux. Surtout pas la presse. Le New York Times (en anglais) évoque la "quête improbable" du businessman, Politico (en anglais) assure même qu'il n'a "aucune chance de remporter l'investiture républicaine", tandis que sur les plateaux télé, on s'échange des rires entendus, quand on ne se moque pas ouvertement de son manque de crédibilité. "Un clown candidat à la présidence", titre même le New York Daily News, en grimant Donald Trump en triste bouffon à sa une.

Les unes du "New York Post" et du "New York Daily News", les deux tabloïds new-yorkais, le 17 juin 2015, au lendemain de la déclaration de candidature de Donald Trump.
Les unes du "New York Post" et du "New York Daily News", les deux tabloïds new-yorkais, le 17 juin 2015, au lendemain de la déclaration de candidature de Donald Trump. (RICHARD B. LEVINE /NEWSCOM / SIPA)

Mais les médias n'ont pas été les seuls à ne pas y croire. Le favori de l'époque, Jeb Bush, semble alors à mille lieues d'imaginer le risque que pose Donald Trump : sur Fox News (en anglais), il se contente de le décrire comme "un type riche", avant de rire face au présentateur. "Donald Trump, c'est comme observer un accident de la route, commente l'ancien porte-parole de George W. Bush, Ari Fleischer, cité par Politico (en anglais). Tout le monde s'arrête pour voir le bazar. Et Trump pense que c'est du divertissement. Mais candidater à la présidence, c'est sérieux."

Pendant des mois, personne ne le considère comme une réelle menace, raconte le New York Times (en anglais). En guise de preuve, le journal brandit les comptes des "super PACs", ces comités politiques techniquement "indépendants" des campagnes officielles, mais qui en réalité récoltent des fortunes pour soutenir les candidats. Mi-février, sur 215 millions de dollars (environ 195 millions d'euros) dépensés par ces groupes, seuls 4% – 8,4 millions d'euros – ont servi à financer des attaques contre Donald Trump, malgré sa domination dans les sondages.

2La colère

Donald Trump ne s'est pas fait que des amis durant sa campagne. Très rapidement, le milliardaire a multiplié les attaques. Contre les Mexicains d'abord, contre les réfugiés syriens, mais aussi contre les femmes. Dans la foulée du premier débat télévisé sur Fox News, il remet en cause l'une des présentatrices, Megyn Kelly, trop vindicative à son goût, en laissant entendre qu'elle avait ses règles au moment de l'interview.

Face à ces sorties polémiques, la riposte s'organise. "Sérieusement, s'emporte Jeb Bush, est-ce que l'on veut gagner ? Est-ce que l'on veut insulter 53% des électeurs ?" Lors du débat suivant, mi-septembre, l'ancien gouverneur de Floride s'en prend à nouveau à son adversaire. D'autres candidats mènent aussi la charge, rappelle NPR (en anglais), évoquant notamment les attaques de Carly Fiorina et Marco Rubio. "On n'a pas besoin d'un apprenti à la Maison Blanche", tacle un autre prétendant, le gouverneur Scott Walker.

3Le marchandage

Dès le début de sa campagne, Donald Trump ne manque aucune occasion d'irriter l'establishment républicain. Lors du premier débat télévisé, début août, il menace de se présenter même sans le soutien du parti, en cas de défaite aux primaires. "Y a-t-il quelqu'un sur scène qui n'est pas prêt à s'engager à soutenir le futur candidat du parti républicain et à monter une candidature indépendante contre cette personne ?", interroge le présentateur. Le milliardaire est le seul à lever là main, sous les huées du public.

Les négociations s'engagent avec les cadres du parti. En Virginie et en Caroline du Nord, les responsables menacent d'empêcher les candidats de participer aux primaires s'ils ne prennent pas un tel engagement. Finalement, après une rencontre avec le patron du GOP, Reince Priebus, Donald Trump accepte début septembre de faire la promesse. "Je soussigné, Donald Trump, affirme que si je ne remporte pas l'investiture du parti républicain pour la présidentielle, je soutiendrai le candidat républicain, peu importe son identité", peut-on lire dans un engagement signé du businessman.

Tiendra-t-il sa parole pour autant ? S'estimant "maltraité" par le parti républicain, Donald Trump laisse depuis planer le doute sur la validité de cette promesse.

4La dépression

Les mois passent, et la domination de Donald Trump se poursuit, malgré le désarroi de nombreux cadres républicains. Début décembre, le New York Times (en anglais) évoque la crainte de nombreux caciques du parti : devant la perspective de l'investiture du milliardaire, ils prédisent une lourde défaite lors du face-à-face avec le candidat démocrate en novembre. Pour autant, ni les principaux élus au Congrès, ni les donateurs les plus importants ne s'engagent dans la bataille face à Donald Trump, note le journal. Que ce soit par peur de s'engager dans un affrontement public avec le businessman, ou de s'attirer la colère des électeurs américains plutôt hostiles à l'establishment.

En février, la percée de Donald Trump se poursuit, avec sa victoire dans le New Hampshire et en Caroline du Sud. L'ancien favori, Jeb Bush, doit se résigner à jeter l'éponge. Incapables de freiner l'ascension du milliardaire, certains des plus gros donateurs du parti républicain arrêtent les frais et limitent leurs investissements dans la campagne, raconte Politico (en anglais). "C'est incroyable, explique au site le milliardaire Stan Hubbard, donateur. Jeb Bush a dépensé 42 millions de dollars [38 millions d'euros] dans le New Hampshire... tout ça pour quoi ? C'est frustrant."

5L'acceptation

Il faut s'y faire : une victoire de Donald Trump n'est plus impossible. Le milliardaire reçoit depuis quelque temps les conseils de son "ami", l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, raconte le Washington Post (en anglais). "On a discuté, explique l'intéressé. Donald et moi, Donald et d'autres amis qui connaissent la politique." A l'en croire, des personnalités de haut rang, fortement liées au parti républicain, figureraient parmi ces conseillers de l'ombre.

Les électeurs acceptent peu à peu l'idée. En janvier, 65% des participants aux primaires considèrent envisageable de soutenir Donald Trump pour la présidentielle, un score comparable à celui de ses adversaires Ted Cruz ou Marco Rubio, selon un sondage réalisé pour le compte du Wall Street Journal et de NBC (en anglais). En mars 2015, ils n'étaient que 23%. Que de chemin parcouru.

Le milliardaire bénéficie d'une "dynamique" indéniable, reconnaît Kevin McCarthy. Le chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants assure qu'il pourrait travailler avec Donald Trump si d'aventure le businessman accédait au bureau ovale. Même le patron du parti républicain abdique. "Ce n'est pas à moi de choisir qui sera le candidat investi, explique Reince Priebus sur ABC (en anglais). Qui que ce soit, nous allons le soutenir." Y compris si Donald Trump est le choix des électeurs.