"Le charbon, c’est ce qui a construit l’Amérique" : les mineurs de Virginie occidentale saluent la fin du plan pour une énergie propre

Dans la petite ville minière de War, en Virginie occidentale, le bruit des convois de charbon anime à nouveau le quotidien des habitants, après l’abrogation par Donald Trump du plan Obama pour l’énergie propre. Franceinfo s'y est rendu.

Les trains plein de charbon ont reprise du service sur la petite voie ferrée qui traverse la ville.
Les trains plein de charbon ont reprise du service sur la petite voie ferrée qui traverse la ville. (RADIO FRANCE / GREGORY PHILIPPS)
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Grégory PhilippsRadio France

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Aux Etats-Unis, Donald Trump relance les centrales à charbon, malgré l’avis des scientifiques et des défenseurs de l’environnement. L’activité minière, qui périclitait, reprend. Franceinfo s’est rendu dans la petite ville minière de War, en Virginie occidentale, l’un des Etats les plus pauvres du pays, où l'on compte par ailleurs le plus de climatosceptiques, pour y rencontrer des mineurs. 

Les couloirs font près d’un kilomètres de long

"Vous allez voir, c’est comme une ville souterraine, décrit Fred, qui nous introduit à l'intérieur de la mine. Là, c’est la rue principale, avec l’entrée et la sortie, et des rues plus petites, sur les côtés, qui permettent de rejoindre d’autres avenues."

A gauche, Fred, qui nous conduit dans la mine. A droite, un mineur prend une pause sur une chaise.
A gauche, Fred, qui nous conduit dans la mine. A droite, un mineur prend une pause sur une chaise. (RADIO FRANCE / GREGORY PHILIPPS)

Les couloirs font près d’un kilomètres de long. Plusieurs galeries se croisent et parfois, le plafond est si bas qu’il est difficile d’y évoluer. Cela fait plus de quarante ans que Fred est mineur. Ses yeux bleus percent à la lumière des lampes frontales. Il s’agit ici d’une mine familiale, creusée dans la montagne, sur les hauteurs de la petite ville de War.

Le plafond est parfois si bas qu\'il est difficile d\'évoluer dans la galerie.
Le plafond est parfois si bas qu'il est difficile d'évoluer dans la galerie. (RADIO FRANCE / GREGORY PHILIPPS)

Une vingtaine de mineurs se relaient chaque jour dans les couloirs. Parmi eux, William Adams : il a passé plus de 17 ans au fond de la mine. "Tout le monde croit que le charbon ne sert qu’à l’électricité, explique-t-il. C’est faux : sans charbon, il n’y aurait pas d’acier, de plastique, d’ordinateur, de maquillage, de téléphone portable. Le charbon, c’est ce qui a construit l’Amérique." Pourtant, depuis dix ans, les mines de Virginie occidentale périclitent.

"8 000 mineurs ont perdu leur job sous Obama"

"Cela va mieux depuis que Donald Trump est à la Maison Blanche, assure Bill, qui dirige le syndicat des ouvriers du charbon. Cela fait une énorme différence : on a passé huit années avec Obama qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour détruire l’industrie du charbon. 8 000 mineurs ont perdu leur job pendant cette période." Selon lui, l’attitude des politiques a changé : "C’est plus positif, estime-t-il. Le président Trump connaît l’importance du charbon qui reste, à nos yeux, le moyen le plus fiable et le moins cher pour produire de l’électricité 24 heures sur 24 et sept jours sur sept."

Des plans de l\'exploitation accrochés à un mur. 
Des plans de l'exploitation accrochés à un mur.  (RADIO FRANCE / GREGORY PHILIPPS)

Donald Trump a abrogé le Clean Power Plan, le plan pour une énergie propre d’Obama. A l’extérieur de la mine, à la surface, en remontant dans le vacarme assourdissant des machines d’aération, Benton reste persuadé que cette activité n’a aucune conséquence sur le réchauffement climatique."J’ai 70 ans, j’ai vécu ici toute ma vie et j’ai élevé six enfants, s’exclame-t-il. Voyez ces arbres de l’autre côté de la route : si le carbone était vraiment mauvais pour l’environnement, vous pensez vraiment que ces arbres seraient encore là ? Tous nos camions passent ici !" 

"Il ne faut pas surréagir"

Bill, du syndicat des travailleurs du charbon, invite à ne pas surréagir : "Nous pensons que ces huit dernières années, tout le monde a surréagit à cette question du réchauffement climatique, assure-t-il. Les gens qui parlent de cela ne mesurent pas à quel point leur attitude négative a détruit la communauté des mineurs de charbon. S’il faut changer nos habitudes, on le fera, nous sommes assez intelligents pour cela. Mais il ne faut pas surréagir."

La ville offre un spectacle de désolation, avec de nombreux commerces fermés. Restent ouverts : un supermarché, deux petits restaurants, et cinq églises. Tout le reste a fermé.
La ville offre un spectacle de désolation, avec de nombreux commerces fermés. Restent ouverts : un supermarché, deux petits restaurants, et cinq églises. Tout le reste a fermé. (RADIO FRANCE / GREGORY PHILIPPS)

Au fond de la vallée, War a des allures de ville fantôme : une rue principale, cinq églises, mais presque tous les commerces sont fermés. Il ne reste plus qu’un petit supermarché et un restaurant quasi désert qui donne sur les rails de chemin de fer. Les trains de charbon avaient quasiment déserté l’endroit.

"Entendre les trains qui passent à nouveau, cela nous fait vraiment du bien", confie Grace, qui vit ici depuis 1969. Il reste environ 15 000 mineurs en Virginie occidentale, sans compter les sous-traitants. L’an passé, l’Etat a massivement voté pour l’actuel président des Etats-Unis. Sur les maisons et les caravanes où habitent bon nombre de ces familles, on peut lire des panneaux "Trump digs coal" : "Trump creuse le charbon".

Les mineurs de Virginie occidentale saluent la fin du plan pour une énergie propre - reportage G. Philipps
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