Volte-face de Donald Trump sur les violences à Charlottesville : il veut "garder le soutien de l’extrême-droite suprémaciste"

Pour la chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des Etats-Unis, Marie-Cécile Naves, avec sa volte-face sur les événements de Charlottesville,  "Donald Trump est redevenu lui-même". 

Donald Trump, le 15 août 2017.
Donald Trump, le 15 août 2017. (JIM WATSON / AFP)
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Samedi 12 août, après la mort d’une jeune manifestante antifasciste pendant un défilé de militants de l’extrême droite américaine à Charlottesville en Virginie, Donald Trump avait refusé de condamner ces derniers, affirmant que la responsabilité était des deux côtés. Lundi, sous la pression de ses conseillers en communication, le président des Etats-Unis a finalement dénoncé un "racisme inacceptable". Mardi, depuis la Trump Tower à New York, il a fait volte-face en renvoyant dos à dos les groupes d’extrême droite et les antifascistes.

Avec cette dernière déclaration, "Donald Trump est redevenu lui-même", a estimé sur franceinfo mercredi Marie-Cécile Naves, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des Etats-Unis. "Je pense que c’est un tournant de la présidence", a-t-elle ajouté, estimant que son message "encourage assez clairement les groupuscules racistes".

franceinfo : Selon vous, Donald Trump a dit ce qu’il pensait depuis le début ?

Marie-Cécile Naves : Oui, je crois que finalement Donald Trump est redevenu lui-même. Il s’est livré mardi à une énième mise en scène de soi. Contrairement à lundi, où il s’exprimait à la Maison Blanche, où il lisait un prompteur sur l’insistance probable de ses conseillers, mardi, sa déclaration aux journalistes se passait chez lui, à la Trump Tower à New York, et donc ça a du sens. Cela veut dire qu’il redevient le Donald Trump de la campagne, le Donald Trump défenseur de l’identité blanche de l’Amérique. Je crois que ça va plus loin cette fois puisqu’on est dans une légitimation du racisme de sa part. Je crois que l’on peut dire les choses ainsi.

Selon vous, sommes-nous à un tournant, une crise qui fracture encore les Etats-Unis ?

Je pense que c’est un tournant de la présidence. C’est un message qui encourage assez clairement les groupuscules racistes et Donald Trump ferait vraiment le choix du clivage social, racial, et genré aussi, car cette violence raciste des néo-nazis à Charlottesville du Ku Klux Klan, c’est aussi une violence patriarcale. Cela risque d’être un choix risqué, parce que très clairement, il veut garder le soutien de l’extrême-droite suprémaciste. Il choisit la base la plus dure contre le parti républicain. Cela peut lui coûter cher dans les prochaines semaines car il va avoir besoin du parti pour faire voter ses réformes, notamment le budget fédéral, donc ça va être très intéressant de suivre ça. Déjà hier [mardi 15 août], certains grands leaders du parti républicain se sont exprimés et se sont désolidarisés de Donald Trump.

Est-ce finalement la ligne de Steeve Bannon, qui a gagné, ce conseiller de Donald Trump très proche des suprémacistes ?

Oui, c’est la ligne de Steve Bannon, de Steve Liner ou de Sebastian Gorka, qui sont les 3 grands conseillers affiliés aux suprémacistes blanches ou proches de leurs idées. On avait eu un doute lundi avec sa déclaration qui avait été probablement dictée par ses conseillers en communication pour apaiser un peu les tensions. Mais ce que Trump ne supporte pas, c’est d’avoir été critiqué par les médias pour ne pas avoir condamné les violences suffisamment tôt. Trump n’est pas enclin à l’autocritique. D’ailleurs il a dit qu’il ne regrettait pas ses propos du 12 août. Il a dit qu’il avait besoin de connaître les faits avant d’émettre un jugement. Or, les faits sont clairs : la mort d’une militante des droits civiques probablement tuée par un militant néonazi qui a été inculpé de meurtre.