"Ce qui s'est passé ne peut être détaché de sa présidence" : retour à Charlottesville un an après l'élection de Trump

À l'approche du premier anniversaire de Donald Trump à la Maison Blanche, le 8 novembre, franceinfo revient sur les lieux d'événements qui ont marqué ce début de présidence. Retour en Virginie, près de trois mois après les violences de Charlottesville.

Un mémorial rend hommage à Heather Heyer, une manifestante tuée lors d eviolnces entre pacifistes et suprémacistes blancs le 12 août 2017, à Charlottesville.
Un mémorial rend hommage à Heather Heyer, une manifestante tuée lors d eviolnces entre pacifistes et suprémacistes blancs le 12 août 2017, à Charlottesville. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)
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Benjamin IllyRadio France

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À l'approche du premier anniversaire de l’élection de Donald Trump à la tête des  Etats-Unis, le 8 novembre 2016, franceinfo revient sur des événements marquants de cette année présidentielle. Parmi eux, le drame de Charlottesville, en Virginie, en août dernier. Une militante antiraciste, Heather Heyer, a été tuée par un suprémaciste. Incapable de condamner fermement cet acte, Donald Trump avait renvoyé dos à dos extrême droite et extrême gauche.

Un an après l'élection de Trump, retour à Charlottesville. Un reportage de Benjamin Illy
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L’attaque s'est produite le 12 aout 2017, à l’angle de la 4e rue et de Water Street, dans le centre-ville de Charlottesville. Une voiture fonce dans la foule : c’est l’acte volontaire d’un suprémaciste. Une jeune femme, Heather Heyer, 32 ans, meurt, percutée de plein fouet par le véhicule. Elle venait s'opposer, pacifiquement, à une manifestation de l'extrême droite. Le mémorial, avec quelques fleurs séchées, est toujours présent. 

Le mémorial en mémoire d\'Heather Heyer, fauchée par la voiture d\'un suprémaciste le 12 août 2017.
Le mémorial en mémoire d'Heather Heyer, fauchée par la voiture d'un suprémaciste le 12 août 2017. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Le lieu est régulièrement rempli de fleurs, explique Victoria, une habitante de Charlottesville, toujours sous le coup de la violence du 12 août. Cette trentenaire travaille dans un restaurant, à proximité du lieu des violences. Elle se remémore ce jour : "Tout le monde était très tendu, effrayé et en colère. Il y avait beaucoup de cris, de confusion. Il est impossible pour nous de comprendre pourquoi quelqu’un voudrait faire quelque chose comme ça."

On est encore choqués, mais on se serre les coudes.

Victoria, une habitante de Charlottesville

à franceinfo

Le président des États-Unis, Donald Trump, avait provoqué une controverse en déclarant qu'il y avait "des torts des deux côtés". Aujourd'hui, Victoria qualifie cette déclaration de "stupidité". "Je ne comprends pas la plupart des choses que dit Trump. Je ne pense pas d’ailleurs que Trump comprenne lui-même ce qu’il dit." Victoria n'a pas voté en faveur du candidat républicain lors de la présidentielle de 2016. "La nuit de son élection, j’ai pleuré. J’ai fait une crise d’anxiété parce je savais très bien ce qui allait se passer. Ce qu'il est... c'est innommable", dit-elle.

Il sait très bien qui sont ces suprémacistes. Ils tuent des gens innocents. Il sait très bien ce que font ses partisans. Avec lui, ça ne va pas et ça n’ira jamais.

Victoria, à propos de Donald Trump

à franceinfo

À quelques centaines de mètres du mémorial, se situe Emancipation Park, où est érigée la statue du général Lee, que la mairie de Charlottesville souhaite retirer.  C’est dans ce parc que des militants de "l'alt-right", la droite alternative américaine, s'étaient rassemblés le 12 août dernier. Plusieurs dizaines de suprémacistes blancs s'y sont encore réunis à nouveau, début octobre, pour scander des messages de haine, comme : "Vous ne nous remplacerez pas". Aujourd’hui, la statue est dissimulée.

La statue du général Lee, ici en août 2017, a été bâchée dans l\'attente d\'une décision de justice autorisant la maire de Charlottesville à la déboulonner.
La statue du général Lee, ici en août 2017, a été bâchée dans l'attente d'une décision de justice autorisant la maire de Charlottesville à la déboulonner. (JUSTIN IDE / REUTERS)

"On dirait qu’ils ont mis dessus un énorme sac poubelle", décrit Joe, 40 ans, qui vit à Charlottesville. Il en veut beaucoup à Donald Trump, qui n'est vraiment pas son président, précise-t-il.     

On ne peut pas détacher ce qui s’est passé ici de la présidence Trump. Je pense qu’il a préparé le terrain pour ce genre de choses. Il a donné à ces gens le courage de se lever. C’est répugnant.

Joe, à Charlottesville

à franceinfo

Mark Heyer, le père d'Heather, habite à Cocoa, en Floride. Ce cuisinier de 61 ans, bientôt retraité, réside dans un quartier très modeste où l’on aperçoit des mobil homeq en mauvais état. Il est entouré des photos de sa fille. 

Mark Heyer, le père d\'Heather, tuée le 12 août 2017 à Charlottesville (Virginie).
Mark Heyer, le père d'Heather, tuée le 12 août 2017 à Charlottesville (Virginie). (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Mark Heyer évoque le souvenir de sa fille "qui avait du caractère, du courage, le  courage de parler haut et fort pour ce en quoi elle croyait". Heather voulait l’égalité pour tous. C’est pour ça qu’elle était Charlottesville ce jour-là, explique ce père de deux enfants.

Ils ont essayé de l’éteindre, de la faire taire, mais en faisant ce qu’ils ont fait, ils ont juste amplifié sa voix.

Mark, le père d'Heather Heyer

à franceinfo

Mark Heyer n'exprime pas de désir de vengeance, au contraire : "Je sais aussi que vous ne pouvez pas avoir de véritable guérison sans pardon. J’ai commencé à pardonner au gars qui a fait ça." 

Quand on lui demande s'il souhaite délivrer un message à Donald Trump, le père d'Heather répond qu'il a compris ce que le président des États-Unis a voulu dire dans cette affaire. "Il y a un cercle vicieux, un cercle de haine. La haine de chaque côté. Ils ont tort. Il faut arrêter ça." Mark Heather a choisi le camp républicain, il y a un an. "Oui, j’ai voté pour Donald Trump et je sais qu'il est en train d’apprendre le métier", dit-il.