Soupçons d'ingérence russe aux Etats-Unis : cinq questions sur la future audition de l'ancien patron du FBI

L'ancien directeur du FBI, limogé le 9 mai, doit être entendu par une commission sénatoriale jeudi. Son témoignage est très attendu aux Etats-Unis, alors que les soupçons s'accumulent sur des liens entre l'équipe de Trump et la Russie durant la campagne présidentielle.

L\'ancien directeur du FBI, James Comey, le 3 mai 2017 à Washington, alors qu\'il se trouvait encore en poste.
L'ancien directeur du FBI, James Comey, le 3 mai 2017 à Washington, alors qu'il se trouvait encore en poste. (JIM WATSON / AFP)
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Donald Trump a nommé son nouveau directeur du FBI, Christopher Wray, mais c'est bien l'ancien boss qui va faire parler de lui. Evincé le 9 mai, l'ancien patron James B. Comey est auditionné devant une commission du Sénat américain, jeudi 8 juin. Cet événement déchaîne les passions Outre-Atlantique, car avant d'être écarté, James Comey était chargé de l'enquête sur les liens éventuels entre l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Dans une déposition écrite mise en ligne (en anglais) sur le site de la commission, il accuse le président américain d'avoir tenté de créer "une sorte de relation clientéliste" entre eux. Franceinfo répond à cinq questions sur l'audition de James Comey par le Congrès.

Dans quel contexte est entendu James Comey ?

James Comey est silencieux depuis son éviction. Son audition parlementaire intervient en parallèle d'une enquête sur une éventuelle collusion entre l'entourage de Donald Trump et la Russie, qui atteint le premier cercle du président. L'ex-directeur du FBI témoignera en public dans la matinée, avant une session à huis clos pour évoquer les sujets classifiés.

Son grand oral fait figure d'événement. Il sera exceptionnellement retransmis sur les chaînes généralistes ABC, CBS et NBC, en plus des chaînes d'information. Des bars de la capitale fédérale ouvriront même le matin pour le diffuser. Les demandes pour obtenir un siège dans la salle d'audition atteignent même un niveau inédit depuis plusieurs décennies, relève NPR (en anglais). James Comey, il est vrai, est connu pour ses talents d'orateur et son sens de la formule.

Pourquoi Trump a-t-il évincé Comey ?

Pour justifier son choix, Donald Trump a d'abord évoqué les recommandations du procureur général Rod Rosenstein, puis une supposée perte de confiance des hommes du FBI envers leur patron. Le président américain l'a également accusé d'avoir rechigné à ouvrir une enquête contre Hillary Clinton, durant la campagne. "Quand j'ai décidé de [l'écarter], explique Donald Trump sur NBC (en anglais), le 11 mai, je me suis dit : 'Tu sais, cette chose russe avec Trump et la Russie est une histoire montée de toutes pièces".

James Comey a rencontré Donald Trump à plusieurs reprises. Ces conversations donnaient lieu à la rédaction de mémos – dont le contenu a parfois fuité dans la presse américaine. Quelques jours plus tard, le New York Times (en anglais) ajoute que Donald Trump aurait demandé à James Comey, au mois de février, d'abandonner l'enquête fédérale sur Michael T. Flynn, l'ex-conseiller à la sécurité intérieure, soupçonné d'avoir noué des relations avec Moscou durant la campagne présidentielle.

De quoi jeter de nouveaux soupçons sur la Maison Blanche. A plusieurs reprises, enfin, le locataire de la Maison Blanche aurait demandé à James Comey de lui prêter "allégeance"(en anglais), indique le quotidien américain. Ce dernier a toujours refusé.

Que veulent savoir les sénateurs ?

Le site du Los Angeles Times (en anglais) trace quelques pistes. Comment se sont déroulées les rencontres entre les deux hommes ? Donald Trump a-t-il réellement demandé à James Comey de lui prêter "allégeance" ? Ce dernier a-t-il des preuves que la campagne du candidat républicain a été coordonné par la Russie ?

L'ancien patron du FBI, par ailleurs, devrait être appelé à confirmer si, oui ou non, le président américain a fait pression sur lui pour orienter ou faire classer l'enquête sur Michael Flynn. Le cas échéant, cela ressemblerait à une tentative d'entrave de la justice, un délit qui, selon des élus, justifierait l'ouverture d'une procédure de destitution. "Il faut qu'il dise tout. Sur un sujet aussi grave, les Américains méritent d'entendre toute la vérité, rien que la vérité", a dit le chef des démocrates du Sénat, Chuck Schumer.

Que devrait évoquer James Comey ?

Dans une déposition écrite mise en ligne (en anglais) sur le site de la commission, mercredi 7 mai, James Comey accuse le président américain de lui avoir demandé de faire machine arrière, dans une enquête sur l'éphémère conseiller à la sécurité nationale de la Maison blanche, Michael Flynn. Il évoque également un dîner avec Donald Trump le 27 juin, durant laquelle le président nouvellement investi lui aurait demandé s'il souhait rester à la tête du FBI.

Deux autres coups de fil ont également eu lieu entre les deux hommes, le 30 mars et le 11 avril. Dans ces conversations, le locataire de la Maison Blanche a demandé au patron du FBI ce qui pouvait être fait pour "lever le nuage" de l'enquête russe, dont l'ombre l'empêcherait d'agir efficacement au nom du pays, selon ce récit. L'ex-policier a alors confirmé que le président lui-même n'était pas visé par l'enquête. "Il m'a dit à de nombreuses reprises : 'nous devons révéler ce fait'", écrit James Comey.

Dans sa déposition, James Comey confie ses craintes que le président ne tente de créer "une sorte de relation clientéliste" entre eux. Il y confirme également qu'il a consigné à l'époque dans des notes le contenu de ses conversations avec le président américain, comme l'avaient rapporté plusieurs médias. Face au Sénat, James Comey pourrait donner plus de détails sur ces révélations, qui confirment les informations données par la presse depuis son limogeage surprise. Ces articles avaient conduit certains élus du Congrès à soupçonner une tentative d'entrave à la justice.

La Maison Blanche peut-elle bloquer l'audition ?

Les commentateurs se sont récemment demandés si la Maison Blanche laisserait James Comey témoigner, en vertu d'un privilège qui permet au président d'interdire aux représentants du gouvernement de s'exprimer devant le Congrès. L'administration a finalement indiqué, lundi, qu'elle ne s'opposait pas à l'audition, précise le New York Times (en anglais). Mais comme le font remarquer plusieurs juristes, James Comey a été évincé, ce qui rendait caduc, de toutes manières, ce privilège présidentiel. Interrogé sur l'audition, Donald Trump s'est fendu d'un simple : "Je lui souhaite bonne chance".