Russie, Syrie, Otan : les trois revirements internationaux de Donald Trump

Ces derniers jours, les prises de position du nouveau président des Etats-Unis ont évolué sur plusieurs dossiers. Retour sur les petites phrases de la campagne présidentielle et la réalité de la politique étrangère américaine.

Le président américain, Donald Trump, lors d\'une conférence de presse à la Maison Blanche, mercredi 12 avril 2017, à Washington (Etats-Unis).
Le président américain, Donald Trump, lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, mercredi 12 avril 2017, à Washington (Etats-Unis). (NICHOLAS KAMM / AFP)
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Donald Trump surprend ses partenaires internationaux. Vu comme anti-atlantiste et pro-russe durant sa campagne présidentielle, voici que le président des Etats-Unis a donné son feu vert à une frappe américaine en Syrie et qu'il multiplie les signes de défiance envers Moscou. Après avoir reçu le président Xi Jinping, Donald Trump a également adouci le ton avec la Chine, qu'il n'avait guère épargnée jusque-là. Retour sur trois revirements spectaculaires du locataire de la Maison Blanche.

1Sur la Russie : coup de froid sur une bromance

Avant : Poutine, un "leader" et "un homme intelligent". "[Vladimir Poutine] a été un leader, bien davantage que notre président", déclare Donald Trump sur NBC (en anglais), en septembre. Durant la campagne, le candidat républicain multiplie les appels du pied à la Russie. Le CIA et le FBI nourrissent d'ailleurs des soupçons sur une possible interférence russe en faveur de sa candidature. Et quand Barack Obama expulse 35 diplomates russes, Donald Trump salue aussitôt Vladimir Poutine, sur Twitter : "Bien joué de ne pas avoir répliqué : j'ai toujours su qu'il était très intelligent !" Aussitôt après l'élection, le président russe se dit "prêt" à rencontrer le nouveau président américain.

Le secrétaire d\'Etat américain Rex Tillerson et le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, lors d\'une conférence de presse commune, le 12 avril 2017 à Moscou (Russie).
Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson et le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse commune, le 12 avril 2017 à Moscou (Russie). (SERGEI KARPUKHIN / REUTERS)

Après : "une relation au plus bas". "A l'heure actuelle, nous ne nous entendons pas du tout avec la Russie", constate aujourd'hui Donald Trump, parlant même d'une "relation peut-être au plus bas de tous les temps". Quelques divergences étaient apparues sur le dossier ukrainien, en février, mais le dossier syrien accélère la fin de la "bromance" tant raillée par les caricaturistes américains. A Moscou, le secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, se sont à peine regardés. "Les deux plus grandes puissances nucléaires ne peuvent pas avoir ce genre de relation", a regretté le premier, dans une ambiance glaciale.

Pourquoi ce revirement ? Cette nouvelle rhétorique est-elle destinée à rassurer les alliés des Etats-Unis, comme l'imagine CNN (en anglais) ? Est-elle la conséquence de l'éviction de l'influent conseiller Steve Bannon, supplanté par Jared Kushner ? Toujours est-il que "les anciens logiciels américains classiques reviennent", estime le directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface, sur franceinfo. Ces relations en berne doivent beaucoup au désaccord sur le régime syrien, dont Moscou est le plus fidèle allié.

2Sur la Syrie : Bachar Al-Assad est un "boucher"

Avant : d'abord les terroristes, gare au duel avec la Russie. Pendant la campagne présidentielle, Donald Trump multiplie les marques de clémence avec le dirigeant syrien. Le groupe "Etat islamique est une bien plus grande menace contre nous qu'Assad", indiquait-il dès juillet dans le New York Times. En voulant remplacer Bachar Al-Assad, "nous allons finir par combattre la Russie", ajoute-t-il encore en novembre, dans le Wall Street Journal (en anglais). Message reçu. Bachar Al-Assad envisage alors Donald Trump comme un possible "allié naturel", au même titre que la Russie et l'Iran, à condition qu'il lutte contre le terrorisme.

Donald Trump et ses conseillers en matière de sécurité, lors d\'une discussions sur la frappe de missiles en Syrie, le 6 avril 2017 en Floride.
Donald Trump et ses conseillers en matière de sécurité, lors d'une discussions sur la frappe de missiles en Syrie, le 6 avril 2017 en Floride. (- / THE WHITE HOUSE)

Après : une frappe aérienne sur une base militaire syrienne. Donald Trump ne mâche plus ses mots au sujet du dirigeant syrien. Mercredi 12 avril, lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le président américain a martelé de vives critiques : "C'est un boucher. C'est un boucher. C'est pourquoi nous devions faire quelque chose à cet égard". Quelques jours plus tôt, les Etats-Unis ont mené, seuls, une frappe aérienne contre une base militaire syrienne."Quand on balance du gaz, des bombes ou des barils d'explosifs (...) au milieu d'un groupe de gens (...), on est un animal", avait-il déjà formulé sur Fox Business.

Pourquoi ce revirement ?  Certains évoquent la peine ressentie par sa fille Ivanka, après l'attaque chimique sur des enfants et des civils. C'est du moins la thèse d'un des fils du président, Eric Trump, dans un entretien au Daily Telegraph (en anglais) – mais quel crédit accorder à ce récit ? Donald Trump utilise lui aussi ce registre. "Ça a été une chose horrible. Il est très, très possible (...) que mon attitude face à la Syrie et Assad ait beaucoup changé." Imprévisibilité, recherche d'un leadership international, volonté de se démarquer de la Russie... D'autres explications plus classiques entrent en jeu.

>> Frappe américaine en Syrie : pourquoi Donald Trump a décidé d'intervenir militairement

3Sur l'Otan : "elle n'est plus obsolète"

Avant : une organisation "obsolète". "J'ai dit il y a longtemps que l'Otan avait des problèmes", explique Donald Trump, mi-janvier, dans un entretien au Times (en anglais) et au quotidien Bild. Le candidat républicain juge l'organisation "obsolète parce qu'elle a été conçue il y a des années et des années". Les Etats membres doivent dépenser 2% de leur PIB en dépenses militaires, selon l'objectif fixé en 2014. Mais il "n'y a que cinq pays qui paient ce qu'ils doivent, déplore-t-il, et ceci est très injuste à l'égard des Etats-Unis". Et si "l'OTAN reste à [s]es yeux très importante", il lui reproche également de ne pas s'être occupée du terrorisme.

Le secrétaire général de l\'Otan, Jens Stoltenberg, et le président américain, Donald Trump, mercredi 12 avril 2017 à la Maison Blanche. 
Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, et le président américain, Donald Trump, mercredi 12 avril 2017 à la Maison Blanche.  (NICHOLAS KAMM / AFP)

Après : l'Otan n'est "plus obsolète". Donald Trump a maintenu ses critiques contre l'Otan au début de sa présidence. Mais après avoir décidé d'une frappe en Syrie, le voilà plus conciliant. L'Alliance atlantique est un "rempart pour la paix internationale", a-t-il indiqué à la Maison Blanche, en présence du secrétaire général de l'organisation, début avril. "Je me suis longtemps plaint à ce sujet et ils ont changé. Maintenant, ils luttent contre le terrorisme, a-t-il même ajouté, en référence directe à l'entretien de janvier. "J'avais dit qu'elle était obsolète. Elle ne l'est plus."

Pourquoi ce revirement ? "Ce serait merveilleux, comme on en discutait il y a un instant, si l'Otan et notre pays pouvaient s'entendre avec la Russie." Alors que les relations se détériorent avec Moscou, Donald Trump cherche du renfort avec l'Alliance atlantique. Certains, comme le New York Times (en anglais), y voient également la patte du secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, ainsi que du secrétaire à la Défense, Jim Mattis.