Remise en cause de l'accord sur le nucléaire iranien : si Donald Trump persiste, il faudra "une réaction forte des Européens"

Thierry Coville, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Iran, estime qu'un éventuel retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien serait un moment de vérité pour la politique étrangère européenne.

Le président français, Emmanuel Macron, la chancelière allemande, Angela Merkel et le président américain, Donald Trump, lors du sommet du G20 à Hambourg, le 7 juillet 2017.
Le président français, Emmanuel Macron, la chancelière allemande, Angela Merkel et le président américain, Donald Trump, lors du sommet du G20 à Hambourg, le 7 juillet 2017. (KAY NIETFELD / DPA)
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franceinfoRadio France

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Donald Trump a annoncé vendredi qu'il remettait en cause l'accord sur le nucléaire en Iran, qu'il n'allait pas "certifier" cet accord qui vise à empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique. Le président américain souhaite un traité beaucoup plus contraignant pour Téhéran. Thierry Coville, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Iris) et spécialiste de l’Iran, estime que si les États-Unis confirment leur position, il faudra une réaction forte de l'Europe.

franceinfo : La France, l’Allemagne, la Russie dénoncent l’attitude de Donald Trump parce qu’il fragilise l'accord et parce que cet accord est très important économiquement. Y a-t-il beaucoup à perdre sur ce terrain-là ?

Thierry Coville : L’inquiétude principale, c’est quand même l’accord en lui-même. C’est quand même un accord qui assure une lutte contre la prolifération nucléaire. Mais il est vrai qu’il y a des intérêts économiques importants. L’Iran est un marché de 80 millions d’habitants et on voit depuis 2016, l’Allemagne, l’Italie, la France ou la Russie réapparaître dans les premiers exportateurs sur ce marché. Disons qu’il y a eu un sous-investissement pendant longtemps en Iran, donc les entreprises ont besoin de nouveaux biens d’équipement. C'est un pays grand comme trois fois la France, urbain à 70%, donc il y a besoin de construire des autoroutes, des ports, des hôtels, des infrastructures en termes de télécommunication, d’électricité et de distribution d'eau. Ce sont des secteurs où les Européens, notamment les Français, sont très forts…

Il y a 300 entreprises françaises qui ont entamé des démarches pour aller s’installer en Iran…

Il faut modérer un peu certains propos qu’on entend notamment de la part des Américains. En termes d’investissement directs, cela reste limité. Peugeot, Renault et Total ont réinvesti en Iran. Mais si on regarde par rapport à la Turquie, à la taille de l’économie, l’Iran accueille très peu d’investissements étrangers parce qu'il y a la question des sanctions qui continue à freiner les entreprises européennes. Ce que les Américains ne disent pas (...), c’est que les grandes banques européennes sont toujours traumatisées par l’affaire BNP Paribas et refusent de revenir sur le marché iranien. Si on va vraiment dans le détail, ce sont les Américains qui bloquent. Les grandes banques pourraient revenir en Iran mais elles ont peur des réactions de Trump et elles n’ont pas tort. Il n’y a pas assez d’investissements étrangers. C’est un énorme enjeu pour le gouvernement iranien. Sans investissement étranger, Rohani n’arrivera pas à transformer l’économie iranienne et à créer les emplois dont il a vraiment besoin, car il y a un gros problème de chômage des jeunes en Iran.

Le congrès américain a 60 jours pour décider de rétablir ou non des sanctions vis-à-vis de l’Iran. Si jamais c’était le cas, que se passerait-il ?

C’est le scénario catastrophe. Cela veut dire que, de facto, les USA ne respectent pas leur part du contrat qui était la levée des sanctions si l’Iran respectait l’accord, ce qu'elle fait. Si les sanctions sont imposées, j’espère qu’il y aura une réaction forte des Européens pour maintenir l’accord, puis pour faire passer le message aux entreprises européennes et aux Américains. Si cela arrive, ce sera un moment de vérité pour la politique étrangère européenne. On ne devient pas ennemis des Américains, mais il faut défendre nos intérêts.