Pourquoi le livre "La Servante écarlate" est devenu un manifeste féministe anti-Trump

Le roman de Margaret Atwood, publié en 1985 et adapté à la télévision en juin, est particulièrement d'actualité depuis l'élection de Donald Trump. La série adaptée du livre a d'ailleurs raflé cinq Emmy lors de la cérémonie, dimanche. 

Une instalation réalisée par Paula Scher et Abbott Miller pour célébrer la sortie de la série \"The Handmaid\'s Tale\" à New-York (Etats-Unis), le 26 avril 2017.
Une instalation réalisée par Paula Scher et Abbott Miller pour célébrer la sortie de la série "The Handmaid's Tale" à New-York (Etats-Unis), le 26 avril 2017. (BRYAN BEDDER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)
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Licia MeysenqFrance Télévisions

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"Je dois vous avouer, j'ai manipulé l'élection" pour qu'on parle du roman, plaisante Margaret Atwood, l'auteure de La Servante écarlate (The Handmaid's tale, en version originale) à Entertainment Weekly (en anglais). Son ouvrage a été publié en 1985 et pourtant, il n'a jamais été autant d'actualité. Depuis que Donald Trump a pris ses quartiers à la Maison Blanche, l'ouvrage est devenu un symbole de résistance. Outre-Atlantique, lors de la marche des femmes en janvier dernier on pouvait même lire, écrit sur une pancarte "Rendez Margaret Atwood à la fiction". 

L'engouement s'est encore multiplié depuis que la série, adaptée du livre, a vu le jour en avril dernier. "La Servante écarlate" version petit écran a d'ailleurs remporté cinq prix, dont l'Emmy de la meilleure serie dramatique et de la meilleure actrice dreamatique, lors de la cérémonie des Emmy Awards, dimanche 17 septembre. Le roman, dans lequel des femmes privées de droits doivent porter les enfants des familles dirigeantes, est considéré par de nombreuses personnes comme un manifeste féministe. L'actrice Emma Watson, très engagée pour la défense des droits des femmes, en a même distribué des dizaines de copies à Paris, fin juin.

Franceinfo vous explique pourquoi La Servante écarlate est devenu une arme sous l'administration de Donald Trump.

Parce que les droits des femmes sont menacés

Dans l'univers dystopique de La Servante écarlate, les femmes n'ont plus de compte en banque, sont privées de prénom et portent un uniforme : une longue cape rouge et une cornette blanche. Et comme le taux de natalité est très bas – la pollution et les déchets toxiques ont fait des ravages –, une coalition religieuse contraint les rares femmes fertiles à porter des enfants. Une vision cauchemardesque qui trouve une nouvelle résonance avec l'arrivée de Donald Trump au pouvoir.

"Depuis la présidentielle américaine, les peurs et les angoisses prolifèrent. On a le sentiment que les libertés civiles fondamentales sont menacées, tout comme de nombreux droits acquis par les femmes depuis des décennies, et même des siècles", explique Margaret Atwood dans une interview donnée au New York Times (en anglais). L'auteure s'inquiète d'une montée de la haine et des extrémismes, décrite dans le livre qu'elle a écrit il y a une trentaine d'années.

Depuis l'élection de Donald Trump, les attaques contre les droits des femmes se sont multipliées, comme le souligne L'Obs. Dans une interview, un élu républicain de l'Oklahoma a par exemple expliqué que les femmes devenaient des "réceptacles" une fois enceinte. Betsy DeVos, secrétaire d'Etat à l'Education, a pour sa part estimé que sa mission était de "faire progresser le royaume de dieu". Le 22 juin, les Etats-Unis ont aussi refusé d'approuver une résolution de l'ONU qui demande l'accès à l'avortement dans des conditions sanitaires sûres.

Parce que les féministes s'inspirent de l'héroïne

Dans ce contexte, de nombreuses femmes ont repris les codes du livre ou fait allusion à celui-ci pour protester contre ces lois restrictives. C'est en "servantes écarlates" que se sont grimées des femmes pour protester contre deux lois anti-avortement votées par le Sénat du Texas en mars dernier.

La mobilisation n'a pas permis d'éviter la validation de ces lois, qui empêchent les médecins d'être poursuivis s'ils dissimulent la malformation des fœtus à leurs patientes et rendent illégal le protocole d'IGV réalisé au cours du deuxième trimestre, qui nécessite l'emploi d'instruments chirurgicaux, rapporte L'Express.

Hillary Clinton, l'ancienne candidate démocrate à la présidentielle, a elle-même fait référence au roman et à son adaptation télévisée pour les 100 ans du Planning familial en mai dernier, rapporte Entertainment Weekly (en anglais)"Demandez à ceux qui ont vu The Handmaid’s Tale, une adaptation d’un livre que j’ai lu il y a plusieurs années et qui m’avait captivée, lance-t-elle. Je ne suggère pas que ce futur dystopique va devenir réalité demain, mais cela a provoqué une discussion très importante à propos des droits et de l’autonomie des femmes." Reprenant le credo de l'héroïne, June, qui exhorte les femmes à ne pas se laisser broyer, elle ajoute : "Dans The Handmaid’s Tale, les femmes ont été lentement et progressivement dépossédées de leurs droits. Nous devons encourager les millions de femmes et d’hommes qui soutiennent le Planning familial à continuer le combat."

Parce qu'une adaptation télévisée tombe à pic

Le roman, qui avait fait l'objet d'un film en 1990, a connu un second souffle grâce a une adaptation en série par la plateforme de streaming Hulu diffusée, cet été, sur la chaîne OCS Max. Si le projet était en préparation avant la présidentielle, l'arrivée de Donald Trump au pouvoir a donné un nouvel écho à la série. "C'était horrible pour le monde entier mais super pour nous", a plaisanté le créateur Bruce Miller dans une interview donnée à The Hollywood Reporter (en anglais).

Yvonne Strahovski, l'une des actrices de la série, a confié au Huffpost (en anglais) avoir vu son rôle changer avec l'élection de Donald Trump. "Je commence à voir ces parallèles entre les actions [de mon personnage] et ce que Trump fait", explique celle qui joue le rôle d'un "méchante". "C'est d'une manière étrange une inspiration mais aussi un parallèle horrible."

Si la série à "provoqué un effet d'amplification" sur la vente du livre, comme l'explique l'éditrice Maggie Doyle, responsable de la littérature étrangère chez Robert Laffont, à Ouest-France, l'ouvrage est régulièrement réédité depuis sa sortie : "Depuis la fin de l’année 2016 et le début de l’année 2017, nous avons observé une nette augmentation des ventes." Soit un pic qui correspond au moment de l'élection de Donald Trump, le scrutin s'étant tenu en novembre, avant que la série ne sorte.