Non, Donald Trump n'est pas plus fou que les autres présidents américains

L'histoire des Etats-Unis s'avère très riche en anecdotes concernant les excentricités plus ou moins inquiétantes des divers locataires de la Maison Blanche.

Donald Trump, le 9 septembre 2015, à Washington (Etats-Unis).
Donald Trump, le 9 septembre 2015, à Washington (Etats-Unis). (JONATHAN ERNST / REUTERS)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Tous les matins, quand il prenait son petit-déjeuner dans son lit de la Maison Blanche, Calvin Coolidge, 30e président des Etats-Unis, aimait qu'on lui masse le cuir chevelu avec de la vaseline. Président de 1801 à 1809, Thomas Jefferson combattait le rhume en plongeant régulièrement les pieds dans un seau d'eau froide. Enfin, Jimmy Carter a publiquement déclaré qu'il avait aperçu un possible Ovni, avant d'accéder à la présidentielle, en 1969. Si la personnalité de Donald Trump inquiète ses détracteurs, convaincus que le milliardaire n'est pas de l'étoffe dont on fait les présidents, l'histoire des Etats-Unis prouve que la Maison Blanche a souvent été occupé par des présidents pour le moins originaux.

>> DIRECT. Donald Trump donne sa première conférence de presse depuis son élection

S'il est pertinent de s'interroger sur la présidence de Donald Trump, laquelle démarre avec des questionnements autour de possibles conflits d'intérêts et des soupçons d'ingérence de la Russie dans l'élection, attaquer l'individu pourrait se révéler contre-productif pour ses adversaires. Son comportement est "irréfléchi", ses objectifs "dingues" à en croire certains de ses détracteurs, mais les reproches formulés à l'égard du futur président s'appliquent parfaitement à certains de ces prédécesseurs. La preuve.

Il n'est pas moins "présidentiel" que les autres

Issu du monde des affaires via un crochet par la téléréalité, accro à Twitter, qu'il utilise pour insulter copieusement ses détracteurs, le président élu des Etats-Unis déroute. Le site Slate a même relevé 230 citations prouvant qu'il n'est pas "apte à présider". Mais avant Donald Trump, la Maison Blanche a accueilli d'autres présidents pas franchement "présidentiels". Du temps où il était acteur, Ronald Reagan (président de 1981 à 1989) s'est même vu refuser le rôle du président des Etats-Unis dans le film The Best Man, au motif qu'il n'était pas crédible en président (contrairement à Henry Fonda, qui décrocha le rôle), explique le site IMDB.

Une anecdote, rapportée dans le livre Real Life at the White House : 200 Years of Daily Life at America's Most Famous Residence, montre que Richard Nixon (président de 1969 à 1974) n'a pas non plus toujours respecté le protocole en matière de communication. En pleine guerre du Vietnam, un étudiant s'approche de sa voiture et fait un doigt d'honneur au président à travers la vitre. Amusé, ce dernier lui renvoie la politesse et lance : "Ce petit con va raconter toute sa vie que le président des Etats-Unis lui a fait un doigt d'honneur. Et personne ne va le croire !"

Richard Nixon fait ses adieux au staff de la Maison Blanche, le 9 août 1974.
Richard Nixon fait ses adieux au staff de la Maison Blanche, le 9 août 1974. (AFP)

En s'installant à la Maison Blanche, les présidents imposent leur style. Ancien tailleur, Andrew Johnson (président de 1865 à 1869) en a fait une démonstration très premier degré, en continuant à se confectionner des costumes, même une fois élu président des Etats-Unis.

Car, si nous avons tendance aujourd'hui à concevoir la politique comme une profession à part entière, nombreux sont ceux qui, comme Donald Trump, ont exercé d'autres fonctions : avant d'être chef de l'Etat, Abraham Lincoln (président de 1861 à 1865) a vendu de l'alcool dans l'Illinois, tandis que Grover Cleveland (1885 à 1889 et 1893 à 1897) a occupé le poste de bourreau, exécutant deux personnes par pendaison lors de son mandat de shérif, dans l'Etat de New York. Et si Donald Trump est logiquement le premier président à être passé par la case téléréalité, Gerald Ford (1974 à 1977) a connu son heure de gloire en tant que mannequin, posant pour une couverture du magazine Cosmopolitan, en 1942. 

Il se comporte tout aussi mal avec les femmes

Donald Trump s'est vanté de pouvoir "peloter" les femmes sans leur consentement et d'être entré dans les coulisses où se changent les participantes d'un concours de miss. ll a insulté des dizaines de femmes, surtout sur leur physique, et s'est indigné qu'un candidat rival puisse insinuer qu'il avait de "petites mains" (un sous-entendu sur la taille de son pénis, évidemment). Profondément sexiste, accusé d'attouchements par plusieurs femmes, Donald Trump s'inscrit en fait dans une triste tradition de présidents fanfarons (au mieux), voire à la frontière du harcèlement sexuel (au pire). 

Etre porté sur la chose, c'est plutôt la norme chez les occupants du bureau ovale. Si entre adultes consentants, cette particularité ne pose a priori pas vraiment de problèmes, elle a pu ternir la réputation de certains présidents. Avant Bill Clinton et John Fitzgerald Kennedy, Warren G. Harding (le "président le plus chaud", selon Politico, en poste de 1921 à 1923) n'hésitait pas à s'enfermer dans un placard à balais de la Maison Blanche en compagnie de sa maîtresse, racontent ses biographes. Dans une étonnante correspondance révélée en 2014, Harding s'entretient avec l'une de ses conquêtes en des termes à faire bouillir une lectrice de Cinquante nuances de Grey (moquée par l'humoriste John Oliver dans la vidéo ci-dessous) : il y raconte les aventures, les rêves et les humeurs de "Jerry", le petit nom qu'il a donné à son pénis. "Heureusement que je ne suis pas une femme, je serai enceinte en permanence. Je ne sais pas dire non", a-t-il reconnu, très classe, en conférence de presse.  

Dans un genre plus exhibitionniste, Lyndon Johnson (président de 1963 à 1969) ne manquait pas une occasion d'évoquer ses attributs, fièrement rebaptisés "Jumbo", un nom généralement utilisé pour désigner les choses très larges. Il aimait aussi s'exhiber dans les toilettes du Capitole et se glisser la main dans le pantalon de manière théâtrale en public, raconte The New Republic. L'un de ses biographes, Robert Dallek, ici cité par Politico, a rapporté une scène ahurissante : lors d'une conférence de presse dans son ranch, en 1965, un journaliste lui demande pourquoi les troupes américaines ont été envoyées au Vietnam. Le président ouvre alors sa braguette, dégaine "Jumbo" et répond "Voilà pourquoi !" devant une poignée de journalistes – hommes et femmes – médusés.

Les employés de la Maison Blanche se souviennent aussi de ses étranges caprices ; comme de faire construire une douche spécialement conçue pour envoyer un puissant jet d'eau droit dans les parties, détaille Vanity Fair, ou encore d'animer des discussions avec ses collaborateurs assis sur le trône, raconte une autre biographie citée par The New York Review of Books. Si cela vous amuse, imaginez simplement que votre patron vous donne des ordres en faisant caca, la porte ouverte.

Il est mégalo (et c'est presque normal)

La Trump Tower, le steak Trump, le parfum Trump, le jeu de société Trump, l'empire immobilier Trump, les casinos Trump... L'amour du président élu pour son nom et sa personne ne fait pas de doute. Mais là encore, c'est la routine pour les locataires du 1600 Pennsylvania Avenue. Le trait de personnalité y est si commun que des psychologues ont classé en 2013 les présidents en fonction de la gravité de leur trouble narcissique. "Le trouble narcissique est une forme de narcissisme qui se caractérise par l'exhibitionnisme, le besoin d'attirer l'attention, le besoin de reconnaissance et le déni de toute faiblesse", explique l'article, qui place Lyndon Johnson en haut du podium.

A défaut d'être considérés comme fous, de nombreux présidents peuvent au moins être qualifiés d'excentriques. A titre d'exemple, Herbert Hoover (président de 1929 à 1933) avait deux alligators en guise d'animaux de compagnie. Son prédécesseur, Calvin Coolidge (de 1923 à 1929), occupait la Maison Blanche avec deux lions, un raton laveur domestiqué et Billy, son hippopotame pygmée. Rien de très ordinaire. 

 Le président américain Calvin Coolidge dans son bureau provisoire au Capitole, à Washington, le 4 août 1923, alors que la Maison Blanche est en travaux.
Le président américain Calvin Coolidge dans son bureau provisoire au Capitole, à Washington, le 4 août 1923, alors que la Maison Blanche est en travaux. (BOUTHORS)

Il incite à la violence comme ses prédécesseurs 

Régulièrement interrompu par des manifestants durant sa campagne, Donald Trump a parfois eu bien du mal à garder son sang-froid. "Vous savez ce qu'on leur faisait avant à ces types-là ?" a-t-il demandé à la foule lors d'un meeting perturbé dans le Nevada. "Ils seraient sortis sur des civières, les amis. C'est vrai... Je lui mettrais bien mon poing dans la figure." Accusé d'attiser la violence dans ses réunions publiques ainsi que dans ses déclarations particulièrement clivantes, le président élu n'est toujours pas un cas isolé.

Sauf que ses prédécesseurs, eux, ne se contentaient pas de proférer des menaces. Abraham Lincoln était ainsi une terreur sur le ring. Le site History.com raconte que le futur président, jeune catcheur plutôt doué, ne s'est incliné qu'une fois en quelque 300 combats. Andrew Jackson (de 1829 à 1837) ne se battait pas pour la beauté du sport, mais pour l'honneur de son épouse. Il aurait ainsi survécu à une centaine de duels, selon ses biographes les plus enthousiastes. En 1813, il a même été blessé par balle dans une bagarre dans un bar, visé par un sénateur du Missouri. L'année précédente, il s'était contenté de mener les soldats américains à la victoire dans la bataille de La Nouvelle-Orléans, face à l'armée britannique.

Avant d\'être président des Etats-Unis, le général Andrew Jackson a combattu face à l\'armée britannique lors de la bataille de La Nouvelle-Orléans, en 1812.
Avant d'être président des Etats-Unis, le général Andrew Jackson a combattu face à l'armée britannique lors de la bataille de La Nouvelle-Orléans, en 1812. (BIANCHETTI STEFANO / AFP)

Sans compter les chefs d'Etat américains qui ont été soldats, certains ont aussi su faire preuve d'une attitude plus proche d'un Rambo que d'un Dalaï Lama. La palme revient à Theodore Roosevelt, entraîné à la boxe et au jiu-jitsu, notamment avec l'aide d'un maître japonais. Champion des "durs à cuire", selon le podcast Cracked, qui évoque un homme "passionné par la violence", Theodore Roosevelt est blessé par balle à la poitrine lors d'un déplacement à Milwaukee. Le président prend tout de même le temps de s'adresser à la foule : "Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçu, mais je viens de recevoir une balle. Je vous donne ma parole, cela ne m'atteint pas le moins du monde". Le tout avant de poursuivre son discours, long de 90 minutes (ici résumé en cinq secondes).