Michael Moore, des universitaires, un indice boursier : ils avaient prédit la victoire de Trump

Contre les sondages et les grands médias qui n'ont jamais cru à une victoire de Donald Trump, quelques-uns avaient prophétisé le contraire. 

Le réalisateur Michael Moore aux 20e Webby Awards à Manhattan (New York, Etats-Unis), en mai 2016.
Le réalisateur Michael Moore aux 20e Webby Awards à Manhattan (New York, Etats-Unis), en mai 2016. (MIKE SEGAR / REUTERS)
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Alice MaruanifranceinfoFrance Télévisions

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Surprise. Stupéfaction. Etonnement. Responsables politiques, sondeurs et médias ont majoritairement fait part de leur incrédulité après la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine, mercredi 9 novembre. Pourtant, quelques-uns avaient prédit de longue date ce succès du candidat républicain. 

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Parmi eux, le plus improbable est sans doute ce pasteur chrétien, qui affirme avoir rêvé il y a quatre ans de la victoire d'un "blond aux yeux bleus" alors qu'il était en prison en Iran, rapporte un site américain religieux et pro-Trump. D'autres, tout aussi loufoques, avaient eu des prémonitions sur le nom du 45e président des Etats-Unis : un singe chinois, un poisson indien (en anglais) et ... Trump lui-même !

Mais d'autres, autrement plus sérieux, avaient de bonnes raisons de croire à l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Franceinfo revient sur ce que disaient ces quatres prophètes. 

Le réalisateur Michael Moore

Ce qu'il disait. Dans une note de blog, publiée en juillet et traduite en français par le Huffington Post, le réalisateur de documentaires engagés invitait ses amis à "sort(ir) de leur bulle". Et affirmait, sans hésiter : "Donald J. Trump va remporter l'élection du mois de novembre. Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. Le président Trump. Allez, dites-le tous en chœur, car il faudra bien vous y habituer au cours des quatre prochaines années: "PRÉSIDENT TRUMP!" Jamais de toute ma vie n'ai-je autant voulu me tromper." Quelques mois plus tôt, il avait déjà prédit la victoire de Trump à la primaire républicaine.

Sur quoi il s'appuyait. Michael Moore déroulait différents arguments. Il insistait sur le fait qu'il manquait à Trump peu de voix car Mitt Romney avait perdu en 2012 à 64 grands électeurs près. Il prévoyait que les régions ouvrières lésées par le libéralisme mondialisé et exaspérées par la classe politique voteraient Trump. Il rappelait qu'Hillary était impopulaire, notamment auprès des jeunes, et prédisait qu'ils ne se déplaceraient pas, même pour contrer Trump. Il estimait que les supporters de Bernie Sanders ne feraient pas campagne pour Clinton. Enfin, il écrivait que les gens "peuvent se conduire comme des anarchistes malicieux, une fois dans l'isoloir".

Le professeur qui a vu juste sur trente ans de présidentielles américaines

Ce qu'il disait. Allan Litchman, professeur d'histoire à l'Université de Washington, a développé sa méthode des "13 clés" en 1981 et s'en est servi pour prédire les résultats de la course à la Maison Blanche sans jamais se tromper depuis cette date. Début octobre, contre les rebondissements de la campagne et les sondages qui donnaient Clinton en tête, il avait annoncé la victoire de Trump (en anglais) : "Même avec les marges les plus étroites, les clés pointent toujours vers une victoire de Trump". Il ajoutait aussi, prudent mais d'une certaine façon prophétique : "Les clés sont basées sur l'Histoire. Elles sont très robustes. Mais on pourrait entrer dans une ère nouvelle où les changements sont si cataclismiques qu'ils modifient les fondements de la manière dont on fait de la politique, et cette élection en a le potentiel - on ne le sait pas encore, mais elle en a le potentiel."

Sur quoi il se basait. La méthode de Litchman sert à évaluer la force du parti au pouvoir. Il y a 13 affirmations, auxquelles il faut répondre par "vrai" ou "faux". Par exemple : "Le candidat est le président", "L'économie n'est pas en récession pendant cette campagne" ou "Il n'y a pas de troisième parti conséquent".  Selon ses observations, basées sur les élections présidentielles de 1960 à 1980, il tire des enseignements. Après au moins six "faux" aux affirmations, le parti qui tient la Maison Blanche est censé perdre. Pour appuyer sa démonstration, il expliquait "Les accusations d'agressions sexuelles contre Donald Trump sont sans précédent. Mais elles ne changent pas une clé"

L'institut de sondage "le plus fiable"

Ce qu'il disait. Le jour du vote, l'institut de sondage américain IBD/TIPP prédisait la victoire de Trump avec environ 2 points d'avance sur Clinton. Il était déjà l'institut "le plus fiable" en 2004, 2008 et 2012 selon le magazine Investors (en anglais). 


Sur quoi il se basait. Raghavan Mayur, président de TechnoMetrica Market Intelligence, qui a conduit le sondage, l'expliquait ainsi : "Pendant ces derniers jours, on a vu que l'enthousiasme parmi les républicains et les indépendants était plus important que chez les démocrates. L'avantage sur le nombre d'inscrits qu'ont les démocrates sera probablement neutralisé par un enthousiasme supérieur des républicains (...) On attend aussi que le taux de participation des indépendants soit plus important que dans les élections précédentes, et parmi eux, Trump a un avantage de huit points sur Clinton."  

Un indice boursier prophétique

Ce qu'il disait. Le comportement de l'indice S&P500 faisait dire que Trump avait 86% de chances de l'emporter le 31 octobre, alors que Hillary Clinton menait encore de six points dans les sondages.

Sur quoi il se basait. Sur l'Histoire, tout simplement. A chaque fois que le marché a décliné en automne, c'était un mauvais présage pour le parti au pouvoir et donc pour les démocrates et leur représentante Hillary Clinton. Or le S&P 500 avait baissé de 2,2% depuis fin juillet. "Depuis la seconde guerre mondiale, la performance S&P 500 entre le 31 juillet et le 31 octobre a correctement prédit la victoire du challenger dans 86% des cas quand la performance de l'indice était négative. La seule fois sur huit où le parti au pouvoir avait gagné avec un indice négatif était 1956, quand Stevenson était candidat contre Eisenhower", explique un spécialiste de l'investissement, à CNBC (en anglais). 

Ces quelques voix, aussi fiables qu'elles soient, n'ont pas été entendues au milieu des nombreux sondeurs et médias qui donnaient Hillary Clinton en tête. A 22 heures le 8 novembre, les prévisions du New York Times donnaient encore les démocrates gagnants à 85%.