Méga-contrats entre États-Unis et Arabie Saoudite : "Il y a une volonté de détourner l'attention"

Sébastien Jean, directeur du centre d'études prospectives et d'informations internationales a analysé pour franceinfo les enjeux des "méga-contrats" signés par Donald Trump en Arabie Saoudite. 

(JONATHAN ERNST / X90178)
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Donald Trump, le président des États-Unis, poursuit sa visite en Arabie Saoudite. Il a annoncé samedi 21 mai des méga-contrats dépassant les 380 milliards de dollars (340 milliards d'euros environ), dont 110 pour des ventes d'armements. Pour le directeur du CEPII, le centre d'études prospectives et d'informations internationales, Sébastien Jean, invité de franceinfo, il faut rester prudent sur la réalité de ces contrats. Le chercheur a également erxpliqué qu'il y a une volonté d'affichage de la part de Donald Trump.

À quelle réalité économique correspond ces chiffres exorbitants ?

Sébastien JeanLe chiffre est proprement mirobolant, c'est d'ailleurs plus de la moitié du PIB saoudien. À ma connaissance, il n'y a pas d'équivalent. Je crois qu'il va falloir attendre d'avoir plus de détails, parce qu'on connaît la capacité de communiquer en prenant parfois des libertés avec la réalité de Donald Trump. Quelles parts de ces contrats sont fermes ? Combien de contrats sont des déclarations d'intentions ? De quels termes s'agit-il ? Ça reste à voir, parce qu'apparemment ils s'étalent sur les dix prochaines années. Mais il est certain que ce montant affiché est vraiment impressionnant, et je crois d'ailleurs qu'il y a une volonté d'afficher quelque chose d'énorme.

Il y a une volonté de la part de Donald Trump, de donner l'impression qu'il mène des politiques qui sont à la hauteur des attentes qu'il a créées dans sa campagne autour des questions liées au commerce international.

Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales

à franceinfo

Il avait vraiment développé un discours mettant au centre du jeu politique la question de la protection et de la place des États-Unis dans le commerce international, et on s'aperçoit que dans la période récente, il est arrivé avec des accords, comme celui avec la Chine récemment, qui sont très petits à l'échelle des enjeux américains. Donc là il y a une volonté de montrer qu'avec cette façon de faire des contrats, des "deals", il peut arriver à des montants suffisamment importants.

Sur le secteur de l'armement, que peuvent représenter les 110 milliards de dollars annoncés ?

Si on les prend pour argent comptant, c'est une somme énorme, qui peut créer beaucoup d'emplois. Le problème, c'est de savoir ce qui là-dedans correspond à des contrats déjà prévus, qui auraient été faits de toute façon, et ce qui correspond à des choses qui sont hypothétiques ou éloignées. Ce sont des armes, des tanks, des navires, donc ça peut créer des emplois.

Mais soyons sérieux, ce n'est pas avec l'accélération des exportations d'armements américaines vers l'Arabie Saoudite qu'on va résoudre le problème de la désindustrialisation aux États-Unis.

Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales

à franceinfo

Les États-Unis sont déjà leaders du marché mondial de l'armement, l'Arabie Saoudite est déjà un pays qui a un budget militaire énorme par rapport à sa population et à sa richesse, et les États-Unis sont leur premier fournisseur. Ce n'est donc pas à partir de l'intensification de cette relation qu'on va trouver des solutions utiles à long terme pour l'industrie américaine, même si ça peut aider. Mais on parle aussi d'autres secteurs : la santé, les infrastructures, la sécurité.

Avec de telles annonces, Donald Trump ne parle-t-il pas surtout à son électorat en Amérique ?

Oui, d'autant qu'il est en ce moment au centre de controverses qui sont potentiellement très graves politiquement, donc il y a manifestement aussi une volonté de détourner l'attention. Il y a aussi une insistance à dire "voyez, je fais payer à mes alliés la protection diplomatique et militaire" que les États-Unis leur octroient. On a vu ce même genre de vocabulaire avec l'Europe, autour du financement de l'OTAN. Il essaie de laisser penser qu'il trouve des solutions de ce côté-là, mais si l'on résonne en termes d'échelles économiques, l'Arabie Saoudite est le 25e ou le 30e du PIB américain donc c'est relativement petit, on n'y est pas.