Israël : Benyamin Nétanyahou peut-il se réjouir de l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ?

Le Premier ministre israélien doit rencontrer, mercredi, le nouveau président américain, qui semble avoir une vision plus conciliante face aux revendications d'Israël. Problème : les prises de position du milliardaire restent imprévisibles.

Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à Jérusalem, le 12 février 2017.
Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à Jérusalem, le 12 février 2017. (REUTERS)
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Louis BoyFrance Télévisions

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Depuis son investiture, Donald Trump ne change pas la donne qu'aux Etats-Unis. L'arrivée du milliardaire à la Maison Blanche bouleverse aussi la diplomatie américaine, à commencer par la politique au Proche-Orient. Notamment sur la question très sensible du conflit israélo-palestinien. Durant sa campagne, le candidat républicain s'est, en effet, montré beaucoup plus conciliant envers les revendications de l'Etat hébreu que l'administration Obama ou la communauté internationale.

Benyamin Nétanyahou doit rencontrer Donald Trump, mercredi 15 février, à l'occasion de sa première visite outre-Atlantique depuis l'élection américaine de novembre. Pour le Premier ministre israélien, ce changement à la Maison Blanche tout l'air d'une aubaine. Vraiment ? Franceinfo vous explique pourquoi c'est plus compliqué.

Oui, Trump a envoyé des messages très positifs à la droite israélienne

Au cours de sa campagne, Donald Trump a régulièrement adopté des positions que ne renieraient pas les conservateurs israéliens. A commencer par sa volonté affichée de transférer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. L'Etat israélien présente la ville sainte comme sa capitale "éternelle et indivisible". Mais la communauté internationale considère que Jérusalem-Est est qu'occupée, de façon illégitime, par les Israéliens. Et toutes les ambassades en Israël sont situées à Tel Aviv. 

Un tel déménagement, et une reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme la capitale d'Israël, seraient interprétés comme un abandon par les Américains de la solution des deux Etats, dans laquelle un état palestinien coexiste avec Israël. Une option rejetée par David Friedman, désigné comme le futur ambassadeur américain en Israël par Donald Trump. Ce dernier a exprimé son enthousiasme à travailler dans "la capitale éternelle d'Israël, Jerusalem", et se réfère à la Cisjordanie palestinienne par son nom biblique de "Judée et Samarie". Il soutient financièrement une colonie, rapporte le New York Times (en anglais), de même que la famille du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, très influent sur la politique du nouveau président. Une position opposée à celle de Barack Obama, qui a systématiquement condamné les colonies.

Enfin, Donald Trump et Benyamin Nétanyahou semblent faits pour s'entendre sur une question géopolitique majeure : ils s'opposent tous deux à l'accord conclu en 2015 entre plusieurs grandes puissances mondiales et l'Iran sur la question du nucléaire. Le "pire accord jamais négocié" par son prédécesseur, selon le milliardaire américain. Benyamin Nétanyahou expliquait, de son côté, en décembre, que cet accord "ouvrait la voie à ce que l'Iran obtienne l'arme nucléaire", et se disait impatient d'en discuter avec le nouveau président américain.

Non, le président américain reste trop imprévisible

Comme sur beaucoup d'autres sujets, Donald Trump semble avoir mis de l'eau dans son vin après avoir évalué les conséquences de certaines de ses prises de position. Ainsi, interrogé par un quotidien israélien, vendredi, sur le possible transfert de l'ambassade américaine, le président des Etats-Unis a estimé que la décision n'était "pas facile", et qu'il n'avait pas encore tranché, même s'il y réfléchissait "très sérieusement". Ouvrant la porte à un renoncement, qui ne déplairait sans doute pas à certain de ses soutiens. Le général James Mattis, nommé par Donald Trump à la Défense, déclarait en janvier que "la capitale d'Israël où je vais est Tel Aviv".

Sur les colonies aussi, le message envoyé par Donald Trump est plutôt flou. Du temps de Barack Obama, elles étaient qualifiées "d'obstacle" à la paix. L'évolution est finalement moins claire qu'attendue sous la nouvelle administration. "Nous ne pensons pas que l'existence de colonies soit un obstacle à la paix", a indiqué la Maison Blanche, le 2 février, mais "la construction de nouvelles colonies ou l'expansion de celles existantes (...) pourrait ne pas aider à atteindre cet objectif". Les autorités israéliennes se demandent, du coup, s'il s'agit d'un "feu vert" ou d'un "feu orange" à plus de colonisations, raconte le Washington Post (en anglais). Le quotidien américain a, d'ailleurs, noté le silence inhabituel de Benyamin Nétanyahou, habituellement prompt à réagir à la moindre critique.

Oui, Israël a déjà pu infléchir sa politique

Depuis l'investiture de Donald Trump, les autorités israéliennes ont clairement accéléré la colonisation. Le 22 janvier, deux jours après l'entrée en fonction du milliardaire et alors qu'il venait d'avoir sa première conversation téléphonique avec Benyamin Nétanyahou, la mairie de Jérusalem donne le feu vert à la construction de 566 logements à Jérusalem-Est, et en promet 11 000 autres. Dans son communiqué, le maire se félicite de la fin de "huit années difficiles avec Obama".

Deux jours plus tard, le Premier ministre israélien annonce la construction de 2 500 logements en Cisjordanie occupée, le plan le plus important annoncé depuis 2013 selon une organisation anti-colonisation. "Nous construisons et nous continuerons à construire", tweete-t-il, alors que l'ONU et l'Union européenne condamnent l'initiative.

Et depuis, malgré les déclarations plus timorées de la Maison Blanche, le Parlement israélien a voté une loi, le 6 février, autorisant l'Etat à s'approprier des terres située en Cisjordanie occupée, légalisant, a posteriori, des colonies considérées jusque-là comme illégales par le droit israélien. Selon le journal israélien Haaretz, la loi a toutes les chances d'être annulée par la justice, mais elle représente une victoire politique pour les partisans de la colonisation. Et sans Donald Trump, "la loi ne serait probablement pas passée", s'est félicité un membre du parti nationaliste Foyer juif. Benyamin Nétanyahou, lui, a assuré avoir prévenu le président américain de l'imminence de ce vote : "On ne prend pas ses amis par surprise, on les informe."

Non, Nétanyahou risque d'être débordé sur sa droite

Mais cette plus grande liberté est-elle une bonne nouvelle pour Benyamin Nétanyahou ? Pas si sûr. Le climat qui a régné avant son voyage aux Etats-Unis en témoigne. Dimanche, le Premier ministre israélien a martelé face aux membres de son parti, le Likoud, que "penser qu'il n'y a plus de restrictions serait une erreur". Une prudence qui n'est pas partagée au sein de la coalition au pouvoir.

Souhaitant "bonne chance à notre Premier ministre", lundi, un élu du Likoud, cité par Libération, a rappelé au leader de son parti "qu’il faut profiter de la fenêtre d’opportunité extraordinaire qui s’offre à nous pour enraciner la présence juive en Judée-Samarie". Autrement dit en Cisjdornanie. "Il faut coincer Nétanyahou pour qu’il comprenne. On l’a élu, il doit prendre ses responsabilités", avertissait un leader des colons, début février dans Le Monde. A la droite de Benyamin Nétanyahou, le ministre et leader du Foyer juif, Naftali Bennett, a posé ses exigences dans un message sur Facebook : l'abandon des accords d'Oslo et du processus de paix.

Si après leur rencontre, ils mentionnent, pour la première fois du mandat de Trump, l'obligation de former deux Etats, nous le ressentirons tous dans notre chair pour les années à venir. La terre tremblera.

Naftali Bennett, ministre de Benyamin Nétanyahou

L'élection de Donald Trump, en libérant la droite israélienne, a donc mis Benyamin Nétanyahou dos au mur. Un Premier ministre déjà affaibli par une enquête judiciaire qui le vise dans une affaire de corruption. Partisan de la prudence, il est menacé électoralement par des partis comme le Foyer juif, qui défendent une approche plus radicale de la colonisation, estime Ofer Zalzberg dans une analyse (en anglais) pour l'ONG International Crisis Group.

La preuve, selon l'analyste, Benyamin Nétanyahou a accepté de la loi, votée le 6 janvier, qui permet à Israël de s'approprier des terres palestiniennes, et légalise des colonies jusque-là illégales en droit israélien. Un texte sur lequel il s'était montré prudent jusqu'à maintenant, craignant une condamnation de la Cour pénale internationale, raconte le Guardian (en anglais). "Nétanyahou a besoin d'un bouc émissaire pour justifier les limites à la colonisation et l'annexion. Le président Obama remplissait bien ce rôle, estime Ofer Zalzberg. Il n'est pas sûr que Trump soit prêt à lui donner une telle couverture." Finalement, l'élection de l'imprévisible milliardaire à la tête des Etats-Unis a tout du cadeau empoisonné pour Benyamin Nétanyahou.