Etats-Unis : un scandale écarte le candidat soutenu par Donald Trump pour diriger la lutte antidrogue

Selon une enquête publiée dimanche, Tom Marino, député de Pennsylvanie, a contribué à faire passer une loi défendant les intérêts de cette puissante industrie au détriment des agences de lutte contre les stupéfiants. 

Des sachets d\'héroïne, parfois coupée au fentanyl, un analgésique opioïde prescrit contre les douleurs chroniques, photographiés lors d\'une saisie de drogue, à New York (Etats-Unis), le 23 septembre 2016.
Des sachets d'héroïne, parfois coupée au fentanyl, un analgésique opioïde prescrit contre les douleurs chroniques, photographiés lors d'une saisie de drogue, à New York (Etats-Unis), le 23 septembre 2016. (DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Après avoir nommé un climatosceptique à la tête de l'agence de l'environnement, Donald Trump a bien failli installer à la tête du Bureau chargé de la politique nationale de lutte contre la drogue, l'ONDCP, un député soupçonné d'avoir œuvré en coulisses pour mettre des bâtons dans les roues de l'agence de lutte contre les trafics de stupéfiants. A la lueur d'un nouveau scandale, le député républicain Tom Marino, jadis soutenu par le président américain pour briguer le poste de "tsar de la lutte antidrogue de la Maison Blanche”, a renoncé à postuler à la tête de l'ONDCP, mardi 17 octobre. 

Cette annonce survient deux jours après la publication d'une enquête conjointement menée par le Washington Post (article en anglais) et l'émission d'investigation "60 minutes" (article en anglais), sur CBS, révélant d'embarrassants liens entre certains élus, dont Tom Marino, et l'industrie phamaceutique. Une situation particulièrement génante dans une Amérique où la surconsommation d'opioïdes à fait environ 200 000 morts par overdose depuis l'an 2000. 

Des députés à la solde de l'industrie pharmaceutique

En cause, une loi votée par le Congrès américain en avril 2016. Défendu ardemment par un certain Tom Marino, député de Pennsylvanie, ce texte prive l'agence fédérale de lutte contre le trafic de drogue, la DEA, de "sa plus puissante arme contre les entreprises pharmaceutiques soupçonnées d’inonder le marché avec leurs opioïdes sur ordonnance", résume le Washington Post. En effet, il limite les prérogatives de l'agence antidrogue, désormais dans l'impossibilité de saisir des cargaisons suspectes. 

Votée par le Congrès et signée par le président d'alors, Barack Obama, la loi a été taillée sur mesure pour protéger les intérêts de l'industrie pharmaceutique, fabricante de ces antidouleurs qui inondent le marché noir, via pharmaciens et cliniques véreux.

Selon le Washington Post, cette dernière a dépensé "plus de 1 million de dollars" pour pratiquer un lobbying intensif sur quelques élus, tels que Tom Marino. Objectif : leur faire porter une loi capable d'entraver les efforts constants de la DEA qui, à l'époque, surveille et bloque certaines livraisons suspectes, explique Courrier international. 

La loi polémique révisée ? 

Après la publication de ces révélations et l'annonce du retrait de la candidature de Tom Marino, Donald Trump a réagi en lui apportant son soutien : "Tom est un homme bien et un formidable député”, a-t-il tweeté. 

Les opposants au président américain, comme le député démocrate Chuck Schumer, ont salué la décision de Tom Marino, s'inquiétant toutefois de la décision initiale de Donald Trump de soutenir une telle candidature. Pour l'élu, "c'est une preuve supplémentaire que cette administration parle beaucoup, mais refuse d'agir pour enrayer la crise des opioïdes". 

Dès lundi, le numéro 2 du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, a précisé que cette fameuse loi d'avril 2016 serait étudiée à nouveau, sans toutefois promettre son retrait. "Nous allons nous pencher sur ces questions... sur les outils dont dispose la DEA. Si l'on déduit qu'elle n'en a pas assez, nous en trouverons d'autres", a-t-il ajouté. 

Donald Trump est en tout cas déterminé à décréter, comme il l'a promis au lendemain de la publication de cette enquête, "l’état d’urgence national" concernant cette grave crise sanitaire, responsable de la mort de 33 000 personnes sur la seule année 2015, selon les données du Center for disease control and prevention, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies. Une promesse qu'il avait déjà faite au mois d'août. Sans la tenir.