Etats-Unis : trois questions sur les "Dreamers", ces jeunes sans-papiers que Donald Trump pourrait expulser

Selon la presse américaine, Donald Trump aurait décidé de revenir sur une décision de Barack Obama qui permet à des jeunes arrivés illégalement aux Etats-Unis avant leurs de 16 ans de rester sur le territoire américain.

Des \"Dreamers\" manifestent dans la rue pour défendre l\'existence du programme Daca, le 1er septembre 2017, à Los Angeles en Californie.
Des "Dreamers" manifestent dans la rue pour défendre l'existence du programme Daca, le 1er septembre 2017, à Los Angeles en Californie. (FREDERIC J. BROWN / AFP)
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Ils rêvent de rester aux Etats-Unis. Les "Dreamers"ces jeunes sans-papiers arrivés illégalement sur le territoire américain avant l'âge de 16 ans sont pour l'instant protégés d'une éventuelle expulsion par un décret pris par Barack Obama. Mais selon les informations du site Politico, Donald Trump devrait annoncer mardi 5 septembre qu'il met fin dans un délai de six mois à ce programme. Qui sont ces "rêveurs" ? Franceinfo se penche sur leur cas.

Qui sont les "Dreamers" ?

Ils sont 800 000 et sont arrivés illégalement aux Etats-Unis avant l'âge de 16 ans. Ils n'ont donc généralement pas choisi d'y vivre illégalement, mais se sentent souvent plus Américain qu'autre chose. Ils bénéficient depuis juin 2012 du programme Daca ("Deferred Action for Childhood Arrivals"), décidé par l'administration Obama, qui a permis de régulariser temporairement des enfants et jeunes adultes en situation irrégulière, sous certaines conditions.

Pour en bénéficier, les demandeurs devaient être âgés de moins de 31 ans au 15 juin 2012 et présents continuellement depuis 2007 sur le territoire américain, et ne pas avoir été condamné pour une infraction grave. Ils devaient également être scolarisés, posséder un diplôme équivalent au bac ou avoir été engagés dans l'armée, comme le détaille cette page des services américains de l'immigration (en anglais).

Les bénéficiaires recevaient un permis de séjour d'une validité de deux ans, renouvelable, qui leur permettait de travailler légalement. Les autorités fédérales déclaraient également explicitement que ces bénéficiaires n'étaient pas expulsables pendant cette durée. Mais ce statut ne donnait droit à aucune régularisation future ni à aucune naturalisation.

Pourquoi Donald Trump pourrait revenir sur cette décision de Barack Obama ?

Pour Donald Trump, il s'agit de réaliser un engagement de sa campagne. En tant que candidat, il avait promis de "résilier immédiatement" le programme Daca, comme le rappelle Politifact. L'homme d'affaires estimait à l'époque qu'il s'agissait de "l'une des actions les plus inconstitutionnelles jamais entreprises par un président", se souvient Politico.

Mais une fois élu, le président américain a semblé prendre ses distances avec cette promesse de campagne. Il a peut-être été sensible aux arguments de certains parlementaires qui, y compris dans son camp, ont émis des réserves sur une inititiative unilatérale de la Maison Blanche. "Je ne pense pas qu'il devrait faire cela. Je pense qu'il appartient au Congrès de régler ce problème", a encore déclaré récemment Paul Ryan, le président républicain de la Chambre des représentants.

Dans une lettre ouverte, plusieurs dizaines de dirigeants d'entreprise (Amazon, Apple, Facebook, Cisco, eBay, General Motors ou encore Microsoft et Marriott) ont également mis en garde Donald Trump contre l'impact économique d'une remise en cause du programme Daca, évaluant à 460,3 milliards de dollars la perte potentielle pour le PIB américain.

Quelles conséquences en cas de suppression du programme ?

Selon plusieurs médias américains, le président Donald Trump aurait donc choisi de mettre fin au Deferred Action for Childhood Arrivals tout en différant son abrogation de six mois pour permettre au Congrès de proposer une solution de remplacement. Les conséquences pourraient varier en fonction de cette solution, mais les "Dreamers" pourraient dans le pire des cas se retrouver sans permis de travail dès l'année prochaine et vivre une nouvelle fois dans la peur des descentes des services d'immigration.

"Il y a des gens pour qui retourner dans leur pays est une sentence de mort", témoigne Tomas Pendola. Ce "Dreamers" de 26 ans interrogé par l'AFP évoque aussi les conséquences économiques. Depuis cinq ans que le programme Daca est en vigueur, certains jeunes sans-papiers ont contracté des crédits, acheté des voitures et des maisons et élevé des enfants.

Vous perdez votre capacité à rembourser vos prêts, ce qui ne vous affecte pas seulement vous, cela affectera aussi les banques, cela affectera l'économie.

Tomas Pandela

à l'AFP

Si le programme est supprimé, "vous perdez votre vie", estime Tomas, professeur de chimie dans l'un des meilleurs lycées de Floride. Si son permis de travail qui expire en octobre 2018 n'est pas renouvelé, ce jeune homme craint de se retrouver à la rue. Il évoque enfin l'impact psychologique de ne pas avoir d'appartenance nationale : "Vous vous sentez inutile."