Etats-Unis : pourquoi la dernière affaire Trump est la plus grave pour le président américain

Selon le "New York Times", le président des Etats-Unis a demandé au patron du FBI d'interrompre une enquête visant son ancien collaborateur, Michael Flynn. 

Le président américain, Donald Trump (à gauche), et l\'ancien patron du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 à la Maison Blanche, à Washington.
Le président américain, Donald Trump (à gauche), et l'ancien patron du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 à la Maison Blanche, à Washington. (SHUTTERSTOCK/SIPA / REX)
avatar
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

A la Maison Blanche, un scandale chasse l'autre. A peine remis des polémiques sur le limogeage du directeur du FBI James Comey et sur les informations confidentielles qui auraient été révélées à la Russie, Donald Trump doit faire face à une nouvelle révélation. Selon le New York Times (article en anglais), le président des Etats-Unis a demandé à James Comey, l'ex-patron de l'agence fédérale, d'abandonner l'enquête sur les liens entre son ancien collaborateur, Michael Flynn, et la Russie. "C'est quelqu'un de bien. J'espère que vous pourrez laisser tomber", aurait-il déclaré. Une demande à laquelle James Comey n'a pas donné suite.

> Pourquoi Donald Trump ne sera pas destitué (en tout cas pas tout de suite)

Franceinfo vous explique pourquoi cette nouvelle affaire est plus ennuyeuse que les précédentes pour le président américain.

 Parce qu'il existe une trace écrite

L'entretien entre les deux hommes s'est déroulé, à la mi-février, dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Mais contrairement à la conversation entre Donald Trump et le ministre russe des Affaires étrangères, lors de laquelle le premier aurait confié des informations classifiées au second, il existe une trace écrite de leur échange : un mémo rédigé immédiatement après l'entretien.

"Les notes contemporaines d'un agent du FBI sont généralement considérées comme des preuves crédibles par les tribunaux", observe le New York Times. "Ce n'est pas un récit fidèle (...) de la conversation entre le président et M. Comey", a répliqué un responsable de l'administration sous couvert d'anonymat. 

Parce que sa crédibilité est déjà entamée

Cette énième révélation n'est que la dernière d'une longue série qui a progressivement entamé la crédibilité de la parole présidentielle. "L'argument 'parole contre parole' de Trump pourrait marcher avec un autre que Trump. C'est là que l'accumulation de scandales pèse", estime sur Twitter Thomas Snegaroff, historien de franceinfo et spécialiste des Etats-Unis.

Parce qu'elle peut constituer une "obstruction de justice"

Aussi dommageables qu'elles soient pour sa crédibilité, les confidences de Donald Trump aux officiels russes sont légales. Comme il l'a rappelé avec force sur Twitter, un président peut tout à fait décider de déclassifier telle ou telle information. Sa demande à James Comey est en revanche plus problématique : elle pose la question de "l'obstruction de justice", le motif pour lequel une procédure de destitution avait été déclenchée contre Richard Nixon en 1974 et Bill Clinton en 1998.

Les démocrates se sont précipités sur l'occasion. "Demander au FBI de classer une affaire est une obstruction de justice. 'L'obstruction de justice' est un motif de destitution", a tweeté un représentant de Floride. Interrogée par le New York Times, une professeure de la Georgetown University estime que ces actes constituent "théoriquement" une "obstruction de justice". "Il est en train de bâtir un magnifique cas contre lui-même", ironise Julie O'Sullivan. Mais la juriste doute fortement que le ministère de la Justice poursuive son propre président. De même, il est peu probable, pour le moment, que le Congrès, où les républicains sont majoritaires, lance une procédure de destitution.

Parce qu'il y a sans doute d'autres mémos

Selon le New York Times, James Comey était connu auprès de ses collaborateurs pour noter scrupuleusement le contenu de toutes les conversations dont il pensait qu'elles pouvaient prêter à discussion par la suite. Il aurait donc prudemment documenté tous les échanges qu'il a eus avec le président. Deux proches soulignent que le patron du FBI était "parfois mal à l'aise" avec Donald Trump.

Dans une lettre, Jason Chaffetz, le président républicain du comité de surveillance de la Chambre des représentants, a demandé au FBI de transmettre tous les mémos et autres traces des échanges entre James Comey et le président. D'autres révélations pourraient donc affaiblir un peu plus le président dans les prochains jours.