Etats-Unis : Donald Trump peut-il encore perdre les primaires républicaines ?

Le candidat controversé à l'investiture fait la course en tête et prend de l'avance sur ces concurrents dans tous les sondages. Difficile, désormais, de ne pas le voir triompher à la convention du parti républicain en juillet.

Le candidat à la primaire républicaine Donald Trump, lors d'un meeting à North Charleston (Caroline du Sud, Etats-Unis), le 19 février 2016.
Le candidat à la primaire républicaine Donald Trump, lors d'un meeting à North Charleston (Caroline du Sud, Etats-Unis), le 19 février 2016. (JIM WATSON / AFP)
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Seul contre tous, Donald Trump s'est hissé en tête de la course à l'investiture républicaine en vue de l'élection présidentielle aux Etats-Unis. Neuf mois après l'annonce de sa candidature depuis la Trump Tower, en plein cœur de Manhattan, le magnat new-yorkais de l'immobilier devenu star de la téléréalité domine désormais le paysage politique.

Si le processus de désignation du candidat républicain doit s'achever en juillet, lors de la convention du "Grand Old Party" (GOP) à Cleveland (Ohio), une victoire de la tornade blonde semble d'ores et déjà crédible, voire inévitable, pour certaines figures du parti, contraintes de se rallier à contre-cœur à cette candidature. Alors que de nouvelles primaires se tiendront samedi 12 mars, à Washington, Donald Trump peut-il être battu ?

Oui, son avance n'est pas (encore) insurmontable

Mathématiquement, Donald Trump n'est pas encore assuré de l'emporter. Pour obtenir l'investiture du parti, il doit, au fil des primaires et causus organisés jusqu'au mois de juin dans tous les Etats américains, obtenir le soutien de 1 237 délégués (sur un total de 2 472). Largement en tête avec 458 voix déjà dans la poche, il devance effectivement Ted Cruz (359 voix), Marco Rubio (151) et John Kasich (54). Cependant, la tendance peut encore s'inverser à l'occasion des primaires à venir, notamment mardi 15 mars.

Lors des primaires qui se sont tenues entre le 1er et le 14 mars, le vote s'est déroulé à la proportionelle, rappelle CNBC – en bref, obtenir 60% des voix garantit 60% des délégués. Mais à partir du 14 mars, les Etats peuvent appliquer la règle suivante : si un candidat obtient plus de 50% des voix, il peut rafler l'intégralité des délégués en jeu dans l'état en question. Cela tombe bien : huit primaires se tiendront le 15 mars dans des Etats-clés comme la Floride (99 délégués), dont Marco Rubio est le sénateur, la Caroline du Nord (72 délégués) ou encore les Etats de l'Illinois (69 délégués) et de l'Ohio (66 délégués), fief de John Kasich.

"Si nous perdons la Floride et l'Ohio, j'ai peur qu'il [Trump] ne devienne imbattable", a toutefois averti le sénateur républicain Lindsey Graham. Et pour cause, ce système peut également creuser l'écart entre Trump et ses concurrents. Les sondages le donnent d'ailleurs vainqueur dans les deux états, en dépit de l'ancrage local de deux de ses rivaux.

Oui, son propre parti pourrait ne pas l'investir

Cela dit, si quatre candidats restent en lice, l'éparpillement des voix pourrait conduire Donald Trump à la convention républicaine sans les 1 237 délégués nécessaires à son investiture. C'est le scénario dit de la "convention contestée". Dans ce cas, Donald Trump aurait tout à perdre, résume le Guardian (en anglais). Les règles varient Etat par Etat, mais si aucun candidat n'est désigné à l'issue du premier tour de vote en juillet, certains des délégués peuvent ensuite voter comme bon leur semble, sans être contraints par le résultat des primaires de leur Etat, explique le journal.

Enfin, les délégués peuvent également être appelés à voter sur le déroulement même du vote, poursuit le quotidien britannique. Ils peuvent ainsi changer les règles à leur guise, explique le Guardian, ajoutant encore que 112 délégués indépendants (et donc imprévisibles) seront également conviés. 

Non, ses adversaires sont vraiment mal barrés 

Donald Trump est vivement contesté au sein du parti républicain, mais le GOP peine à s'accorder sur une alternative. Et pour cause, le principal challenger du milliardaire, le conservateur Ted Cruz, est profondément haï au sein de l'establishment républicain (autrement dit, les ténors du parti). Trois choix s'offrent donc à eux : soutenir Donald Trump à contre-cœur, façon Chris Christie ; faire barrage à Donald Trump en soutenant Ted Cruz, là aussi sans conviction, façon Carly Fiorina, ex-candidate aux primaires ; militer d'arrache-pied contre Trump, en soutenant coûte que coûte Marco Rubio et John Kasich, façon Mitt Romney. 

Mal en point, des Républicains ont même appelé Paul Ryan à la rescousse, ancien co-listier de Mitt Romney en 2012 et l'un des rares à encore s'opposer clairement à Donald Trump. "Flatté", il a indiqué qu'il ne se lancerait pas dans la course. Autre espoir : une alliance entre les candidats pour faire barrage à Trump. Reste à savoir qui acceptera de sacrifier sa campagne : seuls les résultats des prochaines primaires pourraient en décider.

Profitant des divisions qu'il a lui même exacerbé, Donald Trump entend désormais se poser en rassembleur, rapporte Politico. Lors d'un nouveau débat, jeudi, le favori de la primaire a changé de ton. Finies les attaques à tout va et les polémiques : il a appelé le parti à "s'unifier". "Soyez intelligents et unis", a-t-il ainsi déclaré en conclusion de ce débat, diffusé sur CNN. "Nous sommes tous dans le même bateau, a-t-il plaidé. Nous allons trouver des solutions, nous allons trouver des réponses."

En tout cas, ils devront être beaucoup plus agressifs 

Eh oui, Donald Trump remporte des électeurs (aussi) parce qu'il remporte des débats. Jeudi soir, il a triomphé haut la main lors de cette dernière confrontation entre les quatre candidats républicains. Non seulement il a arraché le temps de parole le plus important, il est également de moins en moins attaqué par ces adversaires, relève le Huffington Post (en anglais). Même quand les partisans de Donald Trump sont accusés de passer à tabacs des manifestants pendant ses meetings, vidéos à l'appuie, aucun de ces concurrent "n'a le courage" de condamner les faits, explique le site. Trop mous, ses adversaires ? Tétanisés ? Pour les observateurs du parti, ils ont perdu toute crédibilité lorsqu'ils ont tour à tour déclaré qu'ils soutiendraient Donald Trump en cas de victoire de ce dernier. 

Oui, Trump peut encore se "trumper" 

Et si le principal ennemi de Donald Trump était Donald Trump lui-même ? "Trump est allé jusque-là où aucun candidat n'avait osé aller, c'est-à-dire jusqu'à nous parler de la taille de son penis, explique un éditorialiste du New York Times (en anglais). Un jour, il ira trop loin (si ce n'est pas déjà fait) et nuira au rapport viscéral que ces électeurs entretiennent avec lui."

Incitation à la violence et violence tout court dans ses meetings, soutien d'une figure du Ku Klux Klan, insultes à l'égard de ces interlocuteurs, provocations, déclarations polémiques suivies de retours sur ces déclarations... Si l'attitude de Donald Trump n'a fait pour l'instant que renforcer sa popularité, le candidat à la Maison Blanche pourrait, en bon "extrémiste", selon l'éditorialiste, finir par franchir la ligne rouge.