A quoi ressemblerait l'Amérique version Donald Trump ?

Le milliardaire conforte son statut de favori à l'investiture républicaine pour la présidentielle. Mais nombre de ses propositions semblent impossibles à mettre en œuvre, même s'il parvenait à s'installer dans le bureau ovale.

Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, lors d'un meeting à Millington (Tennessee, Etats-Unis), le 27 février 2016.
Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, lors d'un meeting à Millington (Tennessee, Etats-Unis), le 27 février 2016. (MICHAEL B. THOMAS / AFP)
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"Quelles sont vos propositions ?" L'interrogation est revenue à plusieurs reprises lors du dernier débat républicain, jeudi 25 février. Les principaux opposants de Donald Trump, Marco Rubio et Ted Cruz, ont tenté d'attaquer le milliardaire, en sous-entendant que son programme était inexistant. Sur son site (en anglais), le businessman est peu disert, se contentant d'afficher ses idées sur cinq thématiques : l'immigration, les impôts, les armes à feu, le département des Anciens combattants et les relations commerciales avec la Chine.

Alors, Donald Trump, "quelles sont vos propositions ?" La question est d'autant plus importante qu'il paraît de plus en plus probable de voir le businessman remporter les primaires républicaines. A l'issue du "Super Tuesday", mardi 1er mars, il a déjà obtenu la victoire dans dix Etats, contre seulement 4 pour l'ultraconservateur Ted Cruz et un seul pour le benjamin de la course, Marco Rubio. Il est temps de se préparer à l'hypothèse : que fera Donald Trump si d'aventure il parvient à s'installer à la Maison Blanche ? Francetv info vous livre les grandes lignes de son programme, des propositions les plus incongrues aux plus crédibles.

Sur l'immigration, un festival d'idées outrancières

Pour lancer sa campagne, en juin 2015, Donald Trump a frappé fort. C'est avec une proposition des plus outrancières que le milliardaire a capté l'attention des médias et marqué les esprits : construire un mur tout le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique pour mettre fin à l'immigration clandestine. "Le Mexique nous envoie des gens qui ont beaucoup de problèmes, expliquait alors Donald Trump. Ils ramènent de la drogue, du crime, ils envoient leurs violeurs."

Passons sur la hauteur de cette grande muraille, que le businessman fait passer de 9 à 20 mètres au gré de ses discours. Une telle proposition semble clairement irréaliste : elle est techniquement infaisable à certains endroits, par exemple le long du fleuve Rio Grande, estime Real Clear Politics*. Certes, des barrières ont déjà été installées sur plus de 1 000 kilomètres, pour un coût total de plus de 6 milliards d'euros, explique le Washington Post. Mais rendre l'intégralité de la frontière hermétique est virtuellement impossible, à en croire les experts interrogés par le journal. Le département de la Sécurité intérieure dépense déjà plusieurs millions chaque année pour maintenir les barrières existantes et réparer les brèches, qui n'empêchent de toute façon pas de creuser des tunnels pour passer la frontière.

Ensuite, mettre fin au droit du sol, comme Donald Trump le propose, semble compliqué à la lecture de la Constitution des Etats-Unis. C'est l'opinion de nombreux analystes. "Toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des Etats-Unis et de l'Etat dans lequel elle réside", stipule en effet le 14e amendement du texte. La Cour suprême s'est déjà penchée sur ce texte en 1898.

Mais toutes les propositions du milliardaire en matière d'immigration ne sont pas impossibles. Bannir temporairement les musulmans étrangers par exemple... inimaginable ? Non, une telle mesure n'est pas forcément inconstitutionnelle, à en croire les experts interrogés par les médias américains, comme le Los Angeles Times ou le Washington Post, même si elle contrevient au droit international. D'autres propositions sont nettement moins controversées : généraliser l'usage de la plateforme E-Verify, censée permettre aux employeurs potentiels de vérifier le statut migratoire d'un candidat à un emploi, ou mieux surveiller les détenteurs de visa sont des idées relativement sérieuses, d'après Real Clear Politics.

En politique étrangère, un retour en arrière 

En matière de politique étrangère, Donald Trump veut jouer les durs. Sous son mandat, "l'armée américaine sera si puissante que je ne pense pas que nous aurons besoin de l'utiliser", assure-t-il : "Personne ne viendra nous chercher." Pour lutter contre le groupe Etat islamique, le milliardaire compte couper les ressources des jihadistes en faisant "exploser" les installations pétrolières de la région. Après ça, "il n'y aura plus rien", promet le candidat, et les compagnies pétrolières américaines pourront se rendre sur place et reconstruire.

Difficile d'identifier "une doctrine Trump", s'inquiète le site Vox. Pourtant, dans Politico, un spécialiste de la Brookings Institution, un think-tank (laboratoire d'idées) très connu, assure qu'en matière de politique étrangère, le milliardaire développe une vision du monde "remarquablement cohérente". Même si elle représente "un grand pas en arrière dans l'histoire", avec un retour à des concepts passés de mode depuis la seconde guerre mondiale.

Donald Trump défend notamment une position isolationniste, en remettant en cause la plupart des accords de libre-échange signés par les Etats-Unis, pas assez "justes" à son goût. Rien d'exubérant, note le Washington Post : même si le libre-échange est un pilier de la politique étrangère du pays depuis 1945, les appels au protectionnisme se multiplient ces dernières années. Certes, la partie serait difficile pour Donald Trump, qui devrait faire face à un corps diplomatique hostile, note Politico, mais le pouvoir de la présidence en la matière est important.

Pour l'économie, du très classique

Quel politique en campagne n'a jamais promis de simplifier le système fiscal ? Donald Trump promet de simplifier le Code des impôts. Opérer un gros coup de rabot pour les sociétés, qui se verraient au maximum taxées à 15%, contre 35% aujourd'hui. Limiter le taux maximal d'imposition à 25% pour les plus riches. Et supprimer purement et simplement l'impôt sur le revenu pour les individus qui gagnent moins de 25 000 dollars par an – un peu moins de 23 000 euros. Petite touche d'originalité, pour prétendre à cette exonération, les Américains concernés devraient tout de même remplir un formulaire à destination des impôts pour simplement dire "I win" – "Je gagne".

Mis à part cela, ces propositions sont "incroyablement conventionnelles", commente The Atlantic"Grosso modo, c'est ce que les candidats et législateurs républicains proposent depuis des années, assure le magazine. Trump ne sort pas vraiment du moule."

Mais au-delà des promesses, le milliardaire a plus de mal quand il s'agit de trouver comment financer tout cela. Certes, il veut notamment couper les vivres de l'EPA, l'Agence de protection de l'environnement, et laisser les Etats gérer l'éducation –autant de dépenses en moins pour l'Etat fédéral. Donald Trump peut peut-être compter sur la croissance, qu'il estime à 6% sous sa présidence, mais un tel objectif relève du "fantasme", d'après The Economist.

Sur la santé, un plan encore très vague

Là encore, Donald Trump n'est pas très original. Comme tous les républicains, il veut à tout prix se débarrasser de "l'Obamacare", la réforme du système de santé portée par Barack Obama. Pour la remplacer par quoi ? Par "quelque chose de génial" pardi ! Tout simplement. Mais encore ? Pour l'instant, le milliardaire reste très "vague" sur le sujet, regrette Politico.

Dans ses différentes interventions, le candidat aux primaires défend surtout une plus grande concurrence entre les assurances santé, afin de faire baisser les prix. Et pour ceux qui ne pourront pas se permettre de financer leur couverture médicale ? "Il y aura des gens qui n'ont pas d'argent qui ne seront pas capables d'être couverts", a-t-il reconnu sur CNN, mi-février. Pour ces Américains les plus pauvres, Donald Trump propose pour l'heure une expansion des programmes fédéraux comme Medicare, sans plus de précision. Mais il fait une promesse : "Je ne veux pas voir des gens mourir dans les rues."

* Tous les liens de médias et de sites web sont en anglais.