A quoi ressemblera l'Amérique version Donald Trump ?

Nombre de propositions du nouveau président semblent impossibles à mettre en œuvre, même une fois installé dans le bureau ovale.

Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, lors d\'un meeting à Millington (Tennessee, Etats-Unis), le 27 février 2016.
Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, lors d'un meeting à Millington (Tennessee, Etats-Unis), le 27 février 2016. (MICHAEL B. THOMAS / AFP)
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Depuis des mois, Donald Trump le promet : il va "rendre sa grandeur à l'Amérique". Derrière ce slogan de campagne, le milliardaire, devenu le 8 novembre le 45e président des Etats-Unis, a longtemps brillé par le flou qui entourait ses propositions. Désormais, son site officiel* se veut plus exhaustif et aborde des thèmes variés : Constitution, cybersécurité, économie, éducation, énergie, santé, défense...

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Désormais élu chef de l'Etat, après le scrutin du mardi 8 novembre, il va devoir s'atteler à la réalisation de ces promesses. A quoi ressembleront les Etats-Unis sous son mandat ? Franceinfo vous livre les grandes lignes de son programme, des propositions les plus incongrues aux plus crédibles.

Sur l'immigration, une Amérique fermée à double tour

Pour lancer sa campagne, en juin 2015, Donald Trump a frappé fort. C'est avec une proposition des plus outrancières que le milliardaire a capté l'attention des médias et marqué les esprits : construire un mur tout le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique pour mettre fin à l'immigration clandestine. "Le Mexique nous envoie des gens qui ont beaucoup de problèmes, expliquait alors Donald Trump. Ils ramènent de la drogue, du crime, ils envoient leurs violeurs."

Passons sur la hauteur de cette grande muraille, que le businessman fait passer de 9 à 20 mètres au gré de ses discours. Une telle proposition semble clairement irréaliste : elle est techniquement infaisable à certains endroits, par exemple le long du fleuve Rio Grande, estime Real Clear Politics. Certes, des barrières ont déjà été installées sur plus de 1 000 kilomètres, pour un coût total de plus de 6 milliards d'euros, explique le Washington Post. Mais rendre l'intégralité de la frontière hermétique est virtuellement impossible, à en croire les experts interrogés par le journal. Le département de la Sécurité intérieure dépense déjà plusieurs millions chaque année pour maintenir les barrières existantes et réparer les brèches, ce qui n'empêche pas, de toute façon, de creuser des tunnels pour passer la frontière.

Ensuite, mettre fin au droit du sol, comme Donald Trump le propose, semble compliqué à la lecture de la Constitution des Etats-Unis. C'est l'opinion de nombreux analystes. "Toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des Etats-Unis et de l'Etat dans lequel elle réside", stipule en effet le 14e amendement du texte. La Cour suprême s'est déjà penchée sur ce texte en 1898.

Mais toutes les propositions du milliardaire en matière d'immigration ne sont pas impossibles. Après avoir préconisé de bannir temporairement les musulmans étrangers, Donald Trump ne propose plus que de suspendre l'entrée sur le sol américain des personnes venues "des régions les plus dangereuses du monde qui ont un passif dans l'exportation du terrorisme".  D'autres propositions sont nettement moins controversées : généraliser l'usage de la plateforme E-Verify, censée permettre aux employeurs potentiels de vérifier le statut migratoire d'un candidat à un emploi, ou mieux surveiller les détenteurs de visa sont des idées relativement sérieuses, d'après Real Clear Politics.

En politique étrangère, une Amérique isolationniste

En matière de politique étrangère, Donald Trump veut jouer les durs. Sous son mandat, "l'armée américaine sera si puissante que je ne pense pas que nous aurons besoin de l'utiliser, assure-t-il. Personne ne viendra nous chercher." Pour lutter contre le groupe Etat islamique, le nouveau président compte couper les ressources des jihadistes en faisant "exploser" les installations pétrolières de la région. Après ça, "il n'y aura plus rien", promet le candidat, et les compagnies pétrolières américaines pourront se rendre sur place et reconstruire. 

Difficile d'identifier "une doctrine Trump", s'inquiète le site Vox. Pourtant, dans Politico, un spécialiste de la Brookings Institution, un think tank (laboratoire d'idées) très connu, assure qu'en matière de politique étrangère, le milliardaire développe une vision du monde "remarquablement cohérente". Même si elle représente "un grand pas en arrière dans l'histoire", avec un retour à des concepts qui étaient jusque-là passés de mode depuis la seconde guerre mondiale.

Donald Trump défend notamment une position isolationniste, en remettant en cause la plupart des accords de libre-échange signés par les Etats-Unis, pas assez "justes" à son goût. Rien d'exubérant, note le Washington Post : même si le libre-échange est un pilier de la politique étrangère du pays depuis 1945, les appels au protectionnisme se multiplient ces dernières années. Certes, la partie serait difficile pour Donald Trump, qui devrait faire face à un corps diplomatique hostile, note Politico. Mais le pouvoir de la présidence en la matière est important.

Pour l'économie, une Amérique libérale

Quel politique en campagne n'a jamais promis de simplifier le système fiscal ? Donald Trump promet de simplifier le Code des impôts. Opérer un gros coup de rabot pour les sociétés, qui se verraient au maximum taxées à 15%, contre 35% aujourd'hui. Limiter le taux maximal d'imposition à 33% pour les plus riches. Et exonérer d'impôt sur le revenu davantage de foyers. Pour y prétendre, Donald Trump proposait que les Américains concernés remplissent un formulaire à destination des impôts pour simplement dire "I win" – "Je gagne" (autrement dit, "Je bénéficie de cette réduction d'impôts"). Cette touche d'originalité n'est désormais plus présente sur son site de campagne.

Mis à part cela, ces propositions sont "incroyablement conventionnelles", commente The Atlantic"Grosso modo, c'est ce que les candidats et législateurs républicains proposent depuis des années, assure le magazine. Trump ne sort pas vraiment du moule." Le milliardaire préconise notamment de limiter le carcan des régulations, en particulier celles établies par l'EPA, l'Agence de protection de l'environnement.

Mais au-delà des promesses, le milliardaire est plus discret quand il s'agit de détailler son plan de financement. Donald Trump peut peut-être compter sur la croissance, qu'il a pendant un temps estimé à 6% sous sa présidence, mais un tel objectif relève du "fantasme", d'après The Economist. Peu avant son élection, le nouveau président est devenu (un peu) plus raisonnable et s'est fixé pour objectif 3,5% par an.

Sur la santé, une Amérique individualiste

Là encore, Donald Trump n'est pas très original. Comme tous les républicains, il veut à tout prix se débarrasser de "l'Obamacare", la réforme du système de santé portée par Barack Obama. Pour la remplacer par quoi ? Par "quelque chose de génial" pardi ! Tout simplement. Mais encore ? Pendant longtemps, le milliardaire est resté très "vague" sur le sujet, regrette Politico.

Durant sa campagne, Donald Trump a surtout défendu une plus grande concurrence entre les assurances santé, afin de faire baisser les prix. Il souhaite également permettre à chacun de mettre de l'argent sur des "comptes épargne" consacrés aux dépenses de santé.  Et pour ceux qui ne pourront pas se permettre de financer leur couverture médicale ? "Il y aura des gens qui n'ont pas d'argent qui ne seront pas capables d'être couverts", a-t-il reconnu sur CNN, mi-février. A ces Américains les plus pauvres, il a fait une promesse : "Je ne veux pas voir des gens mourir dans les rues."

* Tous les liens de médias et de sites web sont en anglais.