Etats-Unis : six questions sur le limogeage surprise du patron du FBI par Donald Trump

James Comey dirigeait l'enquête sur les liens éventuels entre l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie.

James Comey, le parton du FBI, à Washington (Etats-Unis), le 3 mai 2017.
James Comey, le parton du FBI, à Washington (Etats-Unis), le 3 mai 2017. (ZACH GIBSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a décidé de limoger James Comey, le patron de la police fédérale (FBI). C'est lui qui dirigeait l'enquête sur les liens éventuels entre son équipe de campagne et la Russie. "Le FBI est l'une des institutions les plus respectées de notre pays et aujourd'hui marquera un nouveau départ pour l'agence phare de notre appareil judiciaire", a indiqué le président américain dans un communiqué, mardi 9 mai.  

Qu'est-ce qui oppose les deux hommes ? Quelles ont été les réactions après l'annonce ? Franceinfo fait le point. 

Quelle est la raison officielle évoquée ?

La raison officiellement avancée par l'administration Trump pour ce limogeage est la façon dont James Comey, 56 ans, a géré le dossier des e-mails de la candidate démocrate à la présidentielle, Hillary Clinton.

Donald Trump accuse James Comey d'avoir mal traité cette dernière en dévoilant à la presse de nombreux détails de l'enquête. Détails que le candidat républicain avait pourtant utilisés quotidiennement pour pilonner la démocrate pendant la campagne présidentielle.

Pourquoi Donald Trump en voulait à James Comey ?

Fin mars, lors d'une rare audition publique devant le Congrès, James Comey avait infligé un double revers à Donald Trump. D'une part, il avait battu en brèche l'idée selon laquelle Barack Obama aurait placé sur écoute la Trump Tower, rumeur lancée par Donald Trump lui-même sur Twitter. D'autre part, James Comey avait confirmé le lancement par le FBI, fin juillet 2016, d'investigations sur une éventuelle "coordination" entre des membres de son équipe de campagne et le gouvernement russe. 

L'ancien patron du FBI avait par ailleurs estimé que la Russie représentait "la plus grande menace d'un pays sur Terre, étant donné ses intentions et ses capacités".

Quelles sont les réactions après ce limogeage ?

Les démocrates n'ont pas tardé à dire ce qu'ils en pensaient. "M. le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous faites une grave erreur", a déclaré le chef de file de l'opposition au Sénat, Chuck Schumer. Le limogeage "montre à quel point l'administration craint l'enquête sur la Russie", a jugé Tim Kaine, ex-colistier de Hillary Clinton, y voyant la tendance croissante de l'administration à "cacher la vérité".

Plus inquiétant pour le locataire de la Maison Blanche, le malaise se répand également chez les républicains. Le chef de la puissante Commission du renseignement du Sénat américain, Richard Burr, s'est déclaré "troublé" par le timing et les raisons avancées pour ce spectaculaire limogeage. Elu du Congrès et fidèle républicain, Justin Amash a qualifié la lettre présidentielle de "bizarre" et annoncé vouloir "créer une commission indépendante sur la Russie".

Enfin, du côté des médias, les titres sont cinglants. Sur leur une du jour, le New York Times et le Washington Post comparent la décision de Donald Trump au Watergate (en anglais), dans une allusion au "massacre du samedi soir", soit la décision de Richard Nixon de remercier, en 1973, le magistrat indépendant Archibald Cox qui enquêtait sur le scandale qui allait entraîner sa chute.

Beaucoup plus inattendu, Edward Snowden apporte également son soutien à James Comey. "Ce directeur du FBI a cherché pendant des années à me mettre en prison à cause de mes activités politiques, écrit sur Twitter l'ancien consultant de la NSA, désormais en exil en Russie. Si je peux m'opposer à son limogeage, vous le pouvez aussi." Le lanceur d'alerte appelle "chaque Américain à condamner cette ingérence politique".

Au cœur des spéculations sur ce limogeage, la Russie a réagi, mercredi : le porte-parole du Kremlin a estimé qu'il s'agissait d'une "affaire interne" aux Etats-Unis, "qui n'a absolument rien à voir et ne doit rien avoir à voir avec la Russie". Le FBI est chargé d'une enquête sur les liens éventuels entre l'équipe de campagne de Donald Trump et Moscou.

Ce limogeage est-il légal ?

En prenant cette décision, Donald Trump respecte ses prérogatives présidentielles. Le directeur du FBI est en effet nommé pour dix ans, mais le président américain a le pouvoir de s'en séparer quand il le souhaite.

Aux Etats-Unis, la tradition veut aussi que le chef du FBI ne fasse pas les frais des transitions politiques. James Comey, étiqueté républicain, avait par exemple été nommé en 2013 par le président Obama. Une fois élu, Donald Trump l'a conservé à son poste... jusqu'au mardi 9 mai.

Pour l'anecdote, c'est en regardant la télévision que James Comey a appris la nouvelle. Il était en train de faire un discours dans un bureau du FBI à Los Angeles lorsqu'il a vu le bandeau "Breaking News". Il a même pensé que c'était une blague, à en croire le New York Times (en anglais). "Alors que M. Comey parlait, les écrans de télévision derrière lui ont commencé à diffuser l'info. En réponse à ces nouvelles, M. Comey a ri, disant qu'il pensait que c'était une farce plutôt réussie", explique le quotidien américain.

Y a-t-il des précédents ?

Oui, au moins un. En 1993, Bill Clinton avait licencié le directeur William S. Sessions, "auquel on reprochait des infractions à l'éthique et la désorganisation du Bureau", écrit Le Figaro. 

Donald Trump a-t-il déjà réagi ?

Oui, il explique dans un communiqué que "le FBI est l'une des institutions les plus respectées de notre pays et [qu']aujourd'hui marquera un nouveau départ pour l'agence phare de notre appareil judiciaire".

Sur Twitter, il s'en est également pris au chef des démocrates au Sénat qui avait critiqué un peu plus tôt ce limogeage. Le président des Etats-Unis a qualifié Chuck Schumer de "pleurnichard".