Etats-Unis : néonazis, suprémacistes blancs, anti-musulmans... Quels groupes forment "l'alt-right" ?

Après les violences de Charlottesville (Virginie), franceinfo tente de dresser une typologie de cette mouvance dont les idées ont réussi à se diffuser, aux Etats-Unis, auprès du grand public 

Des membres du Ku Klux Klan à Charlottesville (Virginie, Etats-Unis), le 8 juillet 2017.
Des membres du Ku Klux Klan à Charlottesville (Virginie, Etats-Unis), le 8 juillet 2017. (ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)
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Louis SanFrance Télévisions

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Malgré les violences de Charlottesville (Virginie, Etats-Unis) qui ont fait un mort, Donald Trump a préféré ne pas clairement pointer du doigt les militants de "l'alt-right", la "droite alternative". Cette mouvance d'extrême droite, dont une partie est ouvertement raciste, est un courant large et flou. Elle serait constituée d'environ 900 "groupes haineux", selon CNN (en anglais), rapportant un recensement du Southern Poverty Law Center (SPLC), une association américaine qui surveille ces groupuscules.

Difficile donc de définir ce mouvement de façon simple. "Donnez-moi la définition de 'l'alt-right'. Définissez-la. Donnez-moi la définition. Allez !" a ainsi lancé Donald Trump aux journalistes, mardi 15 août. Le New Yorker (en anglais) s'y était essayé en 2016, évoquant "une association vague de nationalistes blancs, néo-monarchistes, masculinistes, conspirationnistes, nihilistes va-t-en-guerre et trolls des réseaux sociaux". Nous avons tenté, nous aussi, d'identifier les principales composantes de cette "droite alternative".

Les néonazis

"Le terme 'alt-right' a été inventé par Richard Spencer [président du think tank National Policy Institute] pour tenter de dédiaboliser l'extrême droite américaine classique, pour faire plus moderne", explique à franceinfo l'historien spécialiste des Etats-Unis Corentin Sellin. L'agence américaine Associated Press (en anglais) décrit un "nom utilisé actuellement par certains suprémacistes blancs et nationalistes blancs pour se définir eux-mêmes et définir leur idéologie, qui promeut la préservation et la protection de la race blanche aux Etats-Unis, en plus de positions conservatrices plus traditionnelles".

Autrement dit, l'appellation a changé mais, au-delà des mots, les groupes-phares de l'extrême droite traditionnelle américaine demeurent. Les néonazis, qui se réclament directement du national-socialisme d’Adolf Hitler, sont notamment de la partie.

Des néonazis américains lors d\'une manifestation, à Columbia (Caroline du Sud, Etats-Unis), le 21 avril 2007.
Des néonazis américains lors d'une manifestation, à Columbia (Caroline du Sud, Etats-Unis), le 21 avril 2007. (ABUELO DOUGLAS / SIPA)

Certains groupes, qui ont manifesté le week-end des 12 et 13 août à Charlottesville, clament ouvertement leur identité néonazie. Des membres du groupe Vanguard America ont scandé "blood and soil" ("sang et sol"), une référence aux cris de "blut und boden" lancés par les partisans du Führer en Allemagne dans les années 1930. James Fields, le jeune homme de 20 ans accusé d'avoir foncé avec sa voiture sur la foule de manifestants antiracistes, était un "amoureux de l'armée allemande et de la Waffen-SS" dès ses années de lycée, a rapporté le Washington Post (en anglais).

En novembre 2016, devant ses partisans, Richard Spencer a célébré l'élection de Donald Trump en lançant "Hail Trump, Hail notre peuple, Hail la victoire !" Ces hail (de l'anglais "to hail", saluer) rappellent non seulement le "Heil Hitler !" du IIIe Reich, mais ont également été ponctués par ce qui ressemble fort à des saluts nazis.

Le Ku Klux Klan

C'est la plus emblématique formation raciste américaine. "Le Ku Klux Klan [KKK] est une organisation suprémaciste blanche des Etats-Unis fondée par six officiers sudistes, en 1865, dans le Tennessee", rappelle Le Monde.

Lors de leurs rassemblements, les membres du KKK ont l'habitude de brandir des drapeaux confédérés, datant de la guerre de Sécession (1861-1865) et aujourd'hui considérés comme des symboles racistes par une partie des Américains. Pour le KKK, le drapeau confédéré est l'illustration "du Sud ségrégationniste raciste qui s'élève contre le Nord, pour défendre notamment l'institution de l'esclavage", explique à franceinfo Audrey Célestine, maître de conférences en Etudes américaines à l'université de Lille 3.

Des membres du Ku Klux Klan manifestent à Charlottesville (Virginie, Etats-Unis), le 8 juillet 2017. Certains agitent des drapeaux confédérés.
Des membres du Ku Klux Klan manifestent à Charlottesville (Virginie, Etats-Unis), le 8 juillet 2017. Certains agitent des drapeaux confédérés. (ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)

Redoutable jusque dans les années 1960, coupable de nombreuses exactions et de meurtres de Noirs, le KKK est en perte de vitesse depuis, et ses rangs sont décimés. Pour la chercheuse, il s'agit désormais d'un groupe embryonnaire de quelques milliers de personnes "avec peu de pouvoir", qui "n'est plus du tout l'organisation terroriste qui pouvait exister par le passé". Selon l'universitaire, le Ku Klux Klan est désormais un "groupuscule qui distribue des flyers en essayant d'impressionner" et qui "se saisit d'opportunités de l'actualité pour refaire parler de lui". Mais en juin, la Ligue anti-diffamation (ADL) affirmait dans un rapport (en anglais) que l’organisation restait "une menace pour la société".

Et les frontières entre les groupes ne sont pas étanches. Des photographes ont saisi des personnes arborant des tatouages de croix gammées lors de manifestations du KKK.

Un membre du Ku Klux Klan montre ses tatouages lors d\'une manifestation à Columbia (Caroline du Sud, Etats-Unis), le 18 juillet 2015.
Un membre du Ku Klux Klan montre ses tatouages lors d'une manifestation à Columbia (Caroline du Sud, Etats-Unis), le 18 juillet 2015. (JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Les nationalistes blancs

Il ne faut pas se laisser tromper par l'étiquette. Les nationalistes blancs ont en ligne de mire les mêmes cibles que les néonazis et le KKK. Christopher Cantwell, 36 ans, se présente comme un nationaliste blanc. Interrogé par Vice News en marge des manifestations de Charlottesville, il a notamment reproché à Donald Trump d’avoir "marié sa fille [Ivanka Trump] à un juif [Jared Kushner]".

Matthew Heimbach, qui se dit également nationaliste blanc, a estimé, toujours auprès de Vice News, que "la gauche", "la classe capitaliste" et "la bourgeoisie" étaient "tous du même côté juif". Il a expliqué vouloir "suivre l'exemple européen" d'Aube dorée [groupe néo-nazi grec] ou encore du mouvement de résistance nordique, "l'organisation nazie la plus violente de la Suède", selon le photographe David Lagerlöf, qui vit à Stockholm.

Les Alt-knights et autres formations prêtes à se battre

La rhétorique de combat, les armes à feu, la violence érigée comme moyen... Autant d'éléments présents dans tous les groupes de "l'alt-right". Mais certains l'affichent davantage que d'autres. Le Fraternal order of Alt-Knights (Foak, ou Ordre fraternel des chevaliers alternatifs) a été créé en avril par Kyle Chapman, rapportait le SPLC (en anglais). "We don’t fear the fight. We are the fight" ("Nous n'avons pas peur du combat, nous sommes le combat"), assurait sur internet ce Californien qui se présente comme un "nationaliste américain".

Kyle Chapman, en blanc, est retenu par des partisans lors d\'une altercation avec un manifestant anti-Trump, à Austin (Texas, Etats-Unis), le 2 juillet 2017.
Kyle Chapman, en blanc, est retenu par des partisans lors d'une altercation avec un manifestant anti-Trump, à Austin (Texas, Etats-Unis), le 2 juillet 2017. (JOSHUA GUERRA / AP / SIPA)

Le SPLC range le Foak du côté d'un "fight club" néonazi appelé DIY Division, qui compterait quelque 2 000 personnes. Le New York Times (en anglais) a estimé qu'il fallait aussi le rapprocher de formations comme les Proud Boys (Les fiers garçons), formés par Gavin McInnes (fondateur, désormais en disgrâce, de Vice) ou encore des Oath Keepers (gardiens du serment), une organisation regroupant des militaires toujours en service ou des vétérans.

Des membres des Oath Keepers participent à un entraînement dans l\'Idaho (Etats-Unis), le 1er octobre 2016.
Des membres des Oath Keepers participent à un entraînement dans l'Idaho (Etats-Unis), le 1er octobre 2016. (JIM URQUHART / REUTERS)

Les antimusulmans

Selon le SPLC, le nombre de groupes antimusulmans a explosé, passant de 34 en 2015 à 101 en 2016 : une progression de 197%. Ces groupes prospèrent en raison de la peur et du ressentiment suscités par les attaques jihadistes menées au nom de l'islam de par le monde. Durant sa campagne électorale, Donald Trump lui-même a amalgamé islam et islamisme, estimant qu'il y avait "beaucoup de haine envers les Etats-Unis venant de larges parts de la population musulmane". 

La fondatrice d'ACT for America, présenté par The Atlantic (en anglais) comme "le groupe antimusulman le plus actif" des Etats-Unis, a même été reçue à la Maison Blanche, en mars. En décembre, Brigitte Gabriel avait également affirmé que son organisation avait une "ligne directe" pour joindre Donald Trump et qu'elle avait "joué un rôle fondamental" auprès de lui quant à sa vision de l'islam.

Slate (en anglais) a expliqué, en juillet, comment "l'alt-right" tentait de ramener dans son giron des hommes homosexuels. A l'œuvre, James J. O’Meara et Jack Donovan, deux hommes qui revendiquent leur homosexualité et sont devenus des personnalités montantes de l'extrême droite américaine. Comment expliquer ce succès ? Pour le site d'information, des "homosexuels sont influencés par deux idées nationalistes blanches : la 'menace' posée par les musulmans et le 'danger' posé par les immigrants". Mais ce discours anti-musulmans se mêle également de discours antisémite. D'après James J. O’Meara, "derrière le nègre, caché au loin, comme toujours, il y a la figure plus sinistre du juif". Pour lui, "le nègre est le petit soldat. Le juif est le bénéficiaire ultime".

De façon générale, "l'alt-right", qui se veut le nouveau visage acceptable de ces groupuscules extrémistes, instaure l’ère du "racisme en col blanc", a synthétisé auprès de Libération Mark Potok, analyste du Southern Poverty Law Center, "en troquant la robe du 'klansman' [membre du KKK] pour le costume d’universitaire". C'est exactement le cas de Richard Spencer, qui est diplômé de l'université Duke, considérée comme le Harvard du Sud.