Turquie : "Taper sur l'Europe, c'est pour Erdogan un moyen de gagner plus de voix"

Pour le journaliste turc Emre Demir, la crise diplomatique entre la Turquie et les Pays-Bas, permet au président, Recep Tayyip Erdogan, de se renforcer auprès de son électorat  "en tapant sur l'Europe".

Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan, à Istanbul, le 12 mars 2017. 
Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan, à Istanbul, le 12 mars 2017.  (OZAN KOSE / AFP)
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Les tensions restent très fortes entre la Turquie et les Pays-Bas, après que deux ministres turcs ont été refoulés du territoire néerlandais où ils voulaient mener campagne en vue du référendum qui vise à donner plus de pouvoirs au président turc, Recep Tayyip Erdogan. Le journaliste turc Emre Demir estime, lundi 13 mars sur franceinfo, que le fond du problème est plutôt les associations financées, sur le sol européen, par le régime turc. Selon l'ancien directeur de la rédaction de Zaman France, la crise diplomatique avec plusieurs pays européens permet aussi à Erdogan de "gagner plus de voix en tapant sur l'Europe", alors que le référendum du 16 avril prochain s'annonce très serré.

francinfo : Quels sont les grands principes de cette réforme de la Constitution que veut Erdogan ?

Emre Demir : Cette réforme propose le changement de 18 articles pour réunir tous les pouvoirs de la justice, de la présidence, du parlement et du gouvernement dans les mains d'un seul homme. C'est comme si le président du PSG devenait le président de la fédération de foot, contrôlait les arbitres, et pouvait annuler la ligue et changer les règles du jeu quand il le veut. L'essentiel de cette réforme est de donner le pouvoir absolu à Erdogan.

Pourquoi le gouvernement turc tient-il autant à faire campagne auprès de la diaspora en Europe?

Il faut savoir que les sondages donnent un résultat très serré ; on est à 50% pour le "oui" et 50% pour le "non". Et les Turcs qui vivent en Europe représentent, selon la participation, entre 1 et 2% des suffrages. Ça peut donc faire basculer le résultat pour le "oui", sachant qu'Erdogan est plus populaire chez les Turcs vivant en Europe qu'en Turquie. Et quand on regarde de plus près, on voit nettement que le gouvernement d'Ankara cherche délibérément une crise diplomatique avec des pays européens. Erdogan a absolument besoin des votes des nationalistes en Turquie. C'est un moyen de gagner plus de voix en tapant sur l'Europe.

Faut-il interdire ces meetings, comme l'ont fait les Pays-Bas?

Le fond du problème, c'est qu'Erdogan a créé tout un système, un réseau d'ONG qui sont capables d'organiser des campagnes de dénonciation. Ils préparent des listes de traîtres pour qu'en Turquie on puisse punir leurs proches. Les fonctionnaires turcs pratiquent l'espionnage ici en France, mais aussi en Allemagne. Ce sont des actes d'ingérence pour plusieurs pays membres. Il est là le fond de la crise avec l'Allemagne ou la Suède, et c'est pour cela que ces pays interdisent ces manifestations. C'est aussi un message envoyé à Ankara. Sur le principe, je suis plutôt d'accord avec le quai d'Orsay : ces meetings se tiennent dans le cadre de la liberté de réunion. Mais il faut s'attaquer à l'origine du problème et se demander comment sont financées ces associations qui sont en vérité les structures d'Ankara.

Turquie : "Taper sur l'Europe, c'est pour Erdogan un moyen de gagner plus de voix", selon le journaliste turc Emre Demir

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