Turquie : le référendum sur la Constitution n'est "pas déjà gagné" pour Erdogan

Un référendum a lieu en Turquie dimanche pour renforcer ou non les pouvoirs du président. "Ce n'est pas forcément gagné" pour Recep Tayyip Erdogan a estimé Jean Marcou, enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble. 

Des partisans de l\'opposition turque manifestent pour le \"non\" au référendum à Istanbul, en Turquie, le 13 avril 2017.
Des partisans de l'opposition turque manifestent pour le "non" au référendum à Istanbul, en Turquie, le 13 avril 2017. (CITIZENSIDE/ENRICO DEL PUNTA / CITIZENSIDE)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Les Turcs doivent se prononcer dimanche 16 avril par référendum sur une réforme d'une vingtaine d'articles de la Constitution du pays qui renforcerait considérablement les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.

Le référendum n'est "pas forcément déjà gagné" pour le président turc, a estimé vendredi 14 avril sur franceinfo, Jean Marcou, enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble où il dirige le master Intégration et mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient. "Pour remporter un référendum, il faut avoir la moitié des voix, plus une", a-t-il fait remarquer. Or, les dernières élections présidentielle et législatives ont donné victoire à Recep Tayyip Erdogan, mais avec une courte majorité : 51% à l'élection présidentielle, 49% aux législatives.

franceinfo : Recep Tayyip Erdogan peut-il compter sur un fort soutien populaire qui pourrait s'exprimer dans les urnes pour ce référendum ?

Jean MarcouIl a un réel soutien populaire de longue date, mais pour remporter un référendum, il faut avoir la moitié des voix, plus une. Et ce n'est pas forcément déjà gagné pour Recep Tayyip Erdogan. On l'a vu lors des dernières élections : à l'élection présidentielle, il a gagné avec un peu plus de 51%, 49% aux dernières législatives. Il avait perdu sa majorité absolue aux législatives de juin 2015 avec 40% seulement des voix. Le parti nationaliste lui a apporté son concours mais la base de cette formation renâcle. Même certains dirigeants du parti ont renâclé quand Recep Tayyip Erdogan a fait des propositions de décentralisation aux Kurdes. L'AKP [Parti de la Justice et du Développement, NDLR], le parti de Recep Tayyip Erdogan, cherche des voix du côté des nationalistes. Du côté des Kurdes, on verra quel est le résultat dimanche.

Recep Tayyip Erdogan a-t-il pu verrouiller ce scrutin ?

Pas complètement, parce qu'il y a quand même une tradition électorale en Turquie. Mais le déroulement de la campagne n'a pas été très équitable, puisque l'État a utilisé les moyens à sa disposition pour mener campagne pour le "oui". De ce point de vue, une organisation comme l'OSCE, [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, NDLR], qui est chargée d'expertiser le déroulement des élections de ses pays membres, a noté des dysfonctionnements dans le déroulé de la campagne et des tentatives d'intimidation des partisans du "non".

Peut-on craindre des fraudes lors du scrutin ?

Ce serait quand même assez nouveau. Il y a des fraudes aux élections turques, comme dans toute élection, mais elles ont jusqu'à présent été assez marginales, n'affectant pas le résultat. Si elles étaient conséquentes, ce serait véritablement une nouveauté.