Turquie : ce qu'il faut retenir des élections législatives

Le président turc espérait une large victoire de son parti pour renforcer sa domination sur le pays. Il devra former une coalition après un revers dans les urnes.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, salue la foule, à Istanbul (Turquie), le 7 juin 2015.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, salue la foule, à Istanbul (Turquie), le 7 juin 2015. (YASIN BULBUL / AFP)
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Il avait fait de ce scrutin un référendum autour de sa personne. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a perdu la majorité absolue au Parlement à l'issue des élections législatives, dimanche 7 juin. De son côté, le parti kurde HDP réalise un score sans précédent.

Dans le détail, l'AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir, obtient 41% des voix, et 259 sièges dans un Parlement qui en compte 550. Suivent le CHP, social-démocrate, avec 25% des voix et 131 élus, le MHP nationaliste (16,5% des voix et 82 élus), ainsi que le parti kurde HDP (12,6% et 78 élus).

Un revers pour le chef de l'Etat

Au pouvoir depuis treize ans, Recep Tayyip Erdogan espérait une large victoire de son parti pour renforcer sa domination sur le pays. Vainqueur de tous les scrutins depuis 2002, le parti islamo-conservateur se présentait pour la première fois affaibli face aux électeurs, victime du déclin de l'économie et des critiques sur sa dérive autoritaire.

Face aux résultats de dimanche, le président turc va devoir entamer des négociations pour former une coalition. Son clan a toutefois tenu à minimiser l'ampleur de ce revers : "Cette élection a montré une fois de plus que l'AKP était la colonne vertébrale de ce pays", a lancé le Premier ministre, Ahmet Davutoglu, devant des milliers de partisans, rappelant que l'AKP avait obtenu 40% des suffrages.

La percée d'un parti kurde

Le parti d'opposition HDP ressort vainqueur de ce scrutin. "Nous avons remporté une grande victoire. (...) Ceux qui veulent la liberté, la démocratie et la paix ont gagné, ceux qui veulent l'autoritarisme, qui sont arrogants et qui se considèrent comme les seuls détenteurs de la Turquie ont perdu", a déclaré le chef de file du parti kurde, Selahattin Demirtas.

Ce quadragénaire charismatique et ambitieux a mené une campagne moderne, très marquée à gauche, et anti-Erdogan qui lui a permis d'élargir son audience au-delà de la seule communauté kurde (20% de la population turque). Son parti obtient 79 sièges.

Sitôt les résultats confirmés, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Diyarbakir, la "capitale" kurde du sud-est de la Turquie, pour célébrer la victoire du HDP en agitant des drapeaux et en klaxonnant.

Une réforme de la Constitution en suspens

En perdant la majorité absolue, le président turc enterre aussi ses espoirs de modifier la Constitution du pays. Recep Tayyip Erdogan, qui domine la politique turque depuis plus de dix ans, a fait campagne pour que son parti obtienne au moins 330 des 550 sièges du Parlement. Alors que la Constitution lui impose une stricte neutralité, le chef de l'Etat a réclamé, pendant des semaines, "400 députés" pour changer le système parlementaire actuel.

Depuis son élection haut la main à la tête du pays, en août dernier, Recep Tayyip Erdogan, qui était auparavant Premier ministre, vise la présidentialisation du régime et le renforcement de ses pouvoirs. Pour y parvenir, son parti devait totaliser au moins 330 sièges afin de faire passer une réforme de la Constitution. Pendant toute la campagne, l'opposition a contesté vigoureusement son projet, qualifié de "dictature constitutionnelle". "Nous allons poursuivre nos efforts pour changer la Constitution avec le soutien d'autres partis", a défendu le Premier ministre après l'annonce des résultats.