Turquie : la police investit un grand journal hostile à Erdogan

Une décision judiciaire a placé sous tutelle le quotidien "Zaman", très critique vis-à-vis du président islamo-conservateur.

La police turque disperse des manifestants devant le siège du journal \"Zaman\", à Istanbul (Turquie), le 5 mars 2016.
La police turque disperse des manifestants devant le siège du journal "Zaman", à Istanbul (Turquie), le 5 mars 2016. (OZAN KOSE / AFP)
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Les inquiétudes pour la liberté de la presse en Turquie se renforcent. La police turque a investi, vendredi 4 mars, les locaux du quotidien Zaman. Une décision judiciaire a placé sous tutelle ce journal hostile au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan.

Gaz et canon à eau

La police a utilisé gaz et canon à eau pour disperser des centaines de personnes qui s'étaient rassemblées devant le siège du journal à Istanbul et pénétrer dans le bâtiment.

Plus tôt dans la journée, sur requête d'un procureur, un tribunal d'Istanbul avait ordonné la nomination d'administrateurs provisoires à la tête du groupe Zaman, selon l'agence de presse Anatolie, favorable au gouvernement. Les raisons de cette mise sous tutelle n'ont pas été précisées mais elles font peu de doutes, tant l'hostilité entre le quotidien et le régime était vive.

L'ennemi n°1 d'Erdogan dans le viseur

Le groupe Zaman, qui outre le quotidien Zaman possède le journal de langue anglaise Today's Zaman et l'agence de presse Cihan, est considéré comme étant proche de l'imam Fethullah Gülen. Ce dernier est un ancien allié devenu l'ennemi numéro un du président turc. Le torchon brûle entre les deux hommes depuis un retentissant scandale de corruption qui a éclaboussé le plus haut sommet de l'Etat fin 2013.

Le président accuse Fethullah Gülen, 74 ans, d'être à l'origine des accusations de corruption qui l'ont visé il y a deux ans et d'avoir mis en place un "Etat parallèle" destiné à le renverser, ce que les "gülenistes" nient farouchement. Depuis ce scandale, les autorités turques ont multiplié les purges, notamment dans la police et le monde judiciaire, et les poursuites judiciaires pour "terrorisme" contre les proches de la nébuleuse Gülen et ses intérêts financiers.