Ezra, victime des purges en Turquie, votera "non" au référendum d'Erdogan

La Turquie va-t-elle donner encore plus de pouvoirs à son président, Recep Tayyip Erdogan ? C'est tout l'enjeu du référendum prévu le 16 avril dans le pays. Si certains électeurs sont encore indécis, d'autres comme Ezra, ont décidé de voter "non".

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, prononce un discours à Ankara, le 14 mars 2017.
Recep Tayyip Erdogan, le président turc, prononce un discours à Ankara, le 14 mars 2017. (MEHMET ALI OZCAN / ANADOLU AGENCY)
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franceinfoFranck MathevonRadio France

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L'issue du référendum turc est encore indécise, selon les sondages, et pourtant l'enjeu est de taille. Le 16 avril, les Turcs sont appelés à voter pour ou contre une réforme constitutionnele qui vise à renforcer les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan. Depuis la tentative de coup d'État ratée, en juillet dernier, le gouvernement s'est lancé dans une véritable purge des opposants. Parmi eux, Ezra, une jeune Turque qui a décidé de voter "non" ce dimanche. Elle explique son choix à franceinfo.

Plus de 50 000 arrestations

C'est dans un petit appartement du quartier populaire de Gaziosmanpaşa, à Istanbul, qu'elle nous donne rendez-vous. Dans le salon, les meubles disparates semblent à l'étroit. Ezra vit ici, avec ses deux enfants dont un bébé handicapé, et sa belle-famille depuis que la police a débarqué chez elle, en janvier dernier, à Ankara. C'était très tôt, vers 7 heures du matin.

Ils sont entrés et sont restés environ une heure. Ils ont fouillé la maison, rédigé un procès-verbal et ils ont emmené mon mari

Ezra, épouse d'un soldat turc emprisonné

à franceinfo

Son époux est soldat dans la Marine. Il est accusé de sympathie avec le mouvement güleniste, ces adeptes de Fethullah Gülen, prédicateur exilé aux États-Unis et accusé par le président Erdogan d'avoir fomenté le coup d'État manqué en juillet 2016. Depuis ce putsch manqué, le régime s'est lancé dans une chasse aux opposants : plus de 50 000 personnes ont ainsi été arrêtées. Parmi elles, beaucoup de soldats et de policiers.

Rejetée par le régime et par sa propre famille

Dans l'acte d'accusation que nous montre Ezra, la justice reproche à son mari d'avoir utilisé une application sur son téléphone portable, créée par les gülenistes. C'est la raison pour laquelle il a été suspendu, puis emprisonné. Mais pour Ezra, tout cela est faux. La femme regrette la réaction de ses proches. "J'ai été confrontée à des réactions de rejet auxquelles je ne m'attendais pas... En particulier de la part de ma famille, qui m'a demandé de divorcer", explique-t-elle.

Mon mari est innocent, le procès n'a même pas eu lieu. Les gens dont j'ai le plus besoin en ce moment se sont retournés contre moi

Ezra, épouse d'un soldat turc emprisonné

à franceinfo

Ezra s'efforce de rester debout et de garder le sourire auprès de sa belle-famille, mais elle avoue être malheureuse : "J'essaye de ne pas trop y penser, mais je me sens démunie. L'État nous claque la porte au nez, la famille nous claque la porte au nez, et en plus, mon bébé est malade. J'ai besoin d'argent pour le soigner... Je suis désespérée." Ezra tient le président Erdogan pour responsable de cette répression qui frappe "aveuglément", selon elle. Alors, ce dimanche, elle votera "non" au référendum.

Une société divisée

"Si le 'non' l'emporte, le pays pourra être déstabilisé, parce qu'Erdogan ne va pas accepter cette défaite, reconnaît-elle. Mais une fois que la situation sera apaisée, ce sera une ère nouvelle pour les gens comme nous." C'est l'espoir d'Ezra et de tous les opposants au président turc. Ses soutiens, eux, jugent la répression inévitable et la victoire du "oui" essentielle pour la sécurité et la stabilité de la Turquie.

Ezra, victime des purges en Turquie, votera "non" au référendum d'Erdogan - Un reportage de Franck Mathevon

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