Référendum en Turquie : "Erdogan est confiné dans une Turquie provinciale qui n'est pas porteuse d'avenir"

Selon l'économiste, éditeur, journaliste et politologue turc Ahmet Insel, le président Recep Tayyip Erdogan est confiné "dans une Turquie provinciale d'Anatolie centrale et de la mer Noire, ce qui n'est pas la Turquie porteuse d'avenir."

Des supporteurs du oui, le 16 avril 2017.
Des supporteurs du oui, le 16 avril 2017. (OZAN KOSE / AFP)
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En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a remporté de peu dimanche un référendum constitutionnel destiné à asseoir son pouvoir, neuf mois après avoir échappé à un putsch. Mais l'opposition dénonce des irrégularités.

Sur franceinfo Ahmet Insel, économiste, éditeur, journaliste et politologue turc, a estimé lundi 17 avril que le score étriqué du référendum repose sur une division de la Turquie. "Erdogan est confiné dans une Turquie provinciale d'Anatolie centrale et de la mer Noire, ce qui n'est pas la Turquie porteuse d'avenir."

franceinfo : Est-ce que la dérive autoritaire du président Erdogan, qui avait commencé après le coup d'Etat, a pesé sur le résultat du référendum ?

Ahmet Insel : La dérive autoritaire avait commencé bien avant le coup d'Etat (du 15 juillet). Cela s'est accéléré depuis. Cela a donné la possibilité au président Erdogan de forcer le calendrier et le Parlement sur le changement présidentialiste qu'il avait du mal à faire passer dans son parti et dans l'opposition il y a quelques années.

Le régime d'état d'urgence permettait au pouvoir de limiter considérablement le droit d'expression des opposants.

Ahmet Insel

à franceinfo

La règle de la campagne à égalité n'était pas respectée. Le plus grave c'est que, pour la première fois depuis très longtemps, nous rencontrons une contestation sur la légalité du comptage des élections, ce qui n'était pas le cas jusque-là. Il y avait des contestations locales, mais cette fois-ci les deux partis d'opposition contestent la légalité générale du comptage.

Est-ce qu'il existe des contre-pouvoirs assez forts pour s'opposer à Erdogan ?

Non. Il n'y a pas beaucoup de chance que cette constatation puisse aboutir. Le principal parti d'opposition a demandé l'annulation de l'élection.

Malheureusement il n'y a plus d'instance juridique indépendante susceptible de s'opposer à l'agression d'Erdogan.

Ahmet Insel

à franceinfo

Le problème c'est qu'avec 51% de oui, et une très forte suspicion sur la légalité du comptage, Erdogan a gagné le référendum mais a perdu politiquement la dernière chose qu'il lui restait de faire des élections propres.

Le score étriqué du référendum va-t-il l'obliger à tendre la main aux autres partis politiques ?

Je ne pense pas. Ce n'est pas le tempérament d'Erdogan. Il va forcer les choses encore plus. Dans son discours d'hier soir, la seule chose qu'il a annoncé c'est le rétablissement de la peine de mort. Il va essayer de faire un deuxième référendum, ce qui va aggraver encore plus les divisions de la société turque. Cette division rend les choses de plus en plus difficilement gérables pour Erdogan. Le centre de gravité urbain et culturel de la Turquie a voté non. Il est confiné dans une Turquie provinciale d'Anatolie centrale et de la mer Noire, ce qui n'est pas la Turquie porteuse d'avenir.

Ahmet Insel : "La dérive autoritaire avait commencé bien avant le coup d'Etat."

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