Journaliste français détenu en Turquie : l’avocat de Loup Bureau appelle le président Macron "à réagir"

Maître Martin Pradel, l'avocat de Loup Bureau, le journaliste français détenu en Turquie depuis le 26 juillet a lancé un appel à Emmanuel Macron jeudi sur franceinfo. "Cela me parait naturel que le président se saisisse d’une situation aussi grave", dit-il.

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Alors que le journaliste freelance français Loup Bureau, accusé de terrorisme, est détenu depuis le 26 juillet et devrait être transféré vers Van, une ville située à neuf heures de routes de son lieu actuel de détention, son avocat, maître Martin Pradel, demande jeudi 10 août sur franceinfo aux autorités françaises de réagir.  

franceinfo : pourquoi les autorités turques veulent-elles le transférer dans une autre prison ?

Me Martin Prade : Aujourd’hui, il est détenu à la prison de Sirnak, dans le Sud-Est de la Turquie. Le transférer à Van n’a pas de raison d’être, si ce n’est de couper l’accès à son avocat, qui est son seul contact. Cette manoeuvre n’a d’autre but que de rendre plus difficile les conditions dans lesquelles il va se défendre.

Que lui reproche aujourd’hui la justice turque ?

La seule chose qu'on lui reproche, c’est d’avoir réalisé un reportage diffusé sur TV5 Monde en 2013 portant sur les conditions de vies de civils syriens kurdes confrontés aux combats entre les troupes de Daech et les troupes du YPG [un mouvement considéré comme une organisation terroriste par Ankara]. Aux yeux des autorités turques, sa neutralité est interprétée comme une sorte d’approbation. On lui reproche d’être journaliste et seulement cela. Ce qui est particulier, c’est que les autorités turques assimilent de manière tout à fait décomplexée le travail du journaliste à du terrorisme.

Est-il bien traité ?

Ses conditions de détention ne posent pas de problème. Il n’est pas torturé et nourri correctement. Aujourd’hui, nous avons besoin qu’il ait un accès constant à son avocat, car les charges qui pèsent contre lui sont extrêmement lourdes.

Que risque t-il ?

Il a une épée de Damoclès au dessus de la tête. Il risque jusqu’à trente années d’emprisonnement pour terrorisme. Dans le cas de Mathias Depardon, le soutien du président de la République et du gouvernement avait été décisif dans le dénouement de cette situation. Aujourd’hui, c’est assez incompréhensible que la France se montre réticente à prendre position, même de manière prudente. Qu’il faille prendre des précautions car la Turquie est un pays allié dans la région, c’est une chose. Mais le minimum, c’est quand même de dire aux autorités turques que les autorités françaises souhaitent sa libération si la seule chose qu’on lui reproche est d'être journaliste.

Vous appelez donc Emmanuel Macron à réagir ?

Je l’appelle à réagir. Cela me parait bien naturel que le président de la République se saisisse d’une situation aussi grave que celle-ci.

L\'avocat Martin Pradel, en mars 2015.
L'avocat Martin Pradel, en mars 2015. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)