"Je saisirai cette occasion pour dénoncer et faire un exemple" : le représentant de RSF en Turquie de nouveau devant les juges

Une nouvelle audience se tient mercredi à Istanbul dans le procès du représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoglu. Arrêté en juin 2016, ce journaliste confie à franceinfo son pessimisme quant à l'avenir de son pays.

Erol Önderoglu, correspondant de Reporters sans frontières en Turquie, ici photographié à Istanbul en janvier 2017
Erol Önderoglu, correspondant de Reporters sans frontières en Turquie, ici photographié à Istanbul en janvier 2017 (RADIO FRANCE / ÉLISE DEL)
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Elise DelèveRadio France

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"Monsieur Liberté" préfère ne pas évoquer son surnom. Car Erol Önderoglu l'avoue : il est timide. Pourtant, ce journaliste turc, correspondant de Reporters sans frontières (RSF) dans son pays, ne ménage pas son énergie quand il s'agit de défendre les autres. Arrêté en juin 2016, quelques semaines avant le putsch manqué qui a encore renforcé la répression contre les journalistes, Erol Önderoglu comparaît pour la seconde fois mercredi 11 janvier, à Istanbul. Il est accusé de "propagande terroriste" pour avoir participé à une action de solidarité avec un journal d'opposition pro-kurde.

Erol Önderoglu risque quatorze ans de prison

Le journaliste le confesse : il est "fatigué", de plus en plus pessimiste quant à l’avenir de la Turquie. "Quand vous avez pris tous les risques pour signer des centaines d'articles, affronter les institutions policières, la justice, le gouvernement... Avec dans l'idée que l'avenir sera meilleur... C'est cette fatigue-là qui m'a affecté. Cette fatigue d'avoir espéré aussi longtemps", confie-t-il à franceinfo.

En Turquie, la liberté de la presse est à l’agonie. Environ 150 journalistes ont été emprisonnés en six mois. Depuis l’état d’urgence décrété en juillet dernier après le putsch manqué, un simple décret suffit pour fermer un média ou licencier un journaliste. Résultat : 177 médias ont dû fermer leurs portes.

Quant à Erol Önderoglu, il risque quatorze ans de prison. "Si c'est uniquement une menace personnelle, qui épargne une bonne partie de la profession, je purgerai cette peine", dit-il. Et d'ajouter : "Mais je saisirai cette occasion pour dénoncer et en faire un exemple pour d'autres". Son arrestation en juin et sa détention pendant une dizaine de jours avait entraîné une vague importante de protestations en Turquie et à l'étranger. 

Erol Önderoglu est jugé aux côtés de deux autres militants : l'écrivain-journaliste Ahmet Nesin et la présidente de la Fondation des droits de l'Homme, Sebnem Korur Fincanci.