Qui était Nabil Fadli, l'auteur de l'attentat-suicide d'Istanbul ?

Cet ancien étudiant d'Alep a rallié les jihadistes de l'Etat islamique en 2013, selon Buzzfeed.

Les forces de sécurité se déploient sur la place touristique Sultanahmet à Istanbul (Turquie), le 14 janvier 2016.
Les forces de sécurité se déploient sur la place touristique Sultanahmet à Istanbul (Turquie), le 14 janvier 2016. (BERK OZKAN / ANADOLU AGENCY / AFP)
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Des informations inédites. Les correspondants du site américain Buzzfeed au Proche-Orient, Mike Giglio et Munzer al-Awad, dressent un portrait fouillé (en anglais) de l'auteur de l'attentat-suicide d'Istanbul, Nabil Fadli. L'attaque a tué dix touristes allemands dans la ville turque, mardi 12 janvier.

Voici les points les plus saillants de la personnalité du terroriste, un Syrien de 28 ans, selon les témoignages recueillis par les deux journalistes.

Elevé dans une famille très pieuse

La mère de Nabil Fadli était une chrétienne arménienne. Elle s'est convertie à l'islam pour épouser son mari, profondément religieux. Installée à Manjib, une ville de la région d'Alep (Syrie) désormais contrôlée par l'Etat islamique, cette famille qui tenait un magasin de meubles était "puritaine", selon un Syrien né dans cette ville, et les enfants ont reçu une éducation religieuse stricte. 

Etudiant sans histoires en technique dentaire

Cet étudiant tranquille et consciencieux voulait devenir technicien dentaire et faisait 50 km par jour pour suivre ses études à Alep, car sa famille n'avait pas les moyens de lui louer un appartement en ville. Un de ses anciens condisciples se souvient d'un étudiant bien intégré à l'université, sans signe extérieur de religiosité et qui était passionné de gym.

Jihadiste de l'Etat islamique depuis 2013

Nabil Fadli a "courageusement" combattu contre Bachar Al-Assad dans le groupe armé Al-Daher Bibars (du nom d'un sultan), selon un autre rebelle cité par Buzzfeed. En 2013, lors de la prise de la ville de Jerablus par l'Etat islamique, la plupart des combattants, lui compris, se rallient aux jihadistes de l'EI. 

Selon un de ses anciens camarades, qui combattait le régime syrien dans un autre groupe armé, si certains ont rejoint l'Etat islamique parce qu'ils avaient besoin d'un salaire pour nourrir leur famille, Nabil Fadli, lui, l'a fait par conviction.

Victime de tortures

Chaque ongle de pied de Nabil Fadli a été arraché, selon les autorités turques, ce qui montre que le Syrien a été torturé. La police cherche désormais où le jeune homme a été emprisonné, et pointe deux pistes : soit le gouvernement syrien, soit une milice kurde. Deux entités qui sont également des ennemies d'Ankara.

Sous pseudo sur Facebook

Le kamikaze avait laissé à Hussein, un de ses anciens condisciples à l'université d'Alep désormais réfugié en Allemagne, des messages sur Facebook via un compte où il portait un pseudonyme. Selon le témoignage de Hussein, Nabil Fadli lui avait dit avoir rejoint l'Etat islamique. Le jihadiste avait répliqué aux critiques de son ami en disant que ce dernier n'y connaissait rien et en l'invitant à venir constater "la réalité" en Syrie. Peu après, Nabil Fadli avait fermé ce compte.

Sans volonté d'anonymat en Turquie

Les autorités turques s'étonnent de la façon dont le terroriste a laissé volontairement de multiples traces de son identité (dans des hôtels, comme réfugié…), ce qui a permis de retrouver rapidement son nom et sa nationalité. Comme s'il avait voulu qu'on sache très vite qu'il était syrien. Dans le but de nuire aux réfugiés syriens en Turquie ? C'est l'interprétation d' un Syrien cité par Buzzfeed : "Il a commis cet attentat pour nuire aux réfugiés. Il a tué dix personnes, mais il a mis deux millions de Syriens en Turquie en danger."