Egalité homme-femme, liberté de la presse : ces déclarations du président turc qui pourraient déplaire à l'UE

Recep Tayyip Erdogan a célébré mardi la journée internationale des droits des femmes en proclamant une nouvelle fois sa conviction que "la femme est avant tout une mère".

Le président turc Recep Tayyip Erdogan prononce un discours le 8 mars 2016 à Ankara à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan prononce un discours le 8 mars 2016 à Ankara à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes. (KAYHAN OZER / ANADOLU AGENCY/AFP)
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Cela tombe mal.  Au moment où l'Union européenne tente de négocier avec la Turquie des solutions à la crise migratoire, le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan célèbre à sa façon la journée internationale des droits des femmes. Il a une nouvelle fois proclamé , mardi 8 mars, sa conviction que "la femme est avant tout une mère".  

Alors qu'Ankara réclame l'accélération du processus d'adhésion à l'UE, le président turc a fait plusieurs déclarations, ces derniers jours, qui semblent peu compatibles avec les principes affichés par l'Europe.

"La femme est avant tout une mère"

Le président turc prend ses distances avec le concept d'égalité hommes-femmes. Lors d'un discours prononcé mardi 8 mars à Ankara pour la Journée internationale des droits des femmes, il a lancé : "Je sais qu'il y en aura encore qui en seront gênés, mais pour moi, la femme est avant tout une mère". "Vous ne pouvez libérer les femmes en détruisant la notion de famille", a-t-il ajouté, ponctuant son discours de versets du Coran pour vanter les mérites de la maternité.

Le chef de l'Etat turc s'est régulièrement illustré par ses sorties polémiques sur les femmes. Il avait notamment assuré que les féministes n'avaient "rien à faire avec notre religion et notre civilisation" et que l'égalité homme-femme était "contre nature".

"Pas de respect" pour la Cour constitutionnelle turque

Le chef de l'Etat turc s'oppose régulièrement aux décisions des institutions indépendantes de son pays. Dimanche 28 février, Recep Tayyip Erdogan s'en est aussi violemment pris à la Cour constitutionnelle, affirmant qu'il n'avait "pas de respect" pour la décision de la plus haute autorité judiciaire du pays. Celle-ci venait de donner le feu vert à la libération de deux journalistes d'opposition emprisonnés.

"Je ne suis pas en position d'approuver cette décision [de la Cour constitutionnelle]. Je le dis très clairement : je n'ai pas de respect pour elle", a martelé lors d'une conférence de presse le chef de l'Etat. La Cour constitutionnelle est une des rares institutions qui échappent à son contrôle.

"Il ne peut y avoir de liberté de la presse sans limites"

La liberté de la presse est mise à mal ces derniers temps en Turquie. Après la décision de la Cour constitutionnelle de libérer deux journalistes ayant révélé la livraison d'armes par les services secrets turcs à des rebelles islamistes en Syrie, le président turc a ainsi réagi, dimanche 28 février : "Je crois fermement dans la défense de la liberté d'expression. Mais je ne crois pas que la liberté d'expression puisse être utilisée pour attaquer le pays de manière masquée. Et il ne s'agit pas ici de liberté d'expression, mais d'une affaire d'espionnage." Il allie d'ailleurs les actes à la parole, puisqu'il a personnellement porté plainte contre les deux journalistes, promettant qu'ils allaient payer "le prix fort".

La Turquie pointe à la 149e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF). Dernier coup porté à la presse : vendredi 4 mars, le quotidien d'opposition Zaman a été placé sous tutelle.