Après l'attentat à Ankara, la Turquie accuse et bombarde le PKK

"Nous pensons que l'un des responsables est une femme ayant des liens avec le PKK", affirme un responsable turc. Une dizaine d'avions de chasse ont pilonné les bases des rebelles kurdes dans les montagnes du nord irakien.

Des enquêteurs inspectent les lieux de l'attentat, le 14 mars 2016, à Ankara.
Des enquêteurs inspectent les lieux de l'attentat, le 14 mars 2016, à Ankara. (ADEM ALTAN / AFP)
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La réplique n'a pas tardé. Au lendemain de l'attentat à la voiture piégée qui a fait 37 morts à Ankara, la Turquie a bombardé, lundi 14 mars, les camps du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) situés dans le nord de l'Irak.

Quelques heures seulement après cette attaque en plein cœur de la capitale turque, une dizaine de chasseurs-bombardiers ont pilonné les bases des rebelles kurdes dans les montagnes de l'extrême nord irakien, dans les secteurs de Kandil et Gara, a annoncé l'état-major.

Au moins deux Kurdes soupçonnés

L'attentat commis dimanche soir n'a pas été revendiqué, mais les autorités turques, qui déclare avoir arrêté quatre suspects, pointent du doigt les rebelles kurdes. "Nous pensons que l'un des responsables est une femme ayant des liens avec le PKK", affirme sous couvert d'anonymat un responsable turc. Selon la presse turque, cette femme a été identifiée par ses empreintes digitales comme étant Seher Cagla Demir. Plus tard dans la journée, un responsable des services de sécurité a indiqué qu'un second suspect, un homme, avait été identifié comme ayant des liens avec le PKK. 

Si sa cible, des civils, marque une nette escalade, l'attentat de dimanche soir rappelle par son mode opératoire celui perpétré il y a un peu plus de trois semaines dans le même quartier d'Ankara. Le 17 février, un véhicule suicide piégé y avait détruit des bus transportant des personnels militaires, faisant 29 morts. Un groupe radical dissident du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), avait revendiqué cette opération et annoncé de nouvelles attaques, notamment contre les sites touristiques du pays.

Dimanche soir, l'attentat s'est produit dans le quartier très fréquenté de Kizilay, siège de nombreux commerces et important nœud de transports en commun. La voiture piégée est venue se faire exploser contre un bus municipal  Selon un nouveau bilan, au moins 37 personnes ont été tuées et 71 sont toujours hospitalisées. Les explosifs utilisés sont du même type que ceux employés le 17 février. Des clous et des billes ont été ajoutés pour provoquer le maximum de dégâts, selon une source policière.

Des combats qui redoublent depuis plusieurs mois

Dans leurs premières réactions, dimanche soir, les dirigeants islamo-conservateurs turcs n'avaient pas immédiatement mis en cause les rebelles kurdes. "Nous avons des informations concrètes sur le groupe terroriste à l'origine de l'attaque", a ainsi déclaré le Premier ministre Ahmet Davutoglu, sans autre détail. A l'inverse, ils avaient été très prompts à attribuer l'attentat du 17 février aux kurdes syriens des Unités de protection du peuple (YPG), avec le soutien du PKK. Ces deux mouvements avaient catégoriquement rejeté ces accusations.

Jusqu'à la trêve instaurée le 27 février sur le front syrien, Ankara a bombardé à de multiples reprises les positions tenues en Syrie par les YPG, qu'elle considère comme affiliées au PKK qui mène la rébellion sur son sol depuis 1984.

Depuis l'été dernier, de violents combats ont repris entre les forces de sécurité et le PKK dans de nombreuses villes du sud-est du pays, peuplé en majorité de Kurdes. Ils ont fait de nombreuses morts dans les deux camps et tué des dizaines de civils. Ces affrontements ont fait voler en éclats les pourparlers de paix engagés par le gouvernement turc avec le PKK à l'automne 2012. La Turquie a en outre été frappée à quatre reprises depuis juin par une série d'attentats meurtriers attribués par les autorités au groupe Etat islamique (EI).