Indre-et-Loire : le centre de "déradicalisation" de Pontourny n'a plus aucun pensionnaire

Ouvert en septembre, le centre de "déradicalisation" de Beaumont-en-Véron a vu partir mercredi son dernier pensionnaire. L'avenir de l'établissement est désormais en suspens.  

Le centre de déradicalisation de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire) le 13 septembre 2016.
Le centre de déradicalisation de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire) le 13 septembre 2016. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)
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Margaux DuguetCatherine FournierFrance Télévisions

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"Un petit laboratoire d'expérience." Voilà comment une source proche du dossier qualifiait ce qui se jouait entre les murs du centre de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Mais "l'expérience" est en train de tourner court. Le premier et unique centre de "déradicalisation" de France a perdu mercredi 8 février son dernier pensionnaire, comme le rapporte Europe 1. Une information que franceinfo est en mesure de confirmer.

Originaire de l'ouest de la France, le jeune homme en question a été condamné mercredi à quatre mois de prison avec sursis pour violences et apologie du terrorisme, indiquent des sources concordantes à franceinfo. Des faits commis alors qu'il était hébergé dans un foyer pour mineurs, il y a trois ans. Or, les critères du centre de Pontourny sont stricts : les "bénéficiaires" ne peuvent pas y rester s'ils ont été condamnés pour violences, même de droit commun. 
L'individu, présent à l'audience, sera logé à l'hôtel pendant une semaine, le temps de trouver un autre lieu d'hébergement, précise une source proche du dossier.

Des départs en série

Selon Europe 1, "l'encadrement avait noté qu'il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu'il semblait se radicaliser davantage". Alors qu'ils n'ont jamais été guère plus de six ou sept dans un centre prévu pour 30 places, les jeunes volontaires, âgés de 19 à 30 ans, ont peu à peu quitté le centre.
Certains ne sont tout simplement pas revenus d'une permission de week-end, indique une source proche du dossier à franceinfo. D'autres ne cadraient finalement pas avec le profil retenu, tel ce jeune homme qui avait affirmé être "fiché S" et "bipolaire" dans La Voix du Nord. Ou encore Mustafa S., interpellé en Alsace en janvier dans le cadre d'une opération antiterroriste. 

L'avenir du site en question 

Dans ce contexte, quel avenir pour le centre de Beaumont-en-Véron ? La question est, pour l'instant, en suspens. Vendredi 27 janvier, le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux, excluait toute fermeture, tout en reconnaissant que les "premiers résultats montrent qu'il faut encore continuer à travailler". "Ça va continuer, il faut que ça continue, le travail peut porter ses fruits", confie un encadrant à franceinfo.

De son côté, le député (PS) d'Indre-et-Loire, Laurent Baumel, indique à franceinfo qu'un comité de suivi doit se réunir vendredi 10 février. Ce comité devait, à l'origine, discuter du cas de Mustafa S., "une nouvelle erreur de recrutement dans le centre puisque cet individu avait sa place en prison", affirme l'élu socialiste. Mais, ajoute-t-il, "s'il n'en reste plus [de pensionnaires], c'est aussi un sujet"

Parmi les habitants de Beaumont-en-Véron, certains réclament clairement la fin de l'expérience. L'association "Radicalement digne de Pontourny", hostile au projet depuis le début, organise samedi 11 février une manifestation pour réclamer "la fermeture immédiate du centre". "L'Etat s'est moqué ouvertement et effrontément de la population bellimontoise en lui mentant constamment sur le profil des pensionnaires accueillis au sein de l'établissement", écrit l'association, avant d'ajouter : "Devons-nous attendre que l'une de ces personnes 'pose souci' pour que l'on mette fin à cette expérimentation en milieu ouvert et habité ?"