Serge Lazarevic, l'impossible retour à la vie normale

Il était le dernier otage français encore retenu dans le monde : Serge Lazarevic, 52 ans, a été libéré le 9 décembre dernier. Il est resté pendant plus de trois ans otage au Mali, aux mains d’Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique. Et aujourd’hui, il a choisi France Info pour se confier. C’est l’une des très rares interviews accordées par Serge Lazarevic. Il fait le récit de sa vie.

(Serge Lazarevic, devant le studio de 8 mètres carré qu'il occupe, en Seine-Saint-Denis © RF/Sébastien Baer)
Radio France

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Pour l’ex-otage au Sahel, l’euphorie de la liberté retrouvée le 9 décembre 2014 a été de courte durée. "Une quinzaine de jours" dit Serge Lazarevic. En gros, jusqu’à Noël. Et depuis, c’est un chemin de croix pour tenter de retrouver une vie normale.

"On m'a installé dans un 8 mètres carré" Serge Lazarevic

Serge Lazarevic, qui a fêté ses 52 ans mi-juin, mène une vie de reclus. Il occupe un studio sans confort et dépourvu de fenêtres, dans l’arrière-cour de la maison de sa mère, en Seine-Saint-Denis. Et cette situation, qui ne devait être que provisoire, l’ex-otage la subit depuis maintenant 7 mois. "C’est le Quai d’Orsay qui m’a amené ici. (..) Et j’ai du mal, parce que j’ai quand-même une famille. Ma fille vient d’accoucher, j’ai trois petits-enfants, j’ai une femme que je ne peux pas voir parce qu’il n’y a rien. Il y a un lit et même pas une table et une chaise pour manger."

Serge Lazarevic a aussi quelques problèmes de santé. "En plus, je suis dans un état dépressif. J’ai le bassin qui a été touché, j’ai pris des coups sur la tête, on m’a torturé, j’ai des problèmes de mémoire et d’oreille interne, et j’ai des vertiges tout le temps. Je ne sais pas si vous pouvez réaliser ce que c’est, 4 ans dans la nature, dans le Djebel, dormir sur des pierres. En plus, j’étais enchaîné aux chevilles et j’avais des menottes derrière le dos, pour dormir. Et 4 ans comme ça, c’est long".

 

Des rendez-vous médicaux 

L’ex-otage souffre de troubles physiques et psychologiques donc il passe beaucoup de temps chez les médecins. Il rencontre quelques amis, s’entretient de temps en temps avec le père de Philippe Verdon, son compagnon de captivité, assassiné en juillet 2013.

Pas question pour lui de reprendre son travail de contremaître sur les chantiers, sa santé ne le lui permet pas. Il a aussi passé des heures à tenter de trouver un autre logement, mais à chaque fois, il se heurte aux absurdités de l’administration. "Si je veux louer une maison, on me demande des déclarations d’impôts, si je vais dans une agence immobilière on me demande des fiches de paie et mes revenus. Ce sont des absurdités car il y a toute une procédure que je ne peux pas respecter car je n’ai rien. Pourtant, je leur ai donné des papiers du Quai d’Orsay qui disent que j’étais otage. Depuis 2011. Donc ils devraient le savoir, mais ils ne font pas attention au dossier".

Serge Lazarevic n’a pas la folie des grandeurs. Il rêve simplement de vivre dans une petite maison, avec un jardin, en banlieue. Pour retrouver un peu de sa vie d’avant.  

Trou de trois ans dans l'emploi du temps

Serge Lazarevic explique qu’il est aujourd’hui traité comme n’importe quelle autre personne. Voilà ce qui cloche. Car le quinquagénaire a un trou de plus de trois ans dans son parcours, la période pendant laquelle il est resté otage au Mali.

En fait, il y a un paradoxe entre sa situation actuelle, le sentiment d’abandon qu’il éprouve, et l’accueil qui lui a été réservé, à son retour en France : son arrivée, à Villacoublay, l’accolade de François Hollande qui l’attendait.

 

"Je ne comprends pas ce qu'on a fait de moi depuis que je suis rentré" Serge Lazarevic
 

Sept mois plus tard, l’ex-otage a l’impression d’être oublié. "Depuis que je suis arrivé, je n’ai aucune aide de personne. J’ai été abandonné, je suis un SDF de la République française. Je considère que j’étais mieux au Mali car même si on souffre, même si on est torturé et qu’on est esclave, l’esprit comprend mieux, car il y a une explication. Au Mali, ils prennent des otages et c’est une guerre contre la France. Ici, je ne sais pas pourquoi je suis là. Je cherche. Je ne me considère pas comme un héros mais je ne comprends pas ce qu’on fait avec moi depuis que je suis rentré. Ce que l’on veut faire avec moi. Et j’ai l’impression d’être invisible depuis que je suis arrivé" .

"Je suis dans un espèce d'état dépressif" Le témoigne de Serge Lazarevic au micro de Sébastien Baer
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Ses souvenirs le hantent 

Sept mois après sa libération, Serge Lazarevic a toujours l’esprit envahi de terribles souvenirs. Quand il était en captivité, Serge Lazarevic a été humilié, torturé à coup de câbles métalliques. Il a aussi subi l’isolement et des simulacres d’exécution. A son retour, il a appris la mort de Philippe Verdon, qu’il a croisé en captivité. Et il reste très marqué.

"Il y a des choses qu’on ne peut pas effacer. Ils m’ont menacé des centaines de fois de m’égorger ou de me mettre une balle dans la tête. Cent fois, ils m’ont aussi dit qu’ils allaient me libérer dans une semaine, dans dix jours. Cela a été 4 ans de peur. Le problème aussi, c’est que j’ai été maltraité par rapport à la nourriture. Je n’avais que de l’eau et du pain, pendant 4 ans. Je me nourrissais de ce que je trouvais dans la nature. Quelques baies, des feuilles, des petites larves, des sauterelles, des mouches... Je mangeais ça, pour survivre. Et aujourd’hui, j’ai du mal à me relever".

 Serge Lazarevic va être hospitalisé, d’ici la fin de semaine. Pendant un mois. Pour que les médecins tentent de trouver un remède à ses souffrances. Car les semaines, les mois qui viennent de s’écouler n’ont pas permis de les apaiser.