Chute du rouble : pourquoi la Russie est en crise

La monnaie russe s'est effondrée de 20%, mardi, atteignant un niveau historiquement bas face à l'euro et au dollar.

Un bureau de change à Moscou (Russie), mardi 16 décembre au matin.
Un bureau de change à Moscou (Russie), mardi 16 décembre au matin. ( MAXIM ZMEYEV / REUTERS / X90168)
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La situation est "critique", alerte la banque centrale russe. Après une chute lundi de 9,5%, la monnaie russe a encore plongé de plus de 20%, mardi 16 décembre. La valeur de l'euro a dépassé le seuil des 100 roubles et celle du dollar, 80 roubles.

Depuis le début de l'année, la monnaie russe a perdu près de 60% de sa valeur face au dollar. La situation semble échapper à tout contrôle et la Russie risque désormais une crise majeure. Certains experts font déjà un parallèle avec l'épisode financier désastreux qu'a connu le pays en 1998. Francetv info vous explique pourquoi. 

Parce que les sanctions occidentales et le cours du pétrole ont fragilisé l'économie

Cet effondrement de la monnaie russe est la conséquence directe des sanctions économiques décrétées par l'Union européenne et les Etats-Unis dans le dossier ukrainien. La crise ukrainienne a "repoussé les investisseurs étrangers qui auraient pu faire des affaires avec le pays", explique ainsi Slate. La Russie a aussi subi une violente fuite des capitaux étrangers déjà investis dans son économie. Au total, 128 milliards de dollars se sont envolés en 2014, selon la Banque de Russie, soit plus du double qu'en 2013.

Second problème : la chute du prix du baril. L'économie russe est extrêmement dépendante du pétrole et le rouble a plongé le cours du brut.

En novembre, le ministre des Finances Anton Silouanov avait estimé que la Russie pourrait perdre jusqu'à 100 milliards de dollars (environ 80 milliards d'euros) à cause de la baisse des cours du pétrole, rappelle Le Monde.

A ce stade, le gouvernement russe prévoit une récession en 2015 de -0,8 %, après une croissance d'environ 0,6% cette année. Certains analystes estiment quant à eux que le recul du prix du baril pourrait entraîner un déficit budgétaire de 2% à 2,5% du PIB. Selon la banque centrale russe, ce dernier pourrait même chuter de 4,5% à 4,8% si le cours du pétrole restait à son niveau actuel.

Parce que l'inflation accentue la méfiance envers l'économie

Au mois d'août, la Russie a mis en place un embargo sur la majorité des produits alimentaires en provenance des pays à l'origine de sanctions contre Moscou. Ce blocus, en plus de la chute du rouble, provoque une inflation galopante, estimée par la banque centrale à 11,5% d'ici la fin de l'année.

Déjà familiers des épisodes de crise, les Russes ont anticipé l'inflation et se sont rués dans les supermarchés pour acheter du matériel électronique, des meubles et même des voitures avant de voir leurs prix flamber. Si elle persiste, cette méfiance risque de verrouiller complètement l'économie russe. 

Dernier exemple en date : les magasins Ikea, qui se sont retrouvés ces derniers jours débordés par l'afflux de clientèle. Les files d'attente atteignaient plusieurs heures ces derniers jours après que la firme suédoise a annoncé qu'elle allait devoir augmenter ses prix. Ces derniers jours, des étiquettes en devises étrangères ont commencé à apparaître dans certains magasins, rappelant la crise de 1998. 

Parce que les autorités semblent impuissantes

Pour endiguer la dégringolade, la Banque de Russie a annoncé, dans la nuit de lundi à mardi, une hausse exceptionnelle de 6,5 points de son taux directeur (le taux d'intérêt du rouble, fixé pour réguler l'activité économique). Il est passé à 17%, contre 10,5% auparavant et 5,5% au début de l'année.

Avec ces hausses successives, la banque centrale russe cherche d'abord à empêcher de nouvelles fuites de capitaux. En fixant un tel taux, elle tente de garder les rendements des placements et des dépôts en rouble au-dessus de l'inflation, pour désamorcer les tentations de conversion vers d'autres monnaies.

Cette augmentation du taux directeur resserre aussi le robinet du crédit, pour que les prix ne s'emballent pas davantage. Avec un taux directeur à 17%, cela signifie qu'un crédit immobilier sera désormais accordé avec un taux d'au moins 22%, a calculé le site Lenta.ru (en russe).

Mais ces mesures n'ont pour le moment pas réussi à endiguer cette dégringolade. Après un court rebond, mardi matin, le rouble a connu une nouvelle chute historique. "Patience", répond la présidente de la banque centrale, Elvira Nabioullina, à la télévision, insistant sur le fait que la stabilisation du rouble "prendra du temps". Jeudi, le président Vladimir Poutine tentera à son tour de rassurer les Russes lors d'une conférence de presse très attendue.