Cessez-le-feu en Syrie : l'objectif de Poutine est de "reconstituer une sorte de super puissance soviétique"

La Turquie et la Russie ont annoncé mercredi un cessez-le-feu en Syrie. Alors que celui-ci doit démarrer à minuit, Jean-Sylvestre Mongrenier, spécialiste des questions de défense en Europe, a fait le point pour franceinfo sur les intentions russes et le rôle de l'Europe. 

Vladimir Poutine en compagnie de Barack Obama, à Lima, le 20 novembre 2016.
Vladimir Poutine en compagnie de Barack Obama, à Lima, le 20 novembre 2016. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)
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Un cessez-le-feu pourrait intervenir en Syrie. La Turquie et la Russie se sont entendues, mercredi 28 décembre, sur un accord qui devrait entrer en vigueur dès minuit. Le plan vise à étendre à l'ensemble du pays le cessez-le-feu instauré il y a deux semaines à Alep. Ces négociations ont été parrainées par Moscou et Ankara.

Avec cet accord, Vladimir Poutine "veut reconstituer une sorte de super puissance soviétique", a analysé mercredi sur franceinfo Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l'Institut Thomas More, spécialiste des questions de défense et des relations Russie-Europe.

franceinfo : Comment expliquer le rapprochement entre Moscou et Ankara ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : Il y a une convergence d'objectifs sur le terrain. Du point de vue russe, c'est la Syrie utile qui prime avec tous les actifs géostratégiques dont elle dispose. Et, du côté turc, ce qui prime, c'est une sorte de péril kurde. Il y a une re-définition des objectifs géopolitiques à Ankara car la Russie a apporté son soutien à Bachar Al-Assad. L'idée essentielle, c'est de maintenir la cohésion de l'Etat-nation turc et de s'assurer une zone tampon en avant de ses frontières.

Est-ce que ce cessez-le-feu signifie que Vladimir Poutine n'a pas envie de s'embourber dans ce conflit ?

Vladimir Poutine ne s'est pas engagé en Syrie pour lutter contre Daech. Tous les coups ont été portés contre l'armée syrienne libre et contre des groupes qui sont autres que Daech. C'est véritablement limité à la Syrie utile, c'est-à-dire les côtes méditerranéennes et la partie occidentale de la Syrie. C'est la divergence avec Bachar Al-Assad qui veut restaurer la totalité de son contrôle sur tout le territoire syrien.

Avec cette pression russe, l'Europe est-elle exclue du jeu diplomatique dans la région ?

L'Europe ne constitue pas un acteur géopolitique global. L'Union européenne, c'est tout sauf une fédération. Il y a des nationalistes et des souverainistes qui passent leur temps à parler d'un gouvernement européen qui imposerait sa dictature aux gouvernements nationaux. Mais les États-nations ont conservé leur pleine souveraineté, et refusent de voir l'Union européenne se transformer en une sorte de fédération. L'Union européenne, c'est un système de coopération multiétatique, précieux, mais ce n'est pas les États-Unis d'Europe avec une diplomatie unifiée.

Quel est l'objectif de Poutine ?

Vladimir Poutine veut reconstituer une sorte de super puissance soviétique. Ce ne serait pas la reproduction pure et simple de l'URSS. Il a un projet dangereux, révisionniste, qui consiste à revenir dans le champ, en utilisant la force armée, à remettre en cause les frontières en Europe.

"Vladimir Poutine ne s'est pas engagé en Syrie pour lutter contre le groupe État islamique", Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l'Institut Thomas More

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