Législatives au Royaume-uni : Theresa May "joue sa propre survie"

Pour le politogue Philippe Moreau-Defarges, "il n’est pas sûr du tout que Theresa May puisse rester à la tête du gouvernement".

La Première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, s\'exprime après l\'annonce des résultats des législatives, le 9 juin 2017, au 10 Downing Street à Londres. 
La Première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, s'exprime après l'annonce des résultats des législatives, le 9 juin 2017, au 10 Downing Street à Londres.  (JUSTIN TALLIS / AFP)
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franceinfoRadio France

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Trois jours après les élections législatives au Royaume-uni, la Première ministre Theresa May cherche toujours un allié pour s’assurer une majorité absolue au Parlement. La solution se trouve peut-être du côté des dix députés unionistes nord-irlandais du DUP. Philippe Moreau-Defarges, politogue, estime sur franceinfo dimanche qu'elle va devoir céder sur sa ligne du Brexit dur.

franceinfo : Où en sont les négociations entre le DUP et les conservateurs ?

Philippe Moreau-Defarges : Il n’est pas sûr du tout que Theresa May puisse rester à la tête du gouvernement donc elle joue sa survie propre. Or, il y a entre les unionistes irlandais et les conservateurs un gros point de divergence sur la question du Brexit dur. Les unionistes veulent maintenir une frontière fluide entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande. C’est vital pour l’économie de cette région plutôt pauvre, il faut maintenir les ouvertures. Or, si Theresa May va vers un Brexit dur, il y aura sans doute une frontière physique entre l’Ulster et l’Eire. C’est un enjeu fondamental et sur ce point, l’accord entre les unionistes et les conservateurs va être extrêmement difficile.

Qu’est-ce qui va bloquer ?

Les unionistes vont demander un engagement ferme à Theresa May de se battre à Bruxelles pour que la frontière entre l’Ulster et la République d’Irlande reste ouverte, reste une frontière de marché intérieur. Or, la Première ministre s’est engagée dans un Brexit qu’elle appelle "dur", avec le rétablissement de liens normaux entre l’Union européenne et le Royaume-uni : cela signifie une frontière dure entre l’Ulster, qui fait partie du Royaume-uni, et l’Irlande, qui fait partie de l’Union Européenne. Elle aura beaucoup de mal à obtenir un accord sur ce point-là. Elle peut céder, tout d’abord parce que beaucoup de Britanniques voudraient plutôt un Brexit "doux" mais aussi parce que, si elle veut rester au pouvoir, il faudra qu’elle cède !

Si elle ne fait pas alliance avec les unionistes, avec qui va-t-elle le faire ?

Ce sont les seuls vraiment proches des conservateurs. La situation pour Theresa May est presque désespérée. Elle est contestée au sein de son propre camp, et même parmi ses ministres ! Sa situation fait penser à celle de Margaret Thatcher en 1989 : il y avait eu une révolte et un complot chez les conservateurs qui lui étaient hostiles, et elle avait dû partir. Theresa May pourrait être victime d’un scénario similaire mais, avant de la renvoyer, il faut trouver quelqu’un pour la remplacer.

Qui cela pourrait-il être ?

Boris Johnson, tout le monde le connaît ! Mais c’est une personnalité controversée et, s’il était nommé Premier ministre, ce serait un très mauvais signal pour les négociations entre l’Union Européenne et le Royaume-uni. Les conservateurs pourraient chercher une personnalité plus effacée : Margaret Thatcher, qui était une forte personnalité, a laissé place à un homme charmant mais un peu effacé qui était John Major.