Grèves, retards, prix prohibitifs : pourquoi certains Britanniques veulent renationaliser leurs chemins de fer

Les usagers dénoncent un service cauchemardesque au quotidien, entre retards, pannes, manque de place et annulations de dernière minute. Conséquence, une partie de la population et des responsables politiques demandent une reprise en main du rail par l'Etat. Explications.

Un train circule près de Chinley, dans le Derbyshire (Royaume-Uni), le 14 février 2016.
Un train circule près de Chinley, dans le Derbyshire (Royaume-Uni), le 14 février 2016. (JONATHAN NICHOLSON / NURPHOTO / AFP)
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"Renationalisez le réseau ferroviaire MAINTENANT !" C'est le titre que les Britanniques pouvaient lire à la une du Daily Mirror, mardi 13 décembre. Dans une tribune, le journal dénonce, pêle-mêle, les tarifs "les plus chers d'Europe" et des dysfonctionnements quotidiens. Les citoyens d'outre-Manche sont nombreux à avoir réagi à cet appel à "reprendre le contrôle" du rail. Au Royaume-Uni, la privatisation des chemins de fer a été amorcée par Margaret Thatcher au début des années 1980. Treize entreprises privées se partagent désormais le réseau.

Franceinfo vous explique pourquoi les usagers sont en colère. 

Parce qu'ils vivent l'une des pires grèves depuis vingt ans

Depuis mardi 13 décembre, 300 000 usagers des lignes reliant le sud de l'Angleterre à Londres subissent une nouvelle grève, dans le cadre d'un conflit qui dure depuis des mois. Les conducteurs de la Southern Railway, opérateur privé missionné par le gouvernement, dénoncent la volonté de la compagnie de leur confier la fermeture et l'ouverture automatique des portes des wagons, jusqu'ici assurée par un second employé.

La Première ministre, Theresa May, a qualifié cette grève d'"épouvantable". Dans un discours au Parlement mercredi, elle a demandé un accord rapide entre les grévistes et la Southern. L'annulation de plus de 2 000 trains a exacerbé la colère des voyageurs, pour la plupart solidaires des grévistes, comme l'a constaté l'AFP à la gare londonienne de Victoria. 

Parce que le réseau fonctionne très mal

Le train Londres-Brighton, qui quitte la capitale britannique à 7h29 tous les matins, n'est jamais arrivé à l'heure en 2015, rapporte l'AFP. Le bilan est consternant : quatre trains sur cinq sur cette ligne, assurée par la Southern Railway, étaient en retard en 2015. "Le matériel roulant est très ancien", rapporte une utilisatrice sur Twitter. "Nous payons des sièges et finissons par rester debout", déplore un internaute. "On m'a refusé un travail parce que je vivais dans une zone desservie par la Southern", affirme un autre. 

Parce que les prix sont prohibitifs

Entre 1995 et 2015, le prix d'un billet de train a augmenté en moyenne de 117%. Il y a douze ans, un trajet entre Londres et Manchester coûtait 50 livres, soit 59 euros. Aujourd'hui, il faut débourser 166 livres, presque le triple.  

Une étude GoEuro réalisée en 2016 montre que les trains britanniques sont les deuxièmes plus chers d'Europe après les suisses, avec plus de 20 euros en moyenne pour parcourir 100 kilomètres. Selon Andy McDonald, élu du Parti travailliste cité par le Daily Mirror, les usagers de la Southern dépensent en moyenne 17% de leurs revenus médians en abonnement pour les transports en commun, contre 7% en France et en Allemagne.

La pilule est dure à avaler pour les usagers. Certains se souviennent encore de la promesse que leur avait faite le ministre des Transports de l'époque, John MacGregor, pour justifier la privatisation. "Je ne vois aucune raison pour laquelle les tarifs devraient augmenter plus rapidement avec des entreprises privées. Au contraire, ils seront plus flexibles et baisseront", avait-il annoncé en 1993. 

Parce que les trains sont bondés

Jeremy Corbyn, le leader du Parti travailliste, n'a pas hésité à réaliser une vidéo pour illustrer le problème des trains bondés. Il s'est fait filmer assis sur le sol du train de 11h11 reliant Londres à Newcastle. 

Dans la vidéo, il dénonce "un problème auquel sont confrontés de très nombreux passagers", fustigeant au passage la compagnie Virgin. Qui s'est défendue en arguant que le train n'était pas plein ce jour-là.

Selon des chiffres officiels relayés par le Daily Mirror, pendant l'heure de pointe, à Londres, 35% des passagers doivent rester debout. Le journal rapporte que le nombre de passagers a augmenté ces dernières années sans que les infrastructures évoluent. 

Parce qu'ils ont l'exemple d'une renationalisation réussie

Pour appuyer leur demande de renationaliser le trafic, les usagers en colère s'appuient sur un exemple, celui de Rail Track. Cette société britannique chargée du réseau ferroviaire a directement été mise en cause, en 1999 et en 2000, quand deux accidents ont provoqué la mort de 35 personnes. Elle était alors noyée sous les dettes et les demandes de compensations. Dix ans après avoir décidé de la privatiser, l'Etat fait alors machine arrière et reprend son contrôle en 2003.

L'Opinion souligne que cette reprise a été bénéfique pour le réseau : "Le retournement en matière de sécurité est presque total." Aucun décès n'a été enregistré depuis 2007 et aucun employé n'a trouvé la mort depuis 2005, faisant du Royaume-Uni le deuxième pays européen le plus sûr en matière ferroviaire.