"Brexit" : "Au sein de l'UE, tout le monde fait un effort pour aider Cameron à remporter son référendum"

Le Royaume-Uni entend renégocier sa place dans l'Union européenne avant de proposer à ses citoyens de se prononcer sur la question fatidique, avant 2017 : faut-il, oui ou non, sortir de l'UE ?  

L'Union Jack flotte au côté du drapeau européen, à l'occasion de la visite du Premier ministre britannique, David Cameron, à la Commission européenne, à Bruxelles (Belgique), le 29 janvier 2016. 
L'Union Jack flotte au côté du drapeau européen, à l'occasion de la visite du Premier ministre britannique, David Cameron, à la Commission européenne, à Bruxelles (Belgique), le 29 janvier 2016.  (EMMANUEL DUNAND / AFP)
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David Cameron n'a que quelques mois pour réconcilier les Britanniques avec l'Union européenne. Alors que les sujets de Sa Majesté doivent voter dans les mois qui viennent pour décider ou non de sortir de l'UE, le Premier ministre, hostile à l'idée d'un "Brexit", est entré dans une phase de négociations décisives avec les institutions européennes : mercredi 3 février, le voilà en possession d'un projet d'accord, soit l'avant-goût des concessions que l'UE est prête à lui accorder pour l'aider à convaincre les Britanniques de ne pas quitter le navire.

Les propositions de l'UE pour éviter un "Brexit" prévoient notamment un frein d'urgence pour que Londres puisse couper certaines aides sociales aux travailleurs intra-européens, et des garanties que la City ne pâtira pas d'un renforcement de l'euro. Elles prévoient aussi un mécanisme par lequel les neuf pays qui n'ont pas adopté l'euro pourraient faire part de leurs inquiétudes et recevoir "les assurances nécessaires" sur les décisions des 19 autres Etats de l'UE qui utilisent la monnaie unique.

Des concessions en apparence loin d'être anecdotiques. En brandissant la menace de quitter l'Union, le Royaume-Uni fait-il désormais la loi ? Nous avons posé la question à Pauline Schnapper, professeure de civilisation britannique à l’université de la Sorbonne Nouvelle.

Francetv info : Le Royaume-Uni est-il en train d'imposer ses règles du jeu à l'Union européenne ? 

Pauline Schnapper : Non, car il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit là essentiellement d'une question de politique intérieure. Avec les propositions de David Cameron, nous sommes très loin d'une modification radicale du mode de fonctionnement des institutions européennes. Ce n'est pas le Royaume-Uni qui impose quoi que ce soit à l'UE, mais plutôt l'UE qui accepte de jouer le jeu, en prétendant faire des concessions aux Britanniques, afin d'aider le Premier ministre à convaincre les électeurs de voter en faveur du maintien de son pays dans l'Union. Il ne faut pas se laisser abuser par le discours de David Cameron et des Européens : tous ont intérêt à faire semblant qu'il s'agit là d'une négociation cruciale, quitte à surjouer un peu.

Si, effectivement, certains points de ces négociations sont sensibles et font réellement débat [notamment avec les pays de l'Est], globalement, tout le monde est décidé à trouver un compromis, car personne ne veut d'un "Brexit". Au sein de l'UE, tous les chefs d'Etat et de gouvernement connaissent chez eux, à divers degrés, les contraintes auxquelles David Cameron est confronté. Alors tout le monde fait un petit effort pour l'aider à gagner son référendum.

Il propose pourtant des réformes qui remettent en cause des fondements de l'UE, comme la liberté de circulation, lorsqu'il demande de limiter certains droits sociaux pour les immigrés européens sur le sol britannique… 

Sur cette question, il a tout de même mis beaucoup d'eau dans son vin pour tenter de décrocher un accord. Il y a trois ans, il assurait qu'il allait fermer les frontières aux migrants européens tout en restant dans l'UE, ce qui était tout simplement impossible en vertu des règles de libre-circulation.

Désormais, il obtiendrait un "frein d'urgence", sous contrôle du Conseil européen, dans le cas où les services publics britanniques seraient sous tension en raison d'un afflux d'immigrés, ce qu'il ferait immédiatement. C'est un changement qui n'est pas négligeable, mais loin de ce qu'exigent les eurosceptiques, à savoir un contrôle pur et simple des frontières.

David Cameron évoque toutefois son désir de réformer l'UE, menaçant même d'œuvrer pour un "Brexit" s'il n'obtient pas gain de cause… 

Le rapport de force se joue à l'intérieur du pays plutôt qu'à Bruxelles. Le problème de David Cameron, c'est que son camp, le parti conservateur au pouvoir, est devenu extrêmement anti-européen ces dernières années, sans oublier la percée des europhobes de l'Ukip. Le rejet de l'UE est désormais plus idéologique que pragmatique. Or, bien que David Cameron ait toujours été très critique envers l'UE, il n'a jamais souhaité en sortir.

Les crises économiques depuis 2008 et, plus récemment, la question des réfugiés ont eu un impact énorme sur l'opinion publique britannique. Si la crise des réfugiés n'a pas directement de rapport avec l'existence ou non de l'UE, elle montre que celle-ci n'est pas capable de gérer ce dossier.

En proposant ces réformes, Cameron tente donc de démontrer qu'il n'est pas seulement en train de faire plaisir à ses eurosceptiques, mais bien de soumettre la réforme dont l'UE a besoin. Il est parti d'un problème de politique intérieure et a essayé d'en faire quelque chose de plus intéressant et utile pour tout le monde. Sauf que le tout reste extrêmement modeste. 

L'issue des négociations entre l'UE et le Royaume-Uni peut-elle vraiment peser dans le référendum ? 

Ce qui est problématique et incertain, c'est le référendum, pas la négociation en elle-même. Personnellement, je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle aboutira. Il va y avoir un accord. Le problème sera de le "vendre" aux Britanniques afin d'avoir la majorité lors du référendum. David Cameron va-t-il arriver à faire passer son message ? Va-t-il convaincre les indécis que cette négociation constitue un changement suffisant pour justifier de rester dans l'Union européenne ? Tout reste à écrire.