Syrie. "Les Etats-Unis cherchent à faire barrage aux jihadistes"

Les Etats-Unis ont reconnu, mardi 11 décembre, la Coalition de l'opposition syrienne, un choix stratégique selon Didier Billion, chercheur à l'Iris.

Le secrétaire d\'Etat adjoint des Etats-Unis William J. Burns et le ministre britannique des affaires étrangères William Hague, à la conférence des Amis de la Syrie, le 12 décembre 2012.
Le secrétaire d'Etat adjoint des Etats-Unis William J. Burns et le ministre britannique des affaires étrangères William Hague, à la conférence des Amis de la Syrie, le 12 décembre 2012. (ABDELJALIL BOUNHAR/AP/SIPA / AP)
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Propos recueillis parHéloïse LeussierFrance Télévisions

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SYRIE - Après la France, le Royaume-Uni, la Turquie et le Conseil de coopération du Golfe, les Etats-Unis ont reconnu, mardi 11 décembre, la Coalition de l'opposition syrienne, qui se présente sur la scène internationale comme une alternative crédible au régime de Bachar Al-Assad. Des responsables de l'administration Obama ont tout de même réaffirmé qu'ils n'avaient pas l'intention de fournir des armes aux insurgés. Didier Billion, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) interrogé par francetv info, explique qu'il s'agit d'un choix tactique et que la crise en Syrie devient un véritable enjeu international.

Francetv info : Pourquoi les Etats-Unis ont-ils finalement décidé de reconnaître la Coalition syrienne ?

Didier Billion : La situation est en train d'évoluer du côté de l'opposition syrienne et les Etats-Unis se disent certainement qu'il ne faut pas trop attendre. On a appris qu'au moins une base militaire en Syrie était aux mains des jihadistes du Front islamiste radical Al-Nosra, ce qui montre que l'opposition syrienne n'est pas en mesure de contrôler ses éléments les plus radicaux. Reconnaître la Coalition syrienne (rejetée par les groupes islamistes armés), cela permet aux Etats-Unis de la favoriser et de parer aux jihadistes. Cette reconnaissance peut ouvrir la voie à une aide logistique et éviter le pire.

Est-ce un pas vers une intervention militaire internationale ?

Il est difficile de s'avancer avec les informations que l'on a, mais comme les négociations politiques sont bloquées, il semble que la dimension militaire l'emporte. En tout cas, des livraisons d'armes ont déjà lieu : ce n'est pas avec des roquettes que les rebelles réussissent à abattre des hélicoptères. Et c'est un secret de Polichinelle que des forces françaises, anglaises, turques mais aussi américaines sont déjà dans la région depuis plusieurs mois pour aider l'insurrection à s'organiser. Avec la décision des Etats-Unis, ces forces pourraient s'accroître.

La menace agitée par les Etats-Unis de l'utilisation d'armes chimiques par Assad, à présent relativisée, était-elle un signal ?

Il y a effectivement une concomitance. Les Etats-Unis ont annoncé que le régime syrien était prêt à utiliser des armes chimiques et que cela entraînerait des conséquences juste avant que l'Otan donne son feu vert à l'installation de missiles Patriot en Turquie. On peut donc penser que l'idée était d'attiser la peur pour justifier ce qui pourrait être une intervention militaire.

Comment expliquer la réaction de la Russie, qui reproche aux Etats-Unis de "tout miser sur une victoire par les armes" ?

La réaction de la Russie n'est pas surprenante. Elle avait déjà condamné l'installation des missiles Patriot. Elle ne voit pas d'un bon œil la présence de l'Otan dans la région. C'est un bras de fer qui s'engage entre la "dite" communauté internationale et la Russie. Cela montre que la Syrie devient un enjeu régional, voire international.