L'opposition syrienne a affirmé, mercredi 21 août, que le régime avait tué 1 300 personnes dans une attaque chimique survenue en banlieue de Damas. Mais la Russie, alliée de Bachar Al-Assad, dénonce une "provocation planifiée à l'avance" de la part des rebelles. Francetv info fait le point sur ce que l'on sait de cette attaque et de ses conséquences. 

Pas de déclaration formelle du Conseil de sécurité

Même si le régime a catégoriquement démenti avoir utilisé des armes chimiques et que l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a évoqué un bilan d'au moins 136 morts, c'est l'une des plus violentes attaques depuis le début du conflit en Syrie, et qui a suscité une vague de condamnations internationales.

Réunis mercredi à huis clos, les membres du Conseil de sécurité (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Luxembourg et Corée du Sud) veulent "faire la lumière" sur les accusations d'utilisation d'armes chimiques près de Damas et "saluent la détermination" de l'ONU à enquête. Mais ils n'ont pas adopté de déclaration formelle sur la question, la Russie et la Chine, alliées du régime syrien, y étant opposées, selon des diplomates.

Washington refuse de parler de "ligne rouge"

De nombreux pays, ainsi que la Ligue arabe, ont demandé à ce que les experts de l'ONU, arrivés dimanche en Syrie pour enquêter sur l'usage éventuel de telles armes dans le conflit, se rendent immédiatement sur les lieux. Les Etats-Unis ont également réclamé pour les Nations unies un "accès immédiat" au site concerné par l'attaque, mais refusé de parler d'une "ligne rouge" qui aurait été franchie par Damas.

Les accusations des rebelles sur ce massacre ont été prononcées un an et un jour après que le président américain Barack Obama a prévenu que le recours par le régime de Bachar Al-Assad à son stock d'armes chimiques constituerait une "ligne rouge".

"Le silence de nos amis nous tue"

Un des chefs de l'opposition, George Sabra, a avancé devant la presse à Istanbul (Turquie) le chiffre de 1 300 morts dans plusieurs localités autour de Damas, et estimé que ce carnage rendait toute solution politique impossible. "Le régime syrien se moque de l'ONU et des grandes puissances quand il frappe près de Damas avec des armes chimique alors que la commission d'enquête internationale se trouve à quelque pas des victimes et des régions sinistrées." L'homme politique a aussi accusé la communauté internationale de complicité : "L'indécision américaine nous tue. Le silence de nos amis nous tue (…). L'indifférence des Arabes et des musulmans, l'hypocrisie du monde que nous croyions libre nous tuent."

Le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, qui n'a pas confirmé l'usage d'armes chimiques, a lui fait état d'au moins 136 morts, tout en assurant ce bilan risquait d'augmenter compte tenu de la violence du bombardement, qui s'est poursuivi dans la journée.

L'utilisation des armes chimiques fait débat

L'opération s'est concentrée sur Mouadamiya al-Cham, au sud-ouest de la capitale, que l'armée cherche à reprendre, a précisé l'OSDH, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de sources médicales. Plusieurs experts interrogés par l'AFP se sont montrés prudents. Paula Vanninen, directrice de Verifin, l'Institut finnois pour la vérification de la convention des armes chimiques, a déclaré "n'être pas totalement convaincue" qu'il s'agisse d'une attaque au gaz innervant. "Les personnes qui aident les victimes ne portent pas de vêtements de protection ni de masques et si c'était le cas, elles auraient été contaminées et victimes des mêmes symptômes", relève-t-elle.

Pour Gwyn Winfield, directeur du magazine spécialisé CBRNe World, "il n'existe aucune information indiquant que les médecins ou des infirmières ont succombé, ce qui laisse à penser que ce n'est pas ce que nous considérons comme du gaz sarin militaire, mais pourrait être un gaz sarin dilué".

La Syrie dément, ses alliés évoquent une "provocation"

Le ministre israélien de la Défense, Moshé Yaalon, affirme lui qu'il s'agissait bien d'une attaque chimique et que ce n'est "pas la première fois". Les autorités syriennes ont dénoncé des accusations "nulles, non avenues et totalement infondées" dans un communiqué de l'armée lu à la télévision. Pour le ministère syrien des Affaires étrangères, "ces mensonges (…) visent à faire dévier la commission d'enquête de sa mission". La Russie a elle aussi accusé l'opposition d'avoir "planifié à l'avance une provocation". Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a lui souhaité que les alliés de Bachar Al-Assad se "réveillent" et "réalisent sa nature criminelle et barbare".