Bluff ou véritable engagement ? Le régime syrien, qui réprime dans le sang la contestation depuis plus d'un an, a finalement annoncé, mercredi 11 avril, qu'il cesserait ses opérations militaires jeudi matin. Le président syrien Bachar Al-Assad aurait dû commencer à appliquer le plan de paix de l'émissaire international Kofi Annan mardi. Il l’a accepté fin mars.

Accusé à plusieurs reprises par la communauté internationale de ne pas tenir ses engagements, Damas sera mis à l'épreuve jeudi à 6 heures locales (5 heures, heure française). Mardi, les violences se sont poursuivies sur le terrain.

• Damas pointé du doigt pour ne pas avoir tenu son engagement

Conformément au plan de paix de Kofi Annan, le régime syrien devait retirer ses troupes des villes mardi, et l'ONU avait fixé un ultimatum à jeudi pour l'arrêt total des violences. Face à la poursuite des combats, qui ont fait plus de 50 morts mardi, l'ambassadeur américaine à l'ONU, Susan Rice, a laissé entendre qu'"une action collective" devait "logiquement" suivre pour accentuer la pression sur Damas.

Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a suggéré de "porter l'affaire devant la Cour pénale internationale" (CPI) afin que les dirigeants syriens répondent de leurs exactions. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a préconisé de prendre, après jeudi, de "nouvelles mesures" pour imposer la fin des violences.

• Kofi Annan veut croire à une "nette amélioration"

"Si tout le monde respecte [le plan pour l'arrêt des combats], je pense qu'à partir de 6 heures [heure de Damas, 5 heures à Paris] le jeudi 12 avril, nous devrions voir une nette amélioration de la situation sur le terrain", a déclaré Kofi Annan lors d'une conférence de presse avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi. "C'est possible et c'est dans l'intérêt des Syriens que les deux parties arrêtent les combats."

"Toute militarisation de la question syrienne serait désastreuse", a estimé l'émissaire, en réponse à une question sur la position du Qatar et de l'Arabie saoudite, qui prônent l'envoi d'armes aux rebelles.

• Les alliés de la Syrie apportent un timide soutien au plan de paix

Kofi Annan s'exprimait depuis Téhéran (Iran), où il effectue une visite de 24 heures. Avec la Russie, l'Iran est le grand allié du régime de Damas. Lors de la conférence de presse de Kofi Annan, le ministre iranien des Affaires étrangères a affirmé que son gouvernement était "hostile aux interventions étrangères dans les affaires de n'importe quel pays" et estimé que "tout changement en Syrie devra se faire sous le gouvernement syrien". Il s'est réjoui du fait que le plan de paix ne prévoie pas "un changement du chef de l'Etat syrien". "Nous avons dit à Kofi Annan que l'Iran soutiendrait le plan de paix tant qu'il poursuivra cette approche."

La Chine, qui a, par le passé, soutenu Damas en opposant son veto à des projets de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU avec la Russie, s'est dite "profondément inquiète". Pékin a appelé "le gouvernement syrien à appliquer le plan en six points" et estimé que la question d'"une issue politique du dossier syrien arrive à un stade critique".

 • Sur le terrain, les violences continuent

En Syrie, les troupes massivement déployées dans certaines localités ont continué de mener des opérations, notamment à Homs (centre), Deraa (sud) et Deir Ezzor (est). Mardi, 52 personnes, dont 28 civils, ont été tuées, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Selon les Comités de coordination locaux, qui animent la contestation sur le terrain, les forces gouvernementales ont lancé une offensive sur plusieurs villes de la province de Deraa, où des explosions et des tirs à l'arme lourde étaient entendus. 

Les opposants ont, par ailleurs, rapporté que des hélicoptères militaires survolaient plusieurs villes du pays, notamment Dmeir, à 40 kilomètres de Damas, alors que jusqu'ici, l'armée syrienne faisait rarement intervenir ses forces aériennes.