Syrie : ce que l'on sait de l'attentat-suicide contre des habitants évacués, qui a fait au moins 126 morts

Une opération d'évacuation d'habitants de localités loyalistes assiégées en Syrie a tourné au carnage avec la mort, samedi, de 126 d'entre eux dans un attentat-suicide. La moitié de ces victimes étaient des enfants, et le bilan reste provisoire.

Un attentat-suicide a visé samedi 15 avril un convoi de bus transportant des habitants favorables au régime de Bachar Al-Assad, près d\'Alep (Syrie). 
Un attentat-suicide a visé samedi 15 avril un convoi de bus transportant des habitants favorables au régime de Bachar Al-Assad, près d'Alep (Syrie).  (OMAR HAJ KADOUR / AFP)
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C'est l'un des attaques-suicides les plus meurtrières en six ans de guerre. Un attentat a visé, samedi 15 avril,  un convoi de cars aux abords de la grande ville syrienne d'Alep. Au moins 126 personnes ont été tuées, selon un bilan donné dimanche par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Près de moitié d'entre eux étaient des enfants. Franceinfo revient sur cet attentat "condamné fermement" par la France dimanche. 

Comment s'est produit l'attentat ? 

Le kamikaze a lancé sa camionnette piégée contre un convoi de bus transportant des milliers d'habitants chiites évacués de Foua et Kafraya, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Ces localités, restées loyales au régime de Bachar Al-Assad, sont assiégées par les insurgés dans la province d'Idleb (nord-ouest). L'attaque, qui n'a pas encore été revendiquée, est survenue à Rachidine, une banlieue rebelle de la ville d'Alep, plus au nord, où avait été bloqué le convoi pendant plusieurs heures, en raison de désaccords entre les belligérants. L'évacuation se faisait dans le cadre d'un accord ponctuel entre rebelles et forces armées loyalistes.

C'est à côté des dizaines de bus à l'arrêt à Rachidine que le kamikaze a fait exploser sa camionnette piégée.

"Il y a eu une énorme explosion"

Mayssa Al-Aswad, une habitante évacuée

à l'AFP

"J'ai entendu des cris et des pleurs (...) mon bébé, Hadi, pleurait beaucoup, ma fillette Narjes me regardait, complètement figée", a raconté à l'AFP Mayssa Al-Aswad, 30 ans, qui était assise dans un bus avec son bébé de 6 mois et sa fillette de 10 ans au moment de l'attaque. "La mort peut vous surprendre en quelques minutes".

Quelques heures après l'attaque, les convois des personnes évacuées ont repris la route pour rejoindre leur destination finale, dans une zone contrôlée par le régime.

Dans quel contexte s'est déroulé l'attentat ? 

L'attentat-suicide visait l'opération d'évacuation qui concerne également des milliers d'habitants des localités rebelles de Madaya et Zabadani, près de Damas. Elle a été lancée, vendredi, en vertu d'un accord entre le Qatar, soutien de la rébellion, et l'Iran, allié du régime.

Plus de 7 000 personnes ont ainsi été évacuées vendredi et samedi des quatre localités. Quelque 5 000 personnes (civils et combattants) habitant à Foua et Kafraya, fidèles au régime, ont atteint Alep, d'où elles choisiront leur destination finale. Les 2 200 habitants évacués de Madaya et Zabadani, favorables pour leur part aux rebelles, ont rejoint la province d'Idleb contrôlée en grande majorité par les forces opposées au régime de Bachar Al-Assad.

On ignore si l'opération d'évacuation, qui concerne plusieurs autres milliers de personnes, pourra se poursuivre après l'attentat.

Qui sont les victimes ? 

Au moins 68 enfants figurent parmi les 126 personnes tuées dans l'attentat-suicide, selon un nouveau bilan donné dimanche par une ONG. Ces victimes sont des musulmans chiites, restés dans leur immense majorité fidèles au régime de Bachar Al-Assad, lui-même alaouite (une branche rattachée au chiisme).

"Le bilan ne cesse de s'alourdir. Il y a des centaines de blessés", a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui avait précédemment donné un bilan de 112 morts. Il a par ailleurs précisé que 109 des 126 tués sont des habitants de Foua et Kafraya, les deux localités pro-régime évacuées, tandis que les autres sont des rebelles qui gardaient les bus et des travailleurs humanitaires.